Rapport Payette: la liberté et les journalistes, le grand malentendu

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Les réactions des journalistes au rapport Payette sont fort instructives. On en apprend beaucoup sur les journalistes eux-mêmes et sur leur relation à leur métier.

On doit saluer Madame Payette. Son rapport, aussi imparfait soit-il, a suscité l’intérêt nécessaire pour nous approcher le plus près possible, après un déni de plusieurs années, d’un vrai débat sur la radio-poubelle. Tout ça, avec les risques que l’on sait.

Nous avons retrouvé 12 textes d’opinion sur le rapport Payette. Ils sont répertoriés plus bas. Il en manque peut-être. Si on ajoute la radio et la télé, ça fait beaucoup. Un gros pavé dans la mare.

Plusieurs ne font que critiquer le rapport ou attaquent Dominique Payette personnellement. C’est le cas de Michel Hébert, Gilles Proulx, Yves Boisvert, Mario Asselin et Jérôme Landry.

Quelques journalistes sont malhonnêtes, écrivant leur chronique tout en empochant un chèque de la radio-poubelle. C’est le cas de Richard Martineau et de Sophie Durocher. Ces gens-là piétinent leur code de déontologie sans scrupule. Ils s’en foutent! Félicitons Mario Asselin et Stéphane Baillargeon qui, eux, ont au moins admis leur conflit d’intérêt.

D’autres sont à côté de la plaque. Ils n’ont rien compris. Ceux-là démontrent leur ignorance du sujet qu’ils prétendent éclairer. Je pense à Stéphane Baillargeon, Jean-François Vallée (il n’est pas journaliste) et Mario Asselin. Ce texte leur est dédié.

Baillargeon déplore une radio diffusant de la « démagogie populiste qui vomit sur tout et rien dans une langue dégradée et avilie (…) des béotiens incultes, perclus de ressentiments ». M. Asselin déplore des « traces d’incivilité » dans le discours d’Arthur. Jean-François Vallée, un des rares à défendre le rapport, déplore l’uniformité du discours de droite de la radio-poubelle et sa vulgarité.

C’est peut-être vrai, mais si ce n’était que ça, la Coalition sortons les radio-poubelles n’existerait pas, et 83 organismes ne feraient pas circuler une pétition pour des ondes saines.

Le problème c’est que cette radio désinforme, matraque de la propagande et piétine la déontologie. Elle cible des boucs-émissaires pour tous les problèmes de la terre: les cyclistes, les gauchistes, les femmes, les musulmans, les étudiants, les gens sur l’aide sociale et j’en passe. Le problème, et c’est la seule chose qui importe, c’est que cette radio est sexiste, homophobe, raciste, anti-pauvre et anti-journalistique.

Les journalistes respectables refusent d’utiliser ces gros mots. C’est trop cru? Trop vrai?

À moins qu’ils ne voient tout simplement pas le problème?

Et là, on touche à quelque chose. Qu’est-ce qu’ont en commun presque tous ces journalistes? Ils sont des hommes blancs. Et ils ont une position privilégiée de chroniqueur. Que savent-ils de la réalité d’une femme musulmane par exemple? Quand on est un homme, on ignore toutes ces petites vexations quotidiennes dont sont victimes les femmes.

Ce qui semble prouver ce point, c’est qu’une des rares à avoir fait des commentaires pertinents sur le rapport Payette, c’est Judith Lussier, une femme, qui critique le rapport tout en soulignant que le machisme omniprésent à la radio (privée ou publique) est un problème grave.

Autre chose. En dénonçant le rapport, n’est-ce pas avant tout à leurs propres privilèges que s’accrochent les journalistes? Est-ce que l’idée d’être forcés de respecter le code de déontologie de leur métier les répugne? Est-ce que l’impunité dans laquelle ils opèrent les satisfait pleinement?

Cette même impunité qui permet à Arthur de rire et de traiter de « couillonne » Caroline Simard, la victime d’un attouchement sexuel? Cette impunité qui permet aux islamophobes et aux climato-sceptiques de parler avec l’aura de respectabilité qui baigne naturellement les scientifiques? Cette impunité qui leur permet d’attiser la haine des automobilistes sur Henri IV envers les chauffeurs d’autobus, ainsi que celle des policiers envers les manifestants?

Si c’est cette liberté que les journalistes défendent, la situation est à la fois dramatique et triste. Car elle va à l’encontre de la liberté d’expression. Elle appuie l’arbitraire, la violence et les privilèges des puissants contre les plus faibles. Et tout ça, en travestissant le beau mot de « liberté ». L’incompréhension, l’ignorance et la bêtise auraient vraiment grugé la profession de journaliste jusqu’à l’os.

Les journalistes peuvent-ils encore se ressaisir? Peuvent-ils enfin se faire à l’idée que défendre la liberté d’expression, c’est aussi s’assurer que le maximum de gens, de toutes origines et de diverses classes sociales, puissent s’exprimer et débattre dans un climat sain, dépourvu de violence et d’intimidation?

Remarquez que les seules autres interventions pertinentes dans le débat proviennent des humoristes Olivier Niquet et Christian Vanasse. Au moins, eux, ont fait l’effort d’écouter ces radios.

Références

Stéphane Baillargeon, Je suis Radio X
Michel Hébert, Petite vengeance
Simon Jodoin, Un exercice raté
Judith Lussier, Faut qu’on se parle de radio
Gilles Proulx, Liberté galvaudée
Yves Boisvert, Rapport-poubelle
Mario Asselin, La critique des radios est pourtant nécessaire
Sophie Durocher, Du grand n’importe quoi
Richard Martineau, Le régime de peur
Raymond Corriveau, Les intouchables
Jean-Francois Vallée, Dominique Payette vise dans le mille
Jérôme Landry, La vraie histoire du rapport Payette