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La liberté est trop précieuse pour la laisser se faire piétiner

Une autre Journée de la liberté de la presse, une autre occasion ratée d’aborder des enjeux controversés.

À ce sujet, Patrick Lagacé signe un texte le 5 mai intitulé « Je suis Jérôme ». Il y parle de sa chicane avec Jérôme Landry de Radio X. Dans une vieille chronique, Lagacé avait demandé au boss de Radio X, Raynald Brière, de punir Jérôme. Et Patrick de s’excuser.

C’est larmoyant. Deux ennemis se réconciliant. Deux mâles blancs privilégiés, la confrérie des fabricants du prêt-à-penser, se serrant la main. Tout le monde est beau, tout le monde est gentil.

Mais une question nous taraude: Comment peut-on sincèrement croire qu’en défendant Radio X on aide la liberté de presse?

D’ailleurs, qui s’y oppose? Nous sommes tous Charlie! On l’a compris lors de la marche républicaine en France, où les pires ennemis de la liberté d’expression ont scandé en chœur « Je suis Charlie », prouvant cette importante leçon: la liberté est une valeur si incontestable que même ses pires ennemis s’en réclament.

Oui, la liberté de presse est un droit fondamental, surtout lorsqu’elle heurte nos propres opinions. La Coalition ne remet pas ça en question. Ça n’a même jamais fait partie du débat.

La Coalition s’intéresse au sexisme, au racisme, à l’islamophobie, à la haine et à la désinformation. Pas aux opinions contraires aux nôtres, quoiqu’en dise Jérôme Landry, champion du sophisme de l’homme de paille, inventant les arguments de ses adversaires pour pouvoir les démolir aussitôt.

Les ennemis de la liberté

En terme de liberté d’expression, la radio-poubelle est un bien mauvais disciple, bafouant tous les postulats de base:

  • Accepter d’être contredit: Radio X a poursuivi Jean-François Jacob et Éric Beaudry, accusés d’avoir lancé des pages Facebook les critiquant. Jacob a perdu son emploi et a dû quitter la ville de Québec.
  • Respecter les opinions contraires: Gabriel Nadeau-Dubois affirme que le mouvement étudiant est victime de brutalité médiatique? C’est un « enfant-roi », un « enfant gâté », qui « lave le cerveau » des étudiants sur qui on devrait « basher« . Aussi, Dominic Maurais applaudit le maire de Trois-Pistoles qui souhaite empêcher GND de prendre la parole lors d’un festival. Sylvain Bouchard propose de bruler le livre de Gabriel Nadeau-Dubois.
  • Encourager les débats: La période de questions à l’hôtel de Ville? Landry et Gravel trouvent ça inutile. Les éducatrices en CPE veulent discuter de leur emploi? Duhaime leur propose de se taire.
  • Protéger les réputations: Amir Khadir propose une réflexion collective sur la radio-poubelle? Il est aussitôt comparé au tyran sanguinaire Staline.

La démocratie? Les animateurs admirent la Chine, la Jordanie et souhaitent une dictature pour Haïti. La liberté de circuler? Pourquoi pas « Honk a cyclist« ? La liberté de confession? La religion catholique est meilleure que les autres et « il n’y a pas de bon musulman ». La liberté de l’art? Les animateurs ont invité un festival à annuler le spectacle du groupe Mise en demeure.

Et le journalisme? La dernière fois que le plus anti-journalistique des premiers ministres du Canada, Stephen Harper, est allé à la radio-poubelle, c’était pour dénigrer Radio-Canada. La radiopou a applaudi à tout rompre. Elle adore les gens qui pensent comme eux.

Comment peut-on défendre la radio-poubelle au nom de la liberté alors que celle-ci en piétine chaque jour les bases mêmes?

Tous ces exemples le démontrent, la radiopou s’oppose à la liberté et au journalisme. Lutter contre elle, c’est défendre cette noble profession. C’est aussi comprendre que la liberté est trop précieuse pour être bafouée en son nom.

Chers journalistes

Journalistes, voulez-vous faire œuvre utile? La prochaine fois que vous écrivez sur la radio-poubelle, allez donc rencontrer des familles sur l’aide sociale, des musulmans pratiquants ou des étudiants. Demandez-leur donc si leur liberté d’expression est respectée quand on les traite de voleurs, de parasites et de terroristes à l’antenne des radios les plus écoutées de la Capitale. Possible que votre définition de la liberté d’expression, ils se la mettent au cul profond.

Commencez déjà par reconnaitre le phénomène anti-journalistique qu’est la radio-poubelle. Vous serez peut-être plus crédibles la prochaine fois que vous défendrez la valeur de votre travail. Nier le problème vous rend complice de la radio-poubelle. En les défendant sans nuances, de façon dogmatique, vous faites d’eux un média comme les autres.

S’il y a une question, une seule, sur laquelle vous devez vous concentrer est celle-ci: Doit-on laisser s’exprimer un discours macho, raciste et haineux chaque jour dans un large public?

Là est la question jamais posée.

La radiopou, plus que de la simple diffamation

En entrevue avec Landry, Lagacé explique ce qu’est selon lui la radio-poubelle: « Ce sont les attaques sur les personnes ». De la diffamation.

Si ce n’était que ça, il n’y aurait même pas de Coalition. La radiopou s’est beaucoup calmée depuis l’épisode Sophie Chiasson. N’empêche, GND et Khadir sont encore souvent insultés et dénigrés.

Qu’est-ce que la radio-poubelle selon la Coalition? Très simple. C’est de l’anti-journalisme: Lisez le code de la déontologie et faites tout à l’envers. Ajoutez-y du racisme, du sexisme, de la haine et de la désinformation. C’est un discours qui enferme plutôt qu’émancipe. Qui obscurcit plutôt qu’il éclaire.

Pour être diffamé, il faut déjà être « fameux », c’est-à-dire avoir une réputation à protéger. Appartenir à une élite.

Ce que nous défendons, ce sont ceux qui n’ont rien d’autre que leur dignité d’être humain. C’est pour les déshérités que nous luttons contre la radio-poubelle. Les immigrants, les pauvres, les LGBT et les femmes.