Archives mensuelles : mars 2019

Fillion apprécie se faire battre comme un chien par son père et ses profs

La vidéo suivante est une discussion sur le dressage des chiens. Alors que Gerry parle de les mettre en cage ou de les frapper, Jeff Fillion déclare que les profs qui « l’ont le plus dressé » sont ceux qui lui ont donné des « coups de genoux dans le côté, pis des coups de coude, pis des claques sur la gueule ».

C’est grave, parce que non seulement Fillion dit ce qu’il a subit, mais il dit que ça lui a fait du bien. Indirectement, il encourage ses moutons d’auditeurs à adopter la violence envers les enfants.

Juste avant, Fillion affirme avoir déjà « mangé une osti de claque dans le côté » pour avoir « défié son père ».

la maltraitance des enfants peut avoir plus tard dans la vie de lourdes conséquences à l’origine de troubles de santé mentale, tels que dépression, anxiété, consommation excessive d’alcool et de drogues, problèmes de jeu, idées suicidaires et tentatives de suicide (…)

les personnes maltraitées durant leur enfance sont plus susceptibles de devenir sans-abri, d’avoir une piètre qualité de vie liée à la santé, et de subir de la violence dans leurs relations une fois adultes.

cihr-irsc.gc.ca, Des conséquences pour la vie : les mauvais traitements peuvent compromettre l’avenir d’un enfant, Instituts de recherche en santé du Canada

Au sujet de sa mère, Fillion a déjà dit qu’elle était « autoritaire et elle voulait pas qu’on écoute la télé de peur que ça nous ramollisse le cerveau ».

Le père de Fillion, Gilbert Fillion, était prof, député du Bloc Québécois, conseiller municipal, commissaire de la Commission municipale et directeur d’un groupe de cadets. En grande partie il représente tout ce contre quoi Fillion s’acharne depuis ses débuts en radio.

Le vidéo nous aide beaucoup à comprendre d’où viennent les pulsions violentes de Fillion.

Disponible sur Facebook

Radio Pirate avec Jean-François Fillion, Gerry et un troisième homme

?- « Moi j’ai toujours eu des danois. C’est comme un enfant d’âge mental »

JF: « Ça a 2 ans d’âge mental »

?- « As-tu déjà défié ton père toi un peu?

JF: « Oui »

?- « Moi pareil. As-tu mangé une volée? »

JF: « J’ai mangé une osti de claque dans le côté »

?- « Moi pareil. Ben mon chien ça a été pareil. »

Gerry : « Là tu frappes le chien, mais tu veux pas le mettre dans une cage… Frapper le chien, c’pas grave, mais y faire passer six heures dans une cage… »

JF : « Ouain, c’est 6 heures, tandis que des claques su’a gueule j’en ai eu là, c’pas grave. J’en ai eu des claques s’u à gueule en masse, ça dure 3 secondes. Le feeling, la demi-seconde, plus deux secondes, han!, pis après ça, c’est l’orgueil qu’est touché… »

?: « Tu y penses après, le chien y pense aussi après… Quand t’as un poing su’le bord de la tête »

JF : « Les profs qui m’ont le plus dressé, c’est ceux qui m’ont donné des coups de genoux dans le côté, pis des coups de coude, pis des claques sur la gueule »

Entrevue Dorion-Nolin: la radio fait sa crise du bacon

Avant-hier, Catherine Dorion a publié la vidéo d’une entrevue avec Safia Nolin sur l’intimidation. Dans cette entrevue de plus d’une heure, les 10 dernières minutes sont consacrées à la radio-poubelle.

Safia et Dorion discutent à bâtons rompus de l’impact toxique de la radio-poubelle sur leur vie, sur la culture et sur la société en général.

Catherine dit même quelques mots troublants sur son propre père, Louis Dorion, qui a poursuivi André Arthur puis qui aurait été forcé de quitter la ville de Québec et de changer de métier.

La radio-poubelle a donc réagi comme d’habitude envers tous ceux qui brisent l’omerta: elle a fait une grosse crise du bacon dont les extraits sont ci-joints.

Nos brutes hypersensibles démontrent qu’ils sont toujours incapables de prendre la critique.

