Radio-poubelle dans les autobus: la liberté d’être islamophobe défendue à l’Assemblée Nationale malgré 6 morts

Spectaculaire volte-face de la Commission scolaire de la Capitale. Après avoir interdit à ses chauffeurs d’autobus d’écouter la radio-poubelle au travail, celle-ci revient sur sa décision quelques heures plus tard.

Et malgré tous les beaux discours suite à l’attentat, les élites politiques semblent déterminées à préserver le statu quo en ce qui concerne la radio-poubelle, islamophobie ou pas.

Récit d’une autre anecdote qui en dit long sur l’influence de la radio-poubelle.

Chronologie

29 janvier

Un tueur abat six personnes à la mosquée de Sainte-Foy. Suite à ce triste événement, plusieurs survivants de la communauté musulmane dénoncent l’islamophobie de la radio-poubelle.

1 février

Le maire de Québec dénonce les radios qui attisent la haine.

« Je pense qu’il y a des choses qui ne pourront plus être dites. Il y a des gens qui devront réfléchir. Le niveau de haine qui existe dans certains milieux ne pourra plus exister et il faut vraiment, à partir de maintenant, combattre ça », affirme-t-il.

Le député libéral fédéral de Sainte-Foy fait un discours émouvant. Il affirme qu’il est temps de mettre fin à l’islamophobie:

« Aujourd’hui, je veux aussi leur demander pardon. Pardon d’avoir observé, ces dernières années, leur ostracisation et leur stigmatisation, d’avoir vu prendre racine dans le cœur de mes semblables la peur, la méfiance et la haine, d’avoir fait de mon mieux pour y répondre, mais de ne pas en avoir fait assez. »

Plusieurs autres politiciens se rallient à cette position.

7 février, neuf jours après l’attentat

La Commission scolaire de la Capitale décide de prendre les choses en main. Elle agit concrètement contre l’islamophobie en interdisant la radio-poubelle dans ses autobus.

« Les messages qui y sont véhiculés ne sont pas appropriés pour des enfants et ne correspondent pas aux valeurs que nous voulons leur transmettre. L’autobus est le prolongement de l’école », indique la note.

Aussitôt, quelqu’un à la commission scolaire fait suivre la décision à Dominic Maurais, de Radio X, qui s’indigne sur Facebook. Il publie le courriel de la coordonnatrice au transport de la commission scolaire.

15h, Éric Caire, député de la CAQ et collaborateur régulier de Radio X, fustige la commission scolaire qui serait en train de « censurer » et de « priver de liberté d’expression » une pauvre radio. Les mêmes arguments bidons de l’épisode libârté en 2005.

La commission scolaire, surprise par la réaction et sans doute inondée de courriels haineux, retire la décision controversée.

Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation et chroniqueur de Radio X avant d’être ministre, en rajoute lui aussi une couche sur la censure et la liberté d’expression, même si c’est superflu.

Radio X défend Radio X

16h30, l’Assemblée nationale rend hommage aux victimes de l’attentat.

Après ça, plus personne ne s’intéresse à l’avis de l’imam de la mosquée de la capitale, Mohamed El Hafid, appuyant la Commission scolaire.

« Si on veut discuter du sujet, on discute du sujet, mais dans un environnement encadré et balisé », a-t-il fait valoir.

Conclusion

La liberté d’émettre des propos islamophobes est préservée par les mêmes qui fustigeaient l’islamophobie quelques jours avant et qui pleuraient les morts quelques minutes après. Personne ne trouve ça contradictoire. Les journalistes publient les articles sans indiquer les affiliations de Caire et de Proulx avec Radio X.

La liberté des enfants d’entendre des propos islamophobes est ainsi protégée. Le droit du chauffeur de faire entendre sa radio à tout l’autobus, sans le consentement des passagers, est préservé.

Après avoir passé vingt ans à protéger la liberté d’expression des animateurs de radio haineux, on attend toujours que quelqu’un pense à la liberté d’expression des autres, les musulmans endeuillés dans ce cas-ci, qui se font encore dénigrer à tour de bras à la radio-poubelle. Mais ça, pour Caire et Proulx, entre autres, c’est pas important.

La liberté, dans le sens d’émancipation, est piétinée.

Six morts, et toujours pas l’ombre d’un changement dans la vieille capitale.