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Radio X fait du journalisme et le Devoir c’est de la merde, selon Denis Gravel

Denis Gravel

La radio-poubelle est ambivalente face au journalisme. Plusieurs animateurs refusent le titre de journaliste, alors que d’autres la revendiquent.

Dans l’extrait suivant, Denis Gravel affirme que le Devoir ne fait pas de journalisme. Il fait de la merde. Par contre, Radio X fait du bon journalisme.

À la Coalition, nous croyons que ce n’est pas aux animateurs de décider s’ils sont journalistes ou non. Ce sont les journalistes eux-mêmes, ou plus largement au public, de décider.

Et contrairement à ce qu’affirme Denis Gravel, le Devoir ne reçoit pas un sou en subvention. D’un autre côté, le gouvernement (provincial et fédéral) et les sociétés d’États (Hydro, SAQ, Loto-Québec, le RTC etc) achètent beaucoup de pub à Radio X.

Il s’agit donc de propos erronés. Vous pouvez donc porter plainte au CCNR ou au CPQ, et écrire une lettre aux annonceurs.

Radio X : Radio X fait du journalisme, pas le Devoir

19 juin 2017, Gravel dans le retour avec Denis Gravel (00:22:04)

15h: DG- « Le Devoir (…) des journaux qui ont pas été capable de se mettre à jour. Autant au niveau idéologique qu’au niveau technologique ont pas été capable de suivre des tournants importants (…) Le clown du devoir (…) Brian Myles du Devoir qui demande pas moins de 400 millions $, ça c’est un centre Vidéotron (…) Faut que ça ferme le Devoir s’il n’y a personne qui le lit. Déja qu’on les aides en passant, on a déja quelques dizaines de millions de $ de donné pour les garder à flot (…) Le gars du Devoir trouve ça bien important parce que c’est du journalisme. Moi je trouve que le Devoir c’est de la merde. Je trouve qu’on fait du journalisme. C’est des opinions, ça se débats, ça discute. Je trouve pas qu’on fait plus ou moins de journalisme que le Devoir (…) Je vais tu commencer à payer pour que 120 lecteurs gardent leur journal prétentieux de gauche? Non non (…) Virez ça en journal humoristique, relancez le Croc… dites le pas aux journalistes. Faites juste dire continuez à vous prendre au sérieux (…)  »

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Radio-poubelle et attentat à la mosquée: tout est en place pour un prochain massacre

Une version très légèrement modifiée de cet article a été publié dans la revue À Babord no 69, maintenant disponible en kiosque.

À la suite de l’attentat au Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier dernier, une puissante vague de sympathie envers la communauté musulmane s’est manifestée. Mais la Coalition sortons les radio-poubelles de Québec est navrée de vous annoncer que la trêve est déjà terminée.

Alors qu’ils et elles sont conspués par de nombreux chroniqueurs depuis des années, les Québécois·es de confession musulmane ont connu un rare moment de paix et de sollicitude dans les jours suivants l’attentat. Les honnêtes gens ont démontré de la sympathie à leur égard ; l’islamophobie a pris un break. Si nous avons été ravi·e·s de voir l’empathie et la solidarité renouvelées envers la communauté musulmane, nous aurions aimé voir ces émotions se manifester dans la population avant le drame.

Nous publions régulièrement des extraits radio visant à relever et à dénoncer l’homophobie, le sexisme et le racisme exprimés dans nos médias. Or, les extraits les moins partagés, ceux qui soulèvent le moins d’indignation des internautes, ce sont les propos islamophobes. Pourtant, ce n’est pas ça qui manque. La radio-poubelle multiplie les déclarations teintées de préjugés grossiers, de haine et de désinformation sur l’islam et les musulman·e·s.

Voici un exemple pour illustrer cette indifférence gênée : le 21 juin 2016, la Coalition publiait un article sur les propos d’Éric Duhaime qui ridiculisait le dépôt d’une tête de porc ensanglantée à la porte du même Centre culturel islamique de Québec visé en janvier. Il s’agissait d’une menace macabre, mais Duhaime avait affirmé qu’il s’agissait là plutôt d’une « bonne blague ». Cet article sera 7 fois plus lu durant les 2 semaines qui ont suivi l’attentat que pendant les 7 longs mois précédents.

Bref, les propos islamophobes passent souvent dans l’indifférence assez générale de la population, qui ne se sent pas concernée. Piétiner les petits, c’est triompher sans péril.

Mea culpa de Sylvain Bouchard

Soulignons que dans la foulée de l’attentat, la vague de sympathie s’est rendu si loin qu’elle a même atteint les radios-poubelles. Leurs orteils, à tout le moins.