Radio X: incapable de tolérer la dissension

25 mars 2019, Maurais live, avec Dominique Maurais, Alexandre Leblond

DM: « Ils font la démonstration que ce sont des faibles (…) Quelqu’un qui déteste la dissension (#RegardeQuiParle) dans une société libre et éclairée comme la nôtre, c’est quelqu’un qui est foncièrement faible. Quelqu’un qui veut faire taire la critique (ironique compte tenu de la suite) (…) »

*Extrait de Dorion disant que les animateurs de radio vont radicaliser du monde qui font des actes haineux

DM: « Un moment donné elle me nomme, mais de lancer des âneries de la sorte, c’est non seulement irresponsable mais c’est dangereux et c’est faux. C’est complètement bête ce qu’elle dit. Elle nage dans la bêtise (…) Ça mérite une poursuite! (…) C’est minable, ça fait pitié. C’est pathétique. Oui oui! ça vaut une mise en demeure. C’est vous qu’elle insulte (#not)

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Radio X: Fillion aime ses filles, mais pas tant

25 mars 2019, Fillion, avec Jean-François Fillion, Dominique Dumas

12h30 – JF: « A propos de Dorion, sur ce qu’elle avance, qu’on est quasiment des meurtriers (…) Les gens de Québec qui l’ont élue, va falloir se rendre compte qu’ils ont engagé une ado. »

JF: « Sans vouloir vexer ma fille de 14 ans, c’est exactement… je l’aime bien ma fille, il y a des genres… des fois tu as hâte que ça conclut. »

DD: « Ils s’expriment comme leur âge. »

JF: « S’il n’y a pas quelqu’un qui gère Catherine Dorion pour de vrai dans les prochaines semaines, elle ne se rend pas à Noël comme politicienne. Elle va se mettre un pied dans la bouche et elle ne sera pas capable de s’en sortir (…) »

Et Fillion d’y aller avec des remarques condescendantes et méprisantes sur Dorion.

JF: « Moi j’ai rien contre (#not), comment elle s’appelle? Safia Nolin? (…) Ça fait vraiment jeune fille »

Puis Fillion dit que du cheerleading, la poutine du Cosmos, un film sur Motley Crue et Metallica, c’est de la culture comme n’importe quoi d’autre.

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FM93: Duhaime menace Dorion

Duhaime qui demande des preuves, on se demande, est-ce que Duhaime a déjà dévoilé ses sources pour son fameux « agenda islamiste caché » d’Amir Khadir?

25 mars 2019, Duhaime dans le retour, avec Éric Duhaime

15h – ED: « Ce qui est dangereux, ce qu’elle dit c’est qu’on est des agents de radicalisation. Je veux savoir qui j’ai radicalisé et que j’ai invité à faire des meurtres et à propager la haine. Je veux des preuves. Mme Dorion c’est excessivement grave ce que vous nous accusez. C’est de nature criminelle ce que vous dites. »

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Le père de Catherine Dorion a déjà poursuivi André Arthur

« Catherine Dorion se souvient être un jour montée à bord d’un bus conduit par le célèbre animateur André Arthur, chauffeur à ses heures. Elle lui a souri avant de se présenter comme la fille de Louis Dorion. Arthur s’est subitement rembruni. Et pour cause. Louis Dorion avait intenté une poursuite de 1,6 million pour diffamation contre André Arthur au début des années 80. L’affaire a traîné en justice au gré des appels jusqu’à la mort de Louis Dorion en 1998. Cette année-là, les parties ont finalement réglé à l’amiable à la faveur de la succession de l’avocat, qui a obtenu une compensation d’un peu plus de 300 000 $. »

L’artiste de l’assemblée nationale, lapresse.ca

Catherine Dorion et Safia Nolin ramassent la radio-poubelle

Un événement rare. Depuis la fondation de la Coalition Sortons les poubelles en 2012, ça n’est jamais arrivé. On avait perdu tout espoir que ça pouvait être possible, mais ça vient bel et bien de se produire.

Une élue critique ouvertement la radio-poubelle.

C’est la nouvelle députée de Taschereau, Catherine Dorion, qui s’y colle en entrevue avec l’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin. Ça a été publié hier dans une vidéo de la série Nous ne sommes pas seuls.

Ça va très loin. Et pourtant, ça ressemble aussi beaucoup à ce que bien du monde dit à propos de la radio-poubelle, depuis des années. En fait il n’y a rien à redire, tout est là.

