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Annonceurs et radio-poubelle, une histoire d’amour consanguine, ou pourquoi les subventions au Festival d’été de Québec ne sont jamais dénoncées

Ponce Pilate se lavait les mains aussi

S’il y a bien un sujet dont on ne parle jamais, c’est bien des clients de la radio-poubelle: les annonceurs. Ceux qui paient les salaires faramineux des animateurs. Ceux qui se lavent les mains pendant les scandales racistes, homophobes et sexistes.

Pourtant le cœur du problème est là. Tous les scandales, les envolées belliqueuses, l’intimidation, les menaces, les campagnes politiques, le racisme, les crises du bacon, tout ça s’explique par la volonté des animateurs d’attirer leurs auditeurs vers les annonceurs.

Un journaliste honnête rejette les conflits d’intérêts. Il combat tous les liens entre son travail et une entreprise privée.

L’animateur de radio-poubelle, au contraire, fusionne avec son client jusqu’à s’effacer lui-même.

Un animateur de radio-poubelle est un anti-journaliste. Il singe tous les attributs du journaliste (d’opinion ou pas) pour mieux les piétiner. Il prend le code de déontologie de la profession et fait méthodiquement tout de travers.

Le journaliste doit être neutre? La radio-poubelle lance des campagnes politiques en faveur de certains partis. Le journaliste doit être honnête? La radio-poubelle ment et se fiche de vérifier ses sources. Le journaliste évite toute forme de discrimination? La radio-poubelle passe des heures à dénigrer les pauvres, les immigrants et les femmes.

La relation fusionnelle entre l’animateur et son client relève de l’anti-journalisme. Elle n’a aucun équivalent dans les autres médias. Et c’est ce que la radio-poubelle fait de mieux.

À la radio-poubelle, un grand soin est consacré à satisfaire les clients. On y lèche les bottes des annonceurs de plusieurs façons:

  • Elle est porte-parole de marques de commerce
  • Elle fait des entrevues bidons, de complaisance
    • pour se tirer d’embarras
    • pour l’argent
  • Elle offre une sorte de service de lobbyisme-à-découvert et promeut le capitalisme

Elle est porte-parole de marques

Les animateurs sont porte-paroles pour diverses entreprises. Martineau est porte-parole du restaurant le Graffiti, rue Cartier. Éric Duhaime est porte-parole du restaurant Savini, sur Grande-Allée. Et ainsi de suite.

En gros un restaurateur paie l’animateur pour lui faire dire qu’il vient manger chez lui régulièrement (lol). Ces segments peuvent être pré-enregistrés ou faits en direct, mais toujours pendant une pause publicitaire.

Un annonceur qui engage un animateur le choisit car il le considère crédible. Il croit que la notoriété de l’animateur va rejaillir sur sa propre entreprise.

Croyez-le ou non, mais le Cosmos considère qu’il est dans son intérêt de faire de Jeff Fillion, un intimidateur récidiviste, son porte-parole.

Ce ne sont pas de grosses entreprises multinationales comme McDonald’s qui utilisent cette méthode. Ce sont des entreprises locales, qui choisissent, en parfaite connaissance de cause, ce type d’animateurs. Il y a fort à parier qu’ils le font aussi parce qu’ils partagent leurs opinions.

Une entreprise utilisant cette méthode augmente les chances d’être cité en dehors des espaces publicitaires prévus.

– « Le prix du steak au IGA a augmenté de 25 sous… »

– « À ce prix-là, aussi bien aller en manger à La Bête! »

Vous voyez le genre.

Ce qui est aussi fascinant c’est de tenter de comprendre comment ces animateurs, qui vendent leurs opinions au plus offrant, conservent leur crédibilité auprès de leurs auditeurs.

N’y a-t-il pas une contradiction quand, d’une part, Sylvain Bouchard fustige la moindre dépense publique et, d’autre part, vante les subventions pour des travaux de rénovation lors d’une pub de compagnie de portes et fenêtres?