L’animateur du FM93 Sylvain Bouchard a ainsi fait une sorte de mea culpa. Il a avoué avoir « manqué à son devoir » de dialoguer avec la communauté musulmane. Cette demi-excuse aurait été plus honnête s’il s’était excusé pour ses propos islamophobes passés. Par exemple, lorsqu’il affirmait que le père du petit Aylan Kurdi – mort noyé en septembre 2015 en tentant de traverser la Méditerranée –  était l’unique responsable la mort de son fils, et que la seule raison pour laquelle il voulait aller en Europe était pour se faire refaire les dents. Ou alors que les femmes voilées n’en ont rien à faire de tuer du monde lorsqu’elles conduisent. Ou encore qu’il faut interdire l’immigration provenant des pays musulmans.

Que dire de toute la clique de politiciens venus jurer qu’ils rejetaient l’islamophobie ? Le député libéral fédéral Joël Lightbound est allé jusqu’à demander pardon pour avoir observé « l’ostracisation et la stigmatisation » de la communauté tout en concluant par cette promesse : « plus jamais ».

Plusieurs politiciens et journalistes rejoindront d’ailleurs la communauté musulmane dans la critique de la radio-poubelle. L’ex-agent du SCRS Michel Juneau-Katsuya dira même que ces médias populistes ont  « du sang sur les mains ».

Affaire des autobus scolaires

Mais ne fondez pas trop d’espoir là-dessus, cette vague d’empathie est terminée. À peine neuf jours après l’attentat, l’affaire des autobus scolaires a démontré l’impunité des radio-poubelles et la puissance de ses alliés, ainsi que le déni face au discours islamophobe.

Le 7 février, la Commission scolaire de la Capitale décide d’agir pour contrer l’islamophobie et l’intolérance en demandant à ses chauffeurs·euses d’autobus scolaires de ne pas syntoniser les radio-poubelles lorsque des enfants sont dans leurs véhicules. En quelques heures, la directive circule et Éric Caire, élu de la CAQ et aussi chroniqueur de Radio X, dénonce la « censure » dont les animateurs seraient victimes. La directive est rapidement retirée, mais Sébastien Proulx, chroniqueur à Radio X avant d’être ministre de l’Éducation, répèté les mêmes niaiseries et accuse la Commission scolaire de « museler la liberté d’expression ».

Tout le monde a bien compris le message : islamophobie ou pas, on ne touche pas aux radios-poubelles. L’ordre est ainsi restauré. Six morts, ce n’est pas encore suffisant. Le reflux d’égout commence.

Les nationalistes entrent en scène

Parmi les défenseurs·euses de ces radios, on trouve de nouveaux protagonistes : les nationalistes islamophobes. Selon elles et eux, l’empathie renouvelée de la population envers les musulman·e·s serait l’occasion de museler les gens dans leur critique de l’islamisme. Les Québécois·e·s seraient ainsi les victimes d’un sombre complot multiculturaliste, les rabaissant au niveau des musulman·e·s. L’avocat Guy Bertrand et l’ex-ministre péquiste Jacques Brassard font partie de cette belle gang.

Le 9 février, Brassard réagit sur les ondes de Radio X à l’attentat. Il dit constater une volonté de « culpabiliser les Québécois » qui n’ont « absolument rien à se reprocher ». Il faudrait rejeter l’idée d’une commission sur le racisme systémique comme l’ont réclamé 40 groupes musulmans, ajoutant qu’il s’agit de « récupération » et concluant par « de l’islamophobie, moi j’en vois pas ».

Bref, tout est parfait, tout est beau : circulez madame, rentrez chez vous monsieur, inutile de s’arrêter pour réfléchir, votre émission reprend après la pause publicitaire.

L’islamophobe est ainsi assimilé à la liberté d’expression, et l’antiraciste à la censure. « Ben coudonc », comme dit Martineau.

L’islamophobie se poursuit

Pendant ce temps, immunisé contre toute empathie, plusieurs islamophobes poursuivent leur petit manège.

Deux jours après l’attentat, Pierre « Doc » Mailloux a eu la brillante idée de faire une ligne ouverte sur le thème de la « haine ».

La première auditrice fustige les musulmans « refusant de s’intégrer », leur « famille nombreuse », leur « saleté », leur « pauvreté » et leur « oisiveté ».

Les autres appels sont de personnes musulmanes. Doc Mailloux, ayant jadis affirmé que la culture arabe était « tarée », leur fait passer un interrogatoire agressif sur les valeurs québécoises. Il va même jusqu’à reprendre les propos islamophobes du premier appel et ridiculise la façon de prier des musulmans, sans aucun égard au fait que les victimes de l’attentat aient été tuées dans une mosquée, juste après la prière.

