Archives mensuelles : novembre 2015

Se déclarer sexiste n’est pas sexiste, selon le CCNR

Encore une décision bizarre du CCNR

Le Conseil canadien des normes de radiotélévision (CCNR) c’est l’organisme autorisé par le CRTC à recueillir les plaintes concernant ce qu’on entend à la radio. Raynald Brière, propriétaire de Radio X, siège sur le comité régional du CCNR.

Ledit comité a analysé une discussion entre Stéphan « Les filles y’en pleut, tu bottes une poubelle y’en sort trois » Dupont et son collaborateur, Hugo Langlois. Elle a eu lieu le 16 janvier 2015 à NRJ.

On parle ici d’une fine analyse sociologique où les comparses arrivent à la conclusion que les femmes ont pris le contrôle sur les hommes depuis qu’elles sucent leurs pénis.

Quelqu’un fait une plainte, dénonçant le contenu sexiste. Le CCNR analyse la chose et arrive à la conclusion que ce n’est pas sexiste. C’est décidé le 6 août 2015.

Cette décision est bizarre lorsqu’on lit le verbatim. Extrait :

Langlois :     Je suis Charlie, là. Écoute. J’ai le droit d’être sexiste si je veux !

Dupont :      T’as le droit d’être sexiste si tu veux, oui. Mais en même temps.

Donc s’affirmer, littéralement, comme sexiste et fier de l’être n’est pas considéré sexiste selon le CCNR. Spécial, hein?

On reste perplexe à la lecture de la décision. On peut y lire:

Le contexte dans lequel ont été tenus les propos dont le plaignant s’est offensé n’était absolument pas sexiste.

Deux machos parlant des femmes dans une radio 100% parlée où il n’y a qu’une seule émission animée par une femme, ce n’est « absolument pas » sexiste?

Aussi, le code de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) sur la représentation équitable, cité dans la décision, interdit les stéréotypes et le contenu dégradant selon le genre.

Pourtant, laisser entendre que les femmes ont avancé dans la société parce qu’elles ont multiplié les faveurs sexuelles aux hommes, et non pas parce qu’elles ont exigé l’égalité des sexes, c’est pas pire comme objectivisation du corps de la femme. Comment le CCNR peut-il arriver à ne pas y voir de contenu dégradant, ni de stéréotypes?

Il y a quelque chose qui cloche au CCNR.

Normandeau n’a rien retenu de la commission Charbonneau

nd

Le rapport de la commission Charbonneau sur la corruption fait une large place à Nathalie Normandeau. Son nom apparait 175 fois dans le rapport. La juge va même jusqu’à affirmer ne pas croire Mme Normandeau. Autrement dit, la juge Charbonneau est d’avis que Normandeau lui a menti.

Et le plus beau là-dedans c’est que nous sommes en mesure de dire que Nathalie Normandeau n’a rien appris de cette expérience. Nous allons vous le prouver.

Normandeau était ministre libérale des affaires municipales. Elle co-anime désormais une émission du midi au 93,3.

Réagissant hier au rapport, Nathalie Normandeau a nié, au 93.3, s’être enrichie personnellement en tant que ministre.

Ça tombe bien, parce que personne ne l’a jamais accusée de ça. C’est bien typique de la droite poubelle: inventer l’argument de son adversaire pour le démolir.

Ce que le rapport souligne, c’est que Nathalie Normandeau ne pouvait pas ignorer que ses plus proches collaborateurs, d’ex-employés de la firme d’ingénieurs Roche, favorisaient cette même firme lorsqu’ils travaillaient avec les municipalités. C’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêt. Retenez ça.

Le problème n’est donc pas que Normandeau ait retiré des gains monétaires personnels dans son travail de ministre. Le problème c’est qu’elle fermait les yeux sur la culture de corruption dans le bureau dont elle était la boss.