Que Fillion a un discours apocalyptique à la Alex Jones (inspirateur du tueur de la mosquée). Que c’est comme une secte qui rend les gens malades. Que c’est de la haine, de l’intimidation, que ça polarise. Que ça nuit à la liberté d’expression.

Que ça mobilise les gens racistes et homophobes.

La radio-poubelle a réagi aujourd’hui et fait planer des menaces de poursuites judiciaires contre Dorion. Avouez que ça serait amusant. Enfin, on aurait un débat de fond sur le pouvoir nocif de la radio-poubelle. Et ça tombe en pleine période de sondages Numéris.

On vous avait dit, il y a quelques jours, que la crise du bacon de Fillion contre la Coalition était un symptôme de la peur qu’il ressent face à une opposition grandissante. Vous en avez ici une nouvelle démonstration.

C’est d’autant plus surprenant que Catherine Dorion ne semblait pas s’enligner du tout vers ça, à ses débuts comme politicienne.

La peur serait-elle est en train de changer de camp?

Discussion sur l’intimidation entre Nolin et Dorion

À partir de 51 minutes

SN: « Avant on disait: Richard Martineau est pas cool. Maintenant il y a Sophie, Richard, Denise, Lise, il y a Jeff Fillion, tout le monde de Radio X, Éric Duhaime, Bock-Côté. Là, ils sont rendus 25.

CD: « Et ils ont tous des grosses tribunes »

(…)

CD: « C’est une droite qui, dans la culture ou la moralité, est super autoritaire. Soit de même. C’est l’inverse de la liberté. C’est comme de la religion. Sous des curés au Québec (…) »

SN: « C’est juste de la haine. Je ne comprends pas que les gens font ça. Je ne comprends pas qu’ils ont encore moyen de le faire (…) J’ai écouté un extrait de Jeff (L’extrait est ici) (…) L’autre jour, il y a un gai qui est allé faire son cours habillé en femme. Et là, il est fâché, et il parle d’un transgenre. C’est wrong sur plein de levels. Il dit pas son prénom, il l’appelle monsieur (…) Il dit que si c’est moi la culture au Québec, c’est la fin. Et que bientôt il va y avoir un mystère. C’est quasiment épeurant ce qu’il dit (…) Ça me fait penser à Alex Jones. La cour de Jeff Fillion, qui dit que dans pas long il va y avoir un restart. Safia Nolin c’est la culture au Québec. Ça s’en vient à la fin. Il va y avoir un restart. Ça me fait penser à Alex Jones (…) »

CD: « C’est dangereux »

SN: « On dirait, ‘’on est rendu au bout et il va y avoir une genre de guerre civile’’. On n’est pas sûr de ce qu’il veut dire. »

CD: « Un genre de preacher »

SN: « Un genre de preacher fou. Bref je l’haïs. Je comprends pas que c’est légal de dire ça. C’est de l’incitation à la haine. »

CD: « Clairement. Peut-être que c’est illégal, mais faut que quelqu’un poursuive. »

SN: « Mais je ne comprends pas, il a eu plein de poursuites, Jeff Fillion »

CD: « Mais le modèle fait que c’est décourageant d’en faire. Ça va me faire chier, ça va me couter cher (…) »

SN: « A chaque fois que je viens à Québec, je mets la radio à Radio X pour savoir qu’est-ce qu’ils disent (…) »

CD: « C’est comme des intimidateurs de l’école secondaire »

SN: « Ils intimident tout le Québec (…) »

CD: « Ils rendent du monde malade, aussi »

SN: « Calisse, ils rendent du monde xénophobes, homophobes, misogynes (…) »

CD: « Ces types de radio là, ils ont scrappé la vie de mon père à une certaine époque. Ils lui ont rentré dedans. Il a fallu qu’il déménage à Montréal à cause de ça. Il a changé de job (…) »

SN: « Je comprends la liberté d’expression, mais il y a toujours bien des limites. »

CD: « En fait ça enlève de la liberté. Ça atteint psychologiquement du monde qui, après, n’osent plus s’exprimer. »

SN: « C’est comme la gangrène (…) L’attentat à Québec, quand ça s’est passé, j’étais même pas surpris (…) Il y a quelque chose à Québec qui se passe et qui monte de plus en plus, je trouve. »