Poursuivant dans le même déni, Lise Ravary revient sur des propos mis en valeur dans un article de La Presse, dans un entretien avec Richard Martineau le 2 février, quatre jours après l’attentat.

Alors que dans une chronique avec Dominic Maurais, en mars 2015, elle avait lancé que « l’islam modéré n’existe pas », cherchant à « préciser » ses paroles, Ravary saisit l’occasion pour… répéter les mêmes mots, tout en ajoutant : « L’islam peut pas être modéré, c’est les musulmans qui sont modérés. » Ravary pousse le ridicule jusqu’à réclamer des excuses de La Presse.

Au cours de l’entretien du 2 février, Martineau en rajoute : « En plus, l’islam, c’est la parole directement de Dieu, donc elle ne peut pas être remise en question. Elle ne peut pas être interprétée, faut vraiment la lire au pied de la lettre, c’est ça le Coran, c’est pas moi qui… puis toi qui… ». Exit donc toutes les nuances qu’on retrouve au sein de l’islam, notamment les branches sunnites et chiites. L’islam serait foncièrement une religion différente des autres… et « GNAGNAGNA », comme le résumerait Marc-André Cyr.

On attend encore les dénonciations de ces nouveaux propos islamophobes de la part de Joël Lightbound.

Le retour au statu quo

On l’a vu, en dehors de Sylvain Bouchard, la position de la radio-poubelle est celle du rejet et du déni. Jeff Fillion est celui qui l’a le mieux résumé : « La radio de Québec est bonne et elle n’est pas trash (…) Je ne parle jamais des musulmans. »

En septembre 2016, Fillion affirmait pourtant à leur sujet : « Je l’ai déjà dit et je vais le dire encore : on n’est pas fait pour vivre ensemble. C’est-tu assez clair ? […] On n’a pas les mêmes valeurs, on n’a pas les mêmes buts. »

Toutes sympathies évacuées, le sentiment d’assiégé retrouvé, tout est malheureusement en place pour un prochain massacre.

La radio-poubelle unie contre le SRB

À l’initiative de Gilles Parent du FM93, la radio-poubelle s’unit dans une campagne contre le SRB.

Première chose à vérifier chaque fois que la radio-poubelle lance une nouvelle campagne politique: les sondages Numéris. Nous sommes encore en période de sondage. Elle se termine le 23 avril.

La radio-poubelle cherche à faire dérailler le projet de transport en commun. Elle sait où se trouve son intérêt. La majorité de ses revenus provient de tout ce qui tourne autour de l’industrie automobile.

Malgré que la candidate à la mairie Anne Guérette ait adopté la ligne anti-SRB de la radio-poubelle hier, les animateurs ne sont toujours pas prêts à l’appuyer. Officieusement, c’est une femme. Officiellement, son opposition manquerait de conviction. Quelle ingratitude envers une politicienne qui a mis autant d’efforts à racoler le vote de la radio-poubelle.

Maurais fonde ses espoirs sur un nouveau candidat qui serait dévoilé prochainement. L’élection municipale a lieu dans 7 mois. L’idée est loufoque, mais la radio prend tout ce qui passe pour bloquer le projet.

Les critiques envers le SRB ne datent pas d’hier. Elles dénoncent le tracé prévu, entre autres. (1)

The Rebel vient de lancer une pétition sur . Éric Duhaime est l’auteur de cette pétition.

Les campagnes de la radio-poubelle ne sont pas toujours couronnées de succès. Rappelons-nous le candidat col rouge Claude Roy, ou les échecs répétés du Parti Conservateur du Québec. Mais parfois, ça fonctionne.

En 2010, 10 000 personnes prennent part à la marche des Cols rouges, en brandissant des balais, à l’initiative du FM93. En pleine période de sondage.

Une alliée naturelle de la radio-poubelle, la Chambre de commerce, appuie pourtant le SRB.

La Coalition sortons les radio-poubelles pense que les médias doivent servir à éclairer les enjeux pour que ses auditeurs puissent se faire leur propre idée. Un média devrait être au service du public. Il ne devrait pas faire de propagande, ni embrigader ses auditeurs dans des aventures pour en retirer des avantages personnels. Ce n’est pas son rôle. La loi sur la radiodiffusion le stipule clairement.

Laissez faire les « excuses » d’André Arthur, on va prendre les menottes

Il parait qu’André Arthur « s’excuse » pour avoir invité les automobilistes à frapper les cyclistes. Une excuse à la sauce radio-poubelle: « Je m’excuse, mais c’est pas de ma faute ».

« J’avais une crampe au cerveau », « J’ai un langage coloré », « Ça a été mal interprété », « C’est de la faute de la Coalition sortons les radio-poubelles »… Toutes des façons minables afin de se dédouaner lâchement tout en convaincant les naïfs de sa sincérité.