Pas changé

Suite à la commission, on pourrait espérer que tous ceux qui y ont assisté ont appris quelque chose. Qu’ils aient développé un sens plus aiguisé de l’éthique. Qu’ils soient devenus plus vigilants.

D’ailleurs, Nathalie Normandeau s’est métamorphosée en Mme Propre. Récemment, elle dénonçait une horrible histoire de corruption mettant en vedette des syndiqués et des étudiants se graissant en-dessous de la table avec des sandwichs de porc effiloché. Ça sonnait faux, mais remarquons que Mme Normandeau se permet de juger l’honnêteté des autres.

Pourtant, Nathalie Normandeau appuie la cause de Jean-Francois Morasse, Lorsqu’elle invite la population à contribuer généreusement à la cause du carré vert, elle dissimule un petit quelque chose.

En février, la Fondation 1625 demande l’appui de la population pour financer son appel en justice contre Gabriel Nadeau-Dubois. La fondation est aussitôt appuyée par Nathalie Normandeau et le FM 93. Mme Normandeau a réitéré à plusieurs reprises, en ondes, sa volonté d’appuyer M. Morasse. Elle invite ses auditeurs à contribuer et à participer à un cocktail de financement.

Mais jamais vous n’avez entendu Nathalie Normandeau révéler que son avocat, celui qui la défendait à la commission Charbonneau, c’est le même que celui de Jean-François Morasse.

L’avocat de Nathalie Normandeau et celui de Jean-François Morasse n’est qu’un seul et même individu. Son nom est Maxime Roy.

Nathalie Normandeau se retrouve donc, encore une fois, en tant qu’animatrice du 93.3, en conflit d’intérêt. Non déclaré.

Ce n’est pas illégal. Rien pour appeler la police. Cependant, c’est une faute déontologique. En tant que commentatrice de l’actualité, Nathalie Normandeau doit s’abstenir d’être en conflit d’intérêt. Faire preuve d’honnêteté avec le public, c’est un principe de base.

On s’attend à mieux que ça d’une ex vice-première-ministre ayant, de plus, comparu à la commission Charbonneau.

Réfugiés syriens : La grande désinformation (2/2)

duhaime

Éric Duhaime est assez avancé dans le domaine de la banalisation de l’islamophobie. Comme son pote Richard Martineau. Mais dans son cas, on peut ajouter récidive, mensonges et déformations de faits.

Déjà, en janvier 2015, nous avions remarqué cette façon de Duhaime de mentir sur les chiffres d’immigration.

On a ici un nouveau cas. Le 20 novembre, au 93.3, à 12h47, Éric Duhaime affirme que « les six pays voisins de la Syrie accueillent zéro réfugiés ».

Premièrement, la Syrie partage sa frontière avec 5 pays, pas 6.

Et selon la Banque mondiale (premier résultat de recherche sur Google, pour ceux qui s’en donnent la peine), les voisins de la Syrie en font beaucoup dans l’accueil des réfugiés.

  • La Turquie en accueille 1 587 374.
  • La Jordanie, 2 771 502.
  • Le Liban, 452 669.
  • L’Irak, 271 143.
  • Israël, 330.

Donc ce n’est pas zéro, c’est plus de 5 millions de réfugiés qu’accueillent les voisins de la Syrie. Le zéro là-dedans, c’est Duhaime.

Et est-ce que Duhaime pourrait faire remarquer que le voisin qui en accueille le moins, et de loin, c’est Israël?

Vous trouvez ça inacceptable? Vous pouvez porter plainte au CCNR ou écrire une lettre aux annonceurs. Vous pouvez aussi signer la déclaration pour des ondes saines.

Réfugiés syriens : La grande désinformation (1/2)

martineau

Nous sommes en 2015. Désormais, il est impossible de dire, comme en 1930, qu’un tel groupe culturel est inférieur à un autre. Ça serait trop direct. Ce serait dénoncé à juste titre comme étant du racisme.