CD: « C’est l’occupation médiatique par du monde méchant qui encourage la division, la haine et tout ça, qui nous fait dire que le Québec c’est de la marde. Ça fait que, oui, ils vont radicaliser du monde. Comme du monde qui font des actes haineux et qui font des meurtres. Ils vont faire ça. Et c’est pour ça que je pense que c’est dangereux (…) »

SF: « J’ai réussi à me faire menacer de mort parce que j’étais Arabe à Québec (…) Il y a une switch chez les gens, et Radio X mettent la switch vers la mauvaise partie (…) C’est juste un baril d’huile géant qui fait juste essayer de grossir des feux partout dans la tête du monde (…) »

CD: « Je ne comprends pas ce qui motive à faire ça. »

SN: « L’argent, la haine (…) Ils font du cash beaucoup avec ça (…) »

Fuck le 3e lien

Un texte de Simon-Pierre Beaudet.

Vous vous souvenez de la fois où les radios-poubelles ont mis sur pied la Nordiques Nécheune ? Et qu’elles ont milité pour qu’on construise un amphithéâtre ?

Et que les Nordiques sont revenus ?

Et que la coupe Stanley a défilé sur la Grande-Allée ?

Le troisième lien, ça va être pareil.

*

Quand j’ai publié le livre Fuck le monde, on s’est étonné de le voir si ancré dans son lieu d’origine. « C’est très Québec » a dit Catherine Lachaussée à Radio-Canada ; et je n’étais certain de savoir si c’était un compliment ou un reproche. D’ailleurs, une amie qui voyage beaucoup se disait récemment saisie par la trivialité des préoccupations régionales : le monde est en feu et vous vous chicanez sur un lien routier ?

M’étais montré coupable de régionalisme? mes horizons étaient-ils trop limités?

Pantoute.

Québec est à l’avant-garde des tendances du monde contemporain. Observer ce qui s’y passe, c’est connaître avec acuité les forces qui traversent le monde occidental. Le destin de l’humanité se joue présentement à Québec – et ça ne va pas bien.

Les trolls des radios y ont précédé les trolls d’internet. On y est devenus conservateurs avant qu’ils ne prennent le pouvoir au Canada et aux États-Unis. L’extrême-droite y a naturellement fait son nid et défile sans gêne. L’islamophobie s’y manifeste jusqu’à la tragédie. Les fake news sont de la petite bière à côté de la fiction du retour des Nordiques dans laquelle la cité a vécu pendant des années.

Quand à la polarisation de l’opinion publique, c’est un dossier en soi.

*

La campagne politique en faveur du troisième lien est l’ultime manifestation de l’interférence des radios-poubelles dans la politique de la région de Québec. Par leur appui, ces radios ont favorisé l’élection de députés adéquistes et caquistes au provincial et des conservateurs au fédéral. Elles tentent depuis plusieurs années de mousser des candidats moins institutionnalisés, comme Adrien Pouliot, chef de l’insignifiant Parti Conservateur du Québec, qui bénéficie d’une chronique à l’émission de Jeff Fillion. On leur doit également des tentatives de création ex nihilo de candidatures politiques, comme les cols rouges de Sylvain Bouchard.

Le parti municipal Québec 21 et Jean-François Gosselin s’inscrivent dans cette logique en étant carrément le parti de CHOI Radio X, dont le programme tenait en deux points : pour le troisième lien, et contre le SRB.

La rhétorique simpliste à l’extrême de cette campagne est aussi l’ultime manifestation de la guerre culturelle que mènent ces radios. Cette notion, très instituée dans l’espace anglophone, en particulier aux États-Unis, désigne l’opposition entre les ensembles de valeurs conservatrices et les valeurs progressistes, entre ce qu’on désigne généralement la droite et la gauche politique.

Dans cette logique, tout débat de société est susceptible de diviser le public en deux et le faire tomber d’un côté ou de l’autre du spectre politique – ainsi pour l’avortement, la laïcité, le mariage homosexuel, la légalisation du pot, etc.