Jusqu’à ce jour, depuis 20 ans, personne n’a encore entendu ou lu une seule excuse sincère venant d’un animateur de radio-poubelle.

Jugez-en par vous-même.

C’est bien beau sauf que, comme dit le code criminel

Alors, à quand les menottes pour André Arthur?

Radio-poubelle dans les autobus: la liberté d’être islamophobe défendue à l’Assemblée Nationale malgré 6 morts

Spectaculaire volte-face de la Commission scolaire de la Capitale. Après avoir interdit à ses chauffeurs d’autobus d’écouter la radio-poubelle au travail, celle-ci revient sur sa décision quelques heures plus tard.

Et malgré tous les beaux discours suite à l’attentat, les élites politiques semblent déterminées à préserver le statu quo en ce qui concerne la radio-poubelle, islamophobie ou pas.

Récit d’une autre anecdote qui en dit long sur l’influence de la radio-poubelle.

Chronologie

29 janvier

Un tueur abat six personnes à la mosquée de Sainte-Foy. Suite à ce triste événement, plusieurs survivants de la communauté musulmane dénoncent l’islamophobie de la radio-poubelle.

1 février

Le maire de Québec dénonce les radios qui attisent la haine.

« Je pense qu’il y a des choses qui ne pourront plus être dites. Il y a des gens qui devront réfléchir. Le niveau de haine qui existe dans certains milieux ne pourra plus exister et il faut vraiment, à partir de maintenant, combattre ça », affirme-t-il.

Le député libéral fédéral de Sainte-Foy fait un discours émouvant. Il affirme qu’il est temps de mettre fin à l’islamophobie:

« Aujourd’hui, je veux aussi leur demander pardon. Pardon d’avoir observé, ces dernières années, leur ostracisation et leur stigmatisation, d’avoir vu prendre racine dans le cœur de mes semblables la peur, la méfiance et la haine, d’avoir fait de mon mieux pour y répondre, mais de ne pas en avoir fait assez. »

Plusieurs autres politiciens se rallient à cette position.

7 février, neuf jours après l’attentat

La Commission scolaire de la Capitale décide de prendre les choses en main. Elle agit concrètement contre l’islamophobie en interdisant la radio-poubelle dans ses autobus.

« Les messages qui y sont véhiculés ne sont pas appropriés pour des enfants et ne correspondent pas aux valeurs que nous voulons leur transmettre. L’autobus est le prolongement de l’école », indique la note.

Aussitôt, quelqu’un à la commission scolaire fait suivre la décision à Dominic Maurais, de Radio X, qui s’indigne sur Facebook. Il publie le courriel de la coordonnatrice au transport de la commission scolaire.

15h, Éric Caire, député de la CAQ et collaborateur régulier de Radio X, fustige la commission scolaire qui serait en train de « censurer » et de « priver de liberté d’expression » une pauvre radio. Les mêmes arguments bidons de l’épisode libârté en 2005.

La commission scolaire, surprise par la réaction et sans doute inondée de courriels haineux, retire la décision controversée.

Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation et chroniqueur de Radio X avant d’être ministre, en rajoute lui aussi une couche sur la censure et la liberté d’expression, même si c’est superflu.

Radio X défend Radio X

16h30, l’Assemblée nationale rend hommage aux victimes de l’attentat.

Après ça, plus personne ne s’intéresse à l’avis de l’imam de la mosquée de la capitale, Mohamed El Hafid, appuyant la Commission scolaire.

« Si on veut discuter du sujet, on discute du sujet, mais dans un environnement encadré et balisé », a-t-il fait valoir.

Conclusion

La liberté d’émettre des propos islamophobes est préservée par les mêmes qui fustigeaient l’islamophobie quelques jours avant et qui pleuraient les morts quelques minutes après. Personne ne trouve ça contradictoire. Les journalistes publient les articles sans indiquer les affiliations de Caire et de Proulx avec Radio X.

La liberté des enfants d’entendre des propos islamophobes est ainsi protégée. Le droit du chauffeur de faire entendre sa radio à tout l’autobus, sans le consentement des passagers, est préservé.

Après avoir passé vingt ans à protéger la liberté d’expression des animateurs de radio haineux, on attend toujours que quelqu’un pense à la liberté d’expression des autres, les musulmans endeuillés dans ce cas-ci, qui se font encore dénigrer à tour de bras à la radio-poubelle. Mais ça, pour Caire et Proulx, entre autres, c’est pas important.

La liberté, dans le sens d’émancipation, est piétinée.

Six morts, et toujours pas l’ombre d’un changement dans la vieille capitale.