Par contre, on peut trouver toutes sortes d’entourloupettes pour passer le même message. Par exemple, on peut banaliser l’islamophobie. Dire que ça n’existe pas, ou que ce n’est pas important.

Richard Martineau est un maitre dans le domaine. Il a une phrase qu’il aime répéter « Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans ». Vous pourrez l’entendre dans l’extrait suivant.

Le hic, c’est que le Conseil de presse a qualifié cette phrase d’islamophobe dans une décision rendue le 12 juin 2015. C’était Carl Monette qui avait prononcé ces mêmes mots.

Pas la Coalition sortons les radios-poubelles. Pas Québec Solidaire. Pas le Collectif québécois contre l’islamophobie. Le Conseil de presse. Des journalistes. Qui aiment la liberté d’expression, pis toute.

Aussi, quand Martineau déclare qu’il n’a pas vu de musulmans se faire frapper dans la rue, c’est faire de l’aveuglement volontaire. Monsieur je-pourfends-l’islam-radical ignore les articles sur les femmes voilées, intimidées ou battues en pleine rue (15 sept 2015, 17 sept 2015, 30 sept 2015, 6 avril 2015), révélés dans son propre journal? Et les bannières contre les réfugiés? Et les nombreuses attaques contre des mosquées?

La banalisation de l’islamophobie. Ignorer le problème. Voilà la stratégie de la droite poubelle.

Vous trouvez ça inacceptable? Vous pouvez porter plainte au CCNR ou écrire une lettre aux annonceurs. Vous pouvez aussi signer la déclaration pour des ondes saines.

CHOI : Martineau islamophobe (00:04:59)

20 novembre 2015, Maurais live, avec Richard Martineau

8h23 : « L’islamophobie, t’en vois-tu, toi, des incendies dans les mosquées et des musulmans qui se font frapper sur la rue? C’est pas ça, la grande menace, ces temps-ci (…) Tous les musulmans ne sont pas des terroristes mais tous les terroristes sont musulmans. »

Maurais_live_20_11_2015_8h23-MartineauIslamophobe.mp3

Rapport Payette: la liberté et les journalistes, le grand malentendu

payette

Les réactions des journalistes au rapport Payette sont fort instructives. On en apprend beaucoup sur les journalistes eux-mêmes et sur leur relation à leur métier.

On doit saluer Madame Payette. Son rapport, aussi imparfait soit-il, a suscité l’intérêt nécessaire pour nous approcher le plus près possible, après un déni de plusieurs années, d’un vrai débat sur la radio-poubelle. Tout ça, avec les risques que l’on sait.

Nous avons retrouvé 12 textes d’opinion sur le rapport Payette. Ils sont répertoriés plus bas. Il en manque peut-être. Si on ajoute la radio et la télé, ça fait beaucoup. Un gros pavé dans la mare.

Plusieurs ne font que critiquer le rapport ou attaquent Dominique Payette personnellement. C’est le cas de Michel Hébert, Gilles Proulx, Yves Boisvert, Mario Asselin et Jérôme Landry.

Quelques journalistes sont malhonnêtes, écrivant leur chronique tout en empochant un chèque de la radio-poubelle. C’est le cas de Richard Martineau et de Sophie Durocher. Ces gens-là piétinent leur code de déontologie sans scrupule. Ils s’en foutent! Félicitons Mario Asselin et Stéphane Baillargeon qui, eux, ont au moins admis leur conflit d’intérêt.

D’autres sont à côté de la plaque. Ils n’ont rien compris. Ceux-là démontrent leur ignorance du sujet qu’ils prétendent éclairer. Je pense à Stéphane Baillargeon, Jean-François Vallée (il n’est pas journaliste) et Mario Asselin. Ce texte leur est dédié.

Baillargeon déplore une radio diffusant de la « démagogie populiste qui vomit sur tout et rien dans une langue dégradée et avilie (…) des béotiens incultes, perclus de ressentiments ». M. Asselin déplore des « traces d’incivilité » dans le discours d’Arthur. Jean-François Vallée, un des rares à défendre le rapport, déplore l’uniformité du discours de droite de la radio-poubelle et sa vulgarité.

