Internet a certainement été créé avec les meilleures intentions. Et, pendant plusieurs années, ce grand réseau a été utilisé principalement pour les bonnes raisons comme s’informer, apprendre, se connecter à ses proches, s’amuser, et plus. Cependant, ces dernières années, on constate une augmentation des cas de fausses informations et de la haine sur les différents médias sociaux dans le monde. Le Canada n’est pas épargné par ce fléau et les conséquences sont désastreuses.

Quand la haine et la manipulation prennent le web canadien pour cible

Menaces numériques au Canada

La désinformation est le fait de diffuser de façon volontaire, une fausse information afin de tromper le grand public. Ce phénomène touche de nombreux domaines parmi lesquels il y a la politique. Un rapport de Survey of Online Harms in Canada sorti en 2024 a révélé que plus de 38% des Canadiens ont déjà eu affaire à des fausses informations en ligne. Les jeunes arrivent plus facilement à détecter ces fausses informations que les personnes âgées.

Pour ce qui est du discours haineux, il est également assez populaire sur les médias en ligne. On appelle discours haineux, toute communication dont le but est d’inciter à la violence ou à la discrimination envers un groupe.

De nombreuses personnes au Canada utilisent les plateformes numériques pour montrer leur haine. Les groupes les plus visés sont les minorités visibles, principalement, les Sud-Asiatiques et les Noirs. A l’approche des élections fédérales de 2026 par exemple, il y a eu plus de 2 300 publications haineuses sur les Sud-Asiatiques entre le 1er mars et le 20 avril. Ces discours haineux visaient principalement Jagmeet Singh, l’ancien chef du NPD selon l’Institute for Strategic Dialogue.

L’aspect le plus dangereux, c’est que l’évolution de la technologie entraîne de nouvelles formes de menaces. Aujourd’hui, on assiste à une multiplication des deepfakes impliquant des personnalités publiques. La Gendarmerie royale du Canada a même eu à alerter sur ce type de vidéo imitant des animateurs, des politiciens ainsi que des figures publiques. Il en est de même pour les discours appelés « fear speech » qui sont des discours alarmistes et qui peuvent porter des messages haineux.

Les conséquences sociopolitiques

Impacts sociaux et politiques

Les fausses informations et les discours haineux peuvent avoir des conséquences aussi bien sur la société que sur les individus.

Les divisions politique et sociale

L’une des conséquences majeures de la désinformation, c’est la possibilité de créer des divisions dans la société. Le fait de donner des fausses informations sur un sujet, surtout s’il est sensible, peut entraîner des divisions. Si l’information concerne la chose politique, elle peut entraîner un problème de confiance envers les institutions.

Les discours haineux sont également des conséquences de la désinformation. Des personnes peuvent lancer des messages haineux envers des groupes minoritaires par exemple, parce qu’elles ont vu des informations à propos d’elles.

L’atteinte à la santé mentale

Les fausses informations sur les médias peuvent créer de la psychose chez les personnes qui y sont constamment exposées. Certaines personnes sont très vulnérables aux mauvaises nouvelles et elles peuvent y croire assez facilement.

De même, subir de la haine en ligne de façon récurrente a des conséquences néfastes sur la santé mentale. Il existe des cas documentés de personnes s’étant donné la mort au Canada à cause de la haine qu’elles subissaient en ligne. Les groupes les plus vulnérables sont les personnes racisées, les jeunes 2SLGBTQ+, les femmes et les minorités de genre.

Mesures prises par le gouvernement canadien

Face à la montée de la désinformation et de la haine en ligne, l’État canadien s’est penché sur le sujet. Elle a mené des actions en proposant un projet de loi et en menant des actions complémentaires.

Le projet de loi C-63

Encore appelé Online Harms Act, le projet de loi C-63 fait appel à la responsabilité des plateformes. Ce projet de loi a pris certaines mesures comme :

  • La création d’une commission de sécurité numérique ainsi que d’un Ombudsperson pour la supervision et la modération des plateformes,
  • La définition des contenus haineux, de l’incitation à la violence et de la délinquance en ligne sur le plan légal,
  • Les sanctions civiles comme des peines de prison jusqu’à la perpétuité en cas d’apologie du génocide et des amendes allant jusqu’à 20 000 $ pour les coupables de discours haineux,
  • Des amendes allant jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial des plateformes qui ne sont pas conformes aux normes.

Cependant, le projet a subi des critiques virulentes aussi bien par des associations que par des figures publiques. Le Canadien Civil Liberties Association pense qu’un tel projet est une dérive « orwellienne ». L’association est convaincue qu’avec ce projet de loi, le gouvernement effectuera un contrôle excessif et intrusif sur les médias. De même, de grandes figures du pays comme Jordan Peterson pensent que ce projet fera du Canada un endroit trop contrôlé. À terme, des citoyens canadiens seront obligés d’aller en exil. Avec la dissolution du parlement en janvier 2026, le projet est à l’arrêt pour le moment.

Les actions complémentaires menées

Le gouvernement fédéral a lancé des activités un peu plus sobres contre la haine en ligne et la désinformation. Cela inclut des sensibilisations, la formation aux outils de fact-checking ainsi que le soutien à la littératie numérique. Ces actions ont été lancées avec la collaboration de certaines organisations de la société civile.

Agir ensemble contre la désinformation et les discours haineux

Il est bien que le gouvernement fédéral prenne des mesures contre le discours haineux et la désinformation, mais elles ne peuvent être efficaces que si elles commencent par la population. Les médias font de leur mieux, mais il est encore difficile pour eux de réguler tout ce qui se passe sur leurs plateformes.

Ainsi, il faut savoir s’adapter au monde dans lequel on est. Internet étant devenu un indispensable aujourd’hui, on peut former les populations pour une meilleure utilisation. Il est par exemple possible de proposer des programmes scolaires dans le but de décoder les informations en ligne. Cela permettra aux internautes de faire la différence entre les fake news et les vraies informations.

De même, de larges campagnes de sensibilisation sont nécessaires par rapport aux deep fakes. Une collaboration avec les bibliothèques publiques peut être utile pour cette sensibilisation, puisque 89% des Canadiens les jugent fiables.

Les plateformes doivent aussi être concernées par ces actions. Bien que le projet de loi ait été suspendu pour le moment, il est possible d’imposer aux médias, des audits indépendants pour l’évaluation de leurs algorithmes de recommandation. Ils doivent aussi publier des rapports de transparence sur les signalements et les contenus modérés.