Elle fait des entrevues bidons, de complaisance

La radio-poubelle fait trois types d’entrevues: de vraies entrevues, de fausses entrevues de complaisance d’affaires et de fausses entrevues payées.

Une fausse entrevue payée est une entrevue commanditée par un client. Par exemple, les chroniques avec Planet X le vendredi, la chronique de Chalou et celle avec la Maison Adam. Il s’agit d’une sorte de pub sous forme d’entrevue. À la Coalition, on appelle ça une « publi-entrevue ».

La radio-poubelle ajoute un petit bonus. En effet, Radio X particulièrement, excelle dans l’art de camoufler le motif de ces entrevues. À moins d’être vigilant, on peut facilement les confondre avec de vraies entrevues. Radio X met un grand soin à tromper son public.

Un média traditionnel va souvent avertir, d’une façon ou d’une autre, des motifs de l’entrevue. Dans les pages d’un quotidien, on retrouvera l’indication « publi-reportage » dans l’en-tête. On s’attend d’un média normal de faire preuve d’honnêteté. Pas à la radio-poubelle.

Mais le stratagème le plus intéressant est l’entrevue de complaisance d’affaires. Là, on ne parle pas tant de malhonnêteté que de manipulation.

Il s’agit d’une entrevue que la radio offre à un client pour que celui-ci ait l’opportunité de s’exprimer sur un sujet. C’est souvent une façon qu’utilise l’entreprise pour laver sa réputation à l’antenne d’une des stations les plus écoutées en ville. L’objectif est de faire copain-copain, d’améliorer la relation entre la radio et l’entreprise, et avec la communauté d’affaires en général.

L’idée est de lancer le message suivant : « à Québec, la radio est votre alliée ». Ces segments ne sont probablement pas payés par le client.

Ainsi, en février 2014, quand le groupe Resto-plaisir est condamné par Revenu Québec, Maurais de Radio X invite son porte-parole à une entrevue. Sa première question est: « On veut les écœurer pas à peu près les restaurateurs, hein? ». En mars 2016, Roby Moreault de Radio X offre une belle entrevue au docteur Marc Lacroix, pionnier des cliniques de santé privées dans la région et-client-et-collaborateur-de-Radio-X, sans que rien dans l’actualité ne le justifie. En novembre 2015, Maurais se lance dans un grand discours passionné en faveur des cliniques privées du docteur Lacroix, après que le ministre de la santé ait émis des doutes sur son intégrité professionnelle.

Ces entrevues bidons sont douteuses au plan éthique et déontologique mais, puisque les organismes chargés de surveiller les journalistes n’ont jamais blâmé quelqu’un de le faire, pourquoi s’en priver?

Ces entrevues expliquent sans doute beaucoup pourquoi certains gens d’affaires défendent vigoureusement la radio-poubelle.

Elle offre une sorte de service de lobbyisme-à-découvert

Le discours de la radio-poubelle est fait sur mesure pour la communauté d’affaires.

Une grève se déclenche? La radio-poubelle fustige les grévistes. Le gouvernement veut des voies réservées? La radio-poubelle défend le tout-à-l’auto. Le gouvernement veut appliquer les mêmes lois sur le vapotage que sur les cigarettes? La radio-poubelle s’attaque à la ministre en entrevue.

La radio-poubelle fait donc du lobbyisme pour ses clients mais à visage découvert. Ce détail leur permet de se soustraire aux règles auxquelles les autres lobbyistes doivent se soumettre, notamment l’inscription à un registre public.

Plusieurs animateurs sont propriétaires de commerces eux-mêmes. Jean-François Fillion est associé au Club de golf La Tempête (qui reçoit de belles subventions). Jean-Christophe Ouellet est propriétaire d’une boutique de vapotage, le Vapoclub à Lévis. Jérôme Landry est aussi inscrit au registre des entreprises.