Dans cette logique, la polarisation de l’opinion publique n’est pas un accident, une dégénérescence du discours social, voire une espèce de pente descendante naturelle qu’on ne peut que déplorer. Au contraire, cette polarisation est délibérée parce qu’elle donne un avantage à celui qui l’initie ; son camp adverse ne l’a pas voulue, peine à s’y reconnaître, s’y engage à regrets, pour finalement constater qu’il est déjà trop tard.

À Québec, depuis 20 ans, les radios privées mènent férocement cette guerre culturelle. On y cultive la haine de tout ce qu’on associe à la gauche – les pauvres, les syndiqués, les cyclistes, les musulmans, les écolos, la fameuse clique du plateau – dans une ville qui n’était pas, jusque là, prompte à s’entre-déchirer sur des enjeux idéologiques.

La stratégie a réussi au-delà de toute mesure, si bien qu’on reconnaît spontanément le transport en commun comme associé à la gauche – et on le combat en tant que tel – et un troisième lien routier comme la poursuite de la guerre culturelle qu’on mène à cette même gauche.

Comme ils disent en anglais, this is why we can’t have nice things.

*

Durant la campagne municipale, Jean-François Gosselin a dit que son programme en culture, c’était le troisième lien.

Que lorsqu’il serait construit, les gens de partout dans le monde allaient venir l’admirer et que ça ferait rayonner la ville comme le Pont de Québec autrefois.

Yo dude, on va faire quoi si c’est un tunnel ?

*

Québec est une ville détruite.

Le destin de Québec s’est joué dans une décennie, les années 1960, pendant lesquelles on a rasé des maisons victoriennes pour faire de la place aux édifices de la colline parlementaire, détruit le quartier chinois pour faire passer des autoroutes, envoyé l’université en banlieue et ceinturé le centre-ville de cités dortoirs.

Québec a vécu son rêve américain, sa maison de banlieue, ses deux autos, son bonheur individuel à l’abri de tout souci collectif, pour se rendre compte une génération plus tard que ce rêve est toxique ; sa population atomisée, seule dans sa maison et seule dans sa voiture, a oublié de se développer collectivement, pour rater de façon spectaculaire son entrée dans le XXIe siècle.

Il est frappant de voir à quel point les habitants de Québec ne trouvent pas qu’il fait bon vivre dans leur propre ville. Toutes ses qualités se retournent contre elle. Son discours public est marqué par l’aigreur ; chaque fait de l’actualité est susceptible de provoquer un sursaut réactionnaire en chaque individu.

Québec, cité prospère, où le taux de chômage est le plus bas au Canada, est notoirement « écoeurée de payer », pour reprendre le nom d’une campagne publicitaire d’une radio. Québec, belle ville, ville romantique, ville historique, n’existe plus que pour ses touristes ; ses habitants, eux, vivent leur vie de boulot-costco-dodo pris dans des bouchons de circulation qui ne sont que stress, gaz et laideur.

Québec, capitale nationale, ville de fonctionnaires, porte au pouvoir des politiciens qui détestent le service public et les prérogatives de l’État, et qui se font les champions de la rigueur budgétaire, à cette exception près que leurs projets – un amphithéâtre, un lien routier – sont d’épouvantables gouffres financiers.

La seule chose qu’il lui reste, c’est la fuite en avant : il faut plus d’autoroutes parce qu’il y a plus d’automobiles, plus d’étalement parce qu’il faut s’installer toujours plus loin pour un peu de tranquillité et de beauté à l’abri des laideurs de la ville pleine d’autoroutes et d’automobiles.

La seule manière de renverser la tendance est de refaire la ville dans la ville, d’urbaniser cet amas de banlieues et de faire en sorte que les gens se rencontrent plutôt que d’écouter les bonimenteurs de la radio lui dire que ses problèmes sont de la faute des autres, des syndiqués, des immigrants, des cyclistes ou des pauvres qui prennent l’autobus et qui veulent une voie réservée.

Il faut des projets de transport et d’habitat de si grande ampleur qu’ils suppriment l’aliénation de l’automobile et ceux qui s’en font une idéologie, que ce projet remodèle durablement et radicalement la trame urbaine ; il faut qu’il renverse le zeitgeist de la ville, qu’il rende l’écoute de la radio inutile, il faut qu’il sorte la population de sa marde quotidienne et rende les gens heureux et fiers d’habiter chez eux.

Il faut redétruire cette ville.