C’est peut-être vrai, mais si ce n’était que ça, la Coalition sortons les radio-poubelles n’existerait pas, et 83 organismes ne feraient pas circuler une pétition pour des ondes saines.

Le problème c’est que cette radio désinforme, matraque de la propagande et piétine la déontologie. Elle cible des boucs-émissaires pour tous les problèmes de la terre: les cyclistes, les gauchistes, les femmes, les musulmans, les étudiants, les gens sur l’aide sociale et j’en passe. Le problème, et c’est la seule chose qui importe, c’est que cette radio est sexiste, homophobe, raciste, anti-pauvre et anti-journalistique.

Les journalistes respectables refusent d’utiliser ces gros mots. C’est trop cru? Trop vrai?

À moins qu’ils ne voient tout simplement pas le problème?

Et là, on touche à quelque chose. Qu’est-ce qu’ont en commun presque tous ces journalistes? Ils sont des hommes blancs. Et ils ont une position privilégiée de chroniqueur. Que savent-ils de la réalité d’une femme musulmane par exemple? Quand on est un homme, on ignore toutes ces petites vexations quotidiennes dont sont victimes les femmes.

Ce qui semble prouver ce point, c’est qu’une des rares à avoir fait des commentaires pertinents sur le rapport Payette, c’est Judith Lussier, une femme, qui critique le rapport tout en soulignant que le machisme omniprésent à la radio (privée ou publique) est un problème grave.

Autre chose. En dénonçant le rapport, n’est-ce pas avant tout à leurs propres privilèges que s’accrochent les journalistes? Est-ce que l’idée d’être forcés de respecter le code de déontologie de leur métier les répugne? Est-ce que l’impunité dans laquelle ils opèrent les satisfait pleinement?

Cette même impunité qui permet à Arthur de rire et de traiter de « couillonne » Caroline Simard, la victime d’un attouchement sexuel? Cette impunité qui permet aux islamophobes et aux climato-sceptiques de parler avec l’aura de respectabilité qui baigne naturellement les scientifiques? Cette impunité qui leur permet d’attiser la haine des automobilistes sur Henri IV envers les chauffeurs d’autobus, ainsi que celle des policiers envers les manifestants?

Si c’est cette liberté que les journalistes défendent, la situation est à la fois dramatique et triste. Car elle va à l’encontre de la liberté d’expression. Elle appuie l’arbitraire, la violence et les privilèges des puissants contre les plus faibles. Et tout ça, en travestissant le beau mot de « liberté ». L’incompréhension, l’ignorance et la bêtise auraient vraiment grugé la profession de journaliste jusqu’à l’os.

Les journalistes peuvent-ils encore se ressaisir? Peuvent-ils enfin se faire à l’idée que défendre la liberté d’expression, c’est aussi s’assurer que le maximum de gens, de toutes origines et de diverses classes sociales, puissent s’exprimer et débattre dans un climat sain, dépourvu de violence et d’intimidation?

Remarquez que les seules autres interventions pertinentes dans le débat proviennent des humoristes Olivier Niquet et Christian Vanasse. Au moins, eux, ont fait l’effort d’écouter ces radios.

Références

Stéphane Baillargeon, Je suis Radio X
Michel Hébert, Petite vengeance
Simon Jodoin, Un exercice raté
Judith Lussier, Faut qu’on se parle de radio
Gilles Proulx, Liberté galvaudée
Yves Boisvert, Rapport-poubelle
Mario Asselin, La critique des radios est pourtant nécessaire
Sophie Durocher, Du grand n’importe quoi
Richard Martineau, Le régime de peur
Raymond Corriveau, Les intouchables
Jean-Francois Vallée, Dominique Payette vise dans le mille
Jérôme Landry, La vraie histoire du rapport Payette