Si vous vous demandez pourquoi il n’y a pas de radio privée « de gauche », vous n’avez qu’à analyser le récent conflit entre Guillaume Wagner et Martin Matte sur la publicité au supermarché Maxi. Vous allez vite comprendre qu’un gauchiste ne peut pas vanter les mérites de n’importe quel commerce. Il respecte des contraintes en fonction de ses principes.

Alors que la radio-poubelle met sa voix en location. Du moment que vous y mettez le prix, vous devenez copropriétaire de la voix et de l’opinion des petits mercenaires de l’info de la radio-poubelle.

Plus largement, la radio-poubelle défend et vante constamment les mérites du système économique qui nous gouverne: le capitalisme. Ils fustigent les taxes et les dépenses en éducation et en santé.

Quant aux autoroutes, c’est au diable la dépense.

Tout cela explique pourquoi la radio-poubelle dénonce toujours les quelques misérables subventions accordées aux artistes et aux petits organismes d’art mais jamais les millions aux gros festivals. Le Festival d’Été de Québec peut dormir tranquille.

Radio X fait du journalisme et le Devoir c’est de la merde, selon Denis Gravel

Denis Gravel

La radio-poubelle est ambivalente face au journalisme. Plusieurs animateurs refusent le titre de journaliste, alors que d’autres la revendiquent.

Dans l’extrait suivant, Denis Gravel affirme que le Devoir ne fait pas de journalisme. Il fait de la merde. Par contre, Radio X fait du bon journalisme.

À la Coalition, nous croyons que ce n’est pas aux animateurs de décider s’ils sont journalistes ou non. Ce sont les journalistes eux-mêmes, ou plus largement au public, de décider.

Et contrairement à ce qu’affirme Denis Gravel, le Devoir ne reçoit pas un sou en subvention. D’un autre côté, le gouvernement (provincial et fédéral) et les sociétés d’États (Hydro, SAQ, Loto-Québec, le RTC etc) achètent beaucoup de pub à Radio X.

Il s’agit donc de propos erronés. Vous pouvez donc porter plainte au CCNR ou au CPQ, et écrire une lettre aux annonceurs.

Radio X : Radio X fait du journalisme, pas le Devoir

19 juin 2017, Gravel dans le retour avec Denis Gravel (00:22:04)

15h: DG- « Le Devoir (…) des journaux qui ont pas été capable de se mettre à jour. Autant au niveau idéologique qu’au niveau technologique ont pas été capable de suivre des tournants importants (…) Le clown du devoir (…) Brian Myles du Devoir qui demande pas moins de 400 millions $, ça c’est un centre Vidéotron (…) Faut que ça ferme le Devoir s’il n’y a personne qui le lit. Déja qu’on les aides en passant, on a déja quelques dizaines de millions de $ de donné pour les garder à flot (…) Le gars du Devoir trouve ça bien important parce que c’est du journalisme. Moi je trouve que le Devoir c’est de la merde. Je trouve qu’on fait du journalisme. C’est des opinions, ça se débats, ça discute. Je trouve pas qu’on fait plus ou moins de journalisme que le Devoir (…) Je vais tu commencer à payer pour que 120 lecteurs gardent leur journal prétentieux de gauche? Non non (…) Virez ça en journal humoristique, relancez le Croc… dites le pas aux journalistes. Faites juste dire continuez à vous prendre au sérieux (…)  »

Gravel-dans-le-retour_2017-06-19-15h-radioXFaitDuJournalisme.mp3

Les féministes n’ont pas d’orgasmes, selon le Doc Mailloux

Il n’y a pas qu’en psychologie générale que Pierre Mailloux montre sa grande ignorance. En histoire, en sociologie et en sexologie aussi.

Dans l’extrait suivant, le Doc Mailloux affirme que les féministes répriment la sexualité.

