Tant qu’à boycotter Normandeau, pourquoi pas Fillion, Mailloux ou Arthur?

Le retour d’André Arthur, de Jeff Fillion, de Nathalie Normandeau et du Doc Mailloux ne devrait pas surprendre. C’est dans la logique des choses.

Dans un contexte très compétitif, où de plus en plus de radios se mettent à faire du talk, il est normal que chacune tente de se démarquer. Et on n’y arrive pas en engageant des novices, mais en recrutant des valeurs sûres.

Tous mis à pied dans la controverse (propos racistes pour Arthur et Mailloux, intimidation pour Fillion, accusations de fraude pour Normandeau), les membres de cette clique avaient néanmoins rapidement démontré leur popularité.

Le segment d’André Arthur était le plus écouté/téléchargé chaque jour à Radio X. Le duo Duhaime-Normandeau avait, très rapidement, propulsé le 93.3 au haut des sondages. Et si Jeff Fillion avait passé quelques mois de plus à NRJ, il aurait probablement dépassé son rival, Gilles Parent.

En perdant leur emploi, ils n’ont pas été radiés de leur métier.

Un ordre professionnel peut empêcher un de ses membres d’exercer son travail s’il a fait une faute professionnelle.

Le racisme et l’intimidation sont proscrits par le code de déontologie des journalistes. Arthur, Mailloux, Fillion et Normandeau n’ont pas été radiés parce qu’il n’y a pas d’Ordre professionnel des journalistes.

Au Québec il existe un Ordre professionnel pour les acupuncteurs, les agronomes, les chiropraticiens, les diététistes et les sexologues.

On doit donc déduire qu’on considère l’information publique comme un secteur de moindre importance que les troubles érectiles.

La seule surprise est que BLVD, après avoir fait une campagne publicitaire controversée autour de la radio-poubelle de Québec, se met désormais aussi à en faire. BLVD rejoint le club sélect des radios-poubelles de Québec.

La radio-poubelle s’étend et ce n’est pas en laissant faire le marché qu’on risque de voir la situation s’améliorer. Mais bien en faisant connaitre son indignation.

Les élus refusent toute entrevue avec Normandeau

Autre rebondissement, les élus provinciaux, tous partis confondus, refuseront les entrevues avec Nathalie Normandeau.

Une attachée de presse de la CAQ, Émilie Toussaint, a évoqué la raison suivante:

« Nous croyons à la présomption d’innocence, mais nous jugeons qu’actuellement Mme Normandeau n’a pas la crédibilité pour parler de politique avec les élus de notre parti »,

C’est très bien, mais pourquoi ne pas faire la même chose avec toute la radio-poubelle? Les autres animateurs n’ont pas été accusés de fraude, mais ils ont fréquemment démontré qu’ils n’avaient aucune crédibilité.

Ils refusent le titre de journaliste. Ils en piétinent la déontologie. Ils utilisent les privilèges du journalisme sans en respecter les devoirs. Il suffit de lire les nombreuses plaintes au CCNR et au CPQ pour s’en convaincre.

À la radio-poubelle, bafouer les principes de base du journalisme n’est pas un accident. C’est systématique. C’est la façon de faire. C’est banal.

Mailloux a déjà affirmé que les Arabes forment « un peuple taré ». Fillion a déjà applaudi les coups de fouet donnés au héros de la liberté d’expression, Raïf Badawi. André Arthur affirme qu’Isabelle Gaston est aussi coupable que Guy Turcotte pour le meurtre de ses enfants.

Et ce n’est qu’un infime florilège de ces provocateurs nés.

Alors j’ai une question pour les élus. Pourquoi accepter une entrevue avec Fillion alors qu’on en refuse une avec Normandeau?

Et, plus largement, pourquoi est-ce que les porte-paroles de groupes défendant les droits des journalistes acceptent-ils de donner dles entrevues à la radio-poubelle? Pensons aux syndicalistes et aux journalistes, par exemple.

En acceptant l’entrevue, ne sont-ils pas en train de donner de la crédibilité à des gens qui sapent les fondements même du métier qu’ils prétendent défendre?

Pour être cohérent, ceux qui valorisent le métier de journaliste devraient s’abstenir de donner des entrevues à des gens qui piétinent le journalisme.

Une entrevue ça se passe avec un journaliste. Pas avec un vendeur de hamburgers.