Radio-poubelle: Et si les chiffres d’audience étaient gonflés?

Duhaime, Maurais et Fillion sont partis en vacance le lundi suivant les élections. Comment est-ce possible? Tout simplement parce que c’est le 29 octobre qu’à terminé la période d’enquête Numéris. Sans les élections municipales, ces animateurs seraient partis avant.

On dit que la radio de Québec est très populaire. Pour nous permettre d’en juger, l’entreprise Numéris est celle qui mène les sondages d’audience.

Ces enquêtes déterminent la vie et la mort des animateurs. C’est avec elles que les vendeurs de la radio sollicitent des clients qui paieront la pub. Une radio avec de gros chiffres d’audience a un meilleur budget et peut se permettre de payer les salaires faramineux de ses vedettes radiophoniques.

Au printemps dernier, sur une population de 719,360 personnes, Numéris (Ex-BBM) attribue

  • 183,100 auditeurs au FM93,
  • 140,700 à Radio X,
  • 132 500 à Énergie et
  • 120,500 à BLVD.

Ce sont des chiffres impressionnant. Cependant, sont-ils fiables?

Pour être compté comme un auditeur, il suffit d’avoir écouté 15 minutes de radio une fois pendant la semaine. Entrer dans une boutique qui diffuse une de ces radios ou s’assoir à côté d’un chauffeur du RTC est suffisant pour être considéré comme auditeur de radio-poubelle.

Aussi, pour connaître l’auditoire total, on ne peut pas additionner le nombre d’auditeurs de chaque radio, puisqu’une même personne écoutant plusieurs radios serait comptée plusieurs fois. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a un minimum de 183,100 personnes qui écoutent une ou plusieurs radios, 15 minutes au cours d’une semaine. Remarquez, il y a 10 080 minutes dans une semaine.

La répartition de l’auditoire par émission est intéressante. La matinale de Radio-Canada est la plus populaire, avec 28 700 auditeurs aux 15 minutes. Radio-Canada a l’avantage de se démarquer de ses compétiteurs parce que bonne chance pour trouver une différence entre les idées de Dominic Maurais de Radio X et celles de Sylvain Bouchard du FM93.

Mais Radio-Canada fait pâle figure si on additionne tous ceux qui, sur une même plage horaire, toutes radios confondues, partagent les mêmes idées poubelles.

Numéris mène ses sondages avec des cahiers d’écoute envoyés par courrier 2 fois par années. Une fois au printemps et l’autre en automne. Ces périodes d’écoute durent 8 semaines. Puisqu’il y a 52 semaines par année, Numéris ne s’attarde donc qu’à 15% de la diffusion annuelle.

Les radios connaissent ces périodes d’avance. Elles préparent donc leur programmation en conséquence. Le résultat est double:

  • En période hors-sondage la programmation est soporifique.
  • En période de sondage, elle est comme boostée aux stéroïdes.

Pour devenir la radio-poubelle la plus populaire, vous n’avez qu’à concentrer vos forces sur les 8 fatidiques semaines de sondage. Le reste, on s’en fout pas, mais presque!

Pendant les 44 autres semaines, des juniors peuvent remplacer Jeff Fillion, Dominic Maurais et Sylvain Bouchard. Ces vedettes ont d’ailleurs de très longues vacances. Cet été, Jeff Fillion est partit en congé 6 semaines. Et c’est sans compter le temps des fêtes!

Tant que Numéris n’est pas à l’écoute, pourquoi pas!

En période de sondage alors la, c’est une autre histoire. Nombreuses sont les astuces pour attirer les auditeurs. En voici deux.

1. Lancement de campagnes politiques

Vous souvenez-vous de la campagne du FM93 des cols rouges avec sa fameuse manifestation de 15,000 « contribuables en colère » en 2010? Elle avait été planifié dans le cadre d’une période de sondage.

Lors de la récente enquête du 4 septembre au 29 octobre, coup de chance, c’était en même temps qu’une élection partielle dans Louis-Hébert et les élections municipales.

Cette fois pour la partielle, Radio X a fait tout son possible pour vendre le candidat du Parti Conservateur du Québec et marteler sa campagne pour un 3e lien. Remarquez que Fillion offre déjà une tribune au chef du PCQ, Adrien Pouliot, lors d’une chronique hebdomadaire.

Pour les municipales, Radio X a lancé son propre parti politique, Québec 21, dont le programme a été écrit par Jeff Fillion et ses amis.

Un nombre incalculable de campagnes politiques ont été lancées par la radio-poubelle en période de sondage. Sans que ses adhérents ne sachent le véritable objectif de cette opération de manipulation.

Voilà une bonne façon d’attirer l’attention et donc l’auditoire.

2. Les concours

Il y a des gens qui écoutent la radio pour participer à des concours. Les animateurs les appellent des « têteux de concours ». Alors en période de sondage, ils deviennent bien utiles. La radio lance toute une panoplie de tirages avec de beaux cadeaux à la clé. Dernièrement, Radio X fait une compétition de « jokes pas drôles » avec un beau 500$ cash offert par Qualinet.

En résumé, en période de sondage, la radio met de l’avant toutes sortes d’astuces pour influencer positivement l’auditoire. Les meilleurs animateurs sont en poste et les meilleurs invités sont convoités. Tout le contraire de ce qui se produit hors sondage.

Toute la programmation est adaptée pour favoriser les sondages Numéris. Pensez-y, pour faire un maximum de profits, le seul but de la radio privée est de performer 8 semaines par année.

Dès lors que les périodes de sondages sont connues d’avance, tout ça est compréhensible. Mais on doit convenir que les entourloupettes de la radio viennent fausser la fiabilité de l’enquête et amplifier les chiffres d’audience.

La pièce de théâtre

Numéris est composé de radiodiffuseurs, d’annonceurs et d’agences de publicité. Les intérêts contradictoires de ces groupes sont censés assurer la crédibilité des sondages. Les radios veulent des gros chiffres. Les agences de pub veulent des chiffres fiables pour acheter des espaces publicitaires au juste prix. Et les annonceurs veulent payer le moins cher possible.

Et si, dans le fond, Numéris était une sorte de théâtre dans lequel tout le monde se met d’accord pour plumer le client?

On fait tout pour s’assurer une image de crédibilité mais au fond, on sait que les chiffres sont gonflés et on a aucune intention de corriger la situation parce que tout le monde y trouve son compte.

C’était un peu ça la commission Gomery. On y a découvert, entre autre, que des entreprises concurrentes de génie-conseil et de construction se sont concertés pour faire gonfler le prix des contrats.

Des gens qui, en théorie, s’opposent, on trouvé un terrain d’entente.

La solution pourrait alors être ce que les radios-poubelles aiment beaucoup : un peu de compétition.

Une entreprise de Québec, StatsRadio, prétend pouvoir fournir des statistiques d’écoute en temps réel aux radiodiffuseurs et aux annonceurs.

Si ça fonctionne vraiment, on pourrait avoir de grosses surprises. Au diable les 8 semaines de sondage, l’année entière serait étudiée. Cette méthode promet de bouleverser le paysage de la radio. Ça pourrait avoir l’effet d’une petite révolution.

Bye bye les longues vacances.

Et si les annonceurs et les agences de publicité sont honnêtes et veulent avoir les vrais chiffres, ils devraient adopter StatsRadio rapidement, non?

Journal de Québec