Quand les féministes de ce pays se sont battues pour le droit à la contraception et à l’avortement, c’était justement pour une réappropriation de leur corps. Pour autre chose que juste faire des bébés. Pour le droit à la sexualité libre, en dehors des dictats du patriarcat et des besoins de l’Église.

Le droit d’orgasmer à volonté, sans contraintes.

Par contre… ça n’a fait que répondre à la longue aux besoins sexuels masculins, sans vraiment libérer de façon durable la sexualité féminine, parce que la société, elle, n’a pas suffisamment changé.

Au Québec, on est ainsi passé de l’image publique de la sainte vierge (maman) à l’image publique de la fille libérée (putain) en moins d’une décennie : publicités, films érotiques, pornographie, hypersexualisation des fillettes, tout a concouru à non pas libérer la femme québécoise, mais l’enclaver dans une pornocratie : d’objet sexuel de reproduction à objet sexuel de satisfaction.

Le féminisme en général est la défense du droit des femmes à décider pour elles-mêmes. En matière de sexualité, il y a du féminisme en pornographie, du féminisme en sexualité, du féminisme en tous les aspects de la vie… Mais Mailloux l’ignore… comme il ignore aussi qu’il y a plusieurs courants de féminisme.

Pour en savoir plus, lire le Féminisme pro-sexe dans les années 80 sur Wikipédia et Dix propositions à propos d’une éthique sexuelle féministe.

Ces élucubrations de Mailloux sont des propos erronés, mensongers et ils visent à stigmatiser les femmes. Vous pouvez donc porter plainte au CCNR ou au CPQ, et écrire une lettre aux annonceurs.

FM93: Les féministes n’ont pas d’orgasmes

16 juin 2017, Mailloux et Josey, avec Josey Arsenault et Pierre Malloux (00:01:59)

10h23: PM- « La sexualité ne va pas bien au Québec (…) Il y a eu de la récupération par des faiseux. Des maudits moraleux. Par toute une panoplie de monde anti-sexe. Écoute, le mouvement féministe au moins s’il s’était intéressé à l’épanouissement sexuel des femmes… »

JA- « Je suis tellement d’accord! »

PM- « …Pas du tout, c’est les plus frustrées! Écoutez prenez n’importe quelle féministe et demandez lui la date, le mois et l’année de son dernier orgasme. Faites le tour. Prenez les toutes. (…) Je soupçonne les femmes les plus frustrées sexuellement d’être les plus actives sociétalement (sic). »

doc-mailloux-et-josey-933-2017-06-16-feministe-anti-sexe.mp3

Des remèdes contre les radios-poubelles

Le président sortant du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) Jean-Pierre Blais « s’inquiète » du contenu « de plus en plus extrême » sur les ondes des radios privées de la région de Québec.

S’il ne veut pas « décider ce qui est acceptable ou non » en ondes, le président sortant du CRTC propose toutefois une solution aux « fameux provocateurs de la ville de Québec […] qui accroissent les divisions sociales » : le rôle crucial de Radio-Canada comme « antidote à la caisse de résonance » des radios privées, et la fin des quotas de musique francophone à la radio.

lapresse.ca

Pas de mouvement anti-transport en commun, selon Labeaume

Depuis plusieurs semaines, l’élu municipal est agacé par la couverture des enjeux de mobilité faite par quelques radios privées. Il n’attaque pas les animateurs responsables de front, mais houspille les journalistes sur le terrain.

«Je sais que vous essayez de faire des grosses cotes d’écoute avec ceux qui veulent éliminer les autos, c’est bien payant pour vous autres, mais c’est marginal. Vous le savez que c’est marginal. Vous en parlez beaucoup, mais c’est marginal», a-t-il répondu lundi à un journaliste radio qui lui demandait s’il envisageait de fermer le Vieux-Québec aux automobiles ou de leur retirer des voies comme certains citoyens l’ont suggéré la semaine dernière. «On ne lui donnera de faire plus de cotes d’écoute là-dessus. C’est non la réponse», a-t-on fini par savoir.

Lapresse.ca