Aller ou ne pas aller à la radio-poubelle, là est la question

Que ce soit pour une entrevue ou une chronique régulière, doit-on accepter l’invitation d’une radio-poubelle? C’est une question récurrente au sujet de laquelle on a quelques pistes de réflexion.

Précisons d’emblée: Ce n’est pas une question de gauche ni de droite. C’est une question de sensibilité au racisme, à l’homophobie, au sexisme, à la rigueur et à l’éthique journalistique.

C’est aussi une question de respect envers les opposants à la radio-poubelle. Au fil des ans, toutes sortes de campagnes visant à contrer les discours de ces radios ont émergé. La Coalition Sortons les radio-poubelles n’en est qu’une parmi d’autres.

Donc, est-il tout de même possible d’aller à la radio-poubelle dans l’espoir de “faire passer son message”?

Certaines personnes l’ont fait. François Saillant, porte-parole du FRAPRU, avait le tour de faire passer son message. Sébastien Bouchard s’en est chaque fois bien tiré, étant critique de la radio-poubelle tout en acceptant les entrevues. Webster a gagné pour toujours notre respect éternel en allant dire à Fillion qu’il était raciste en studio, en plein dans sa face.

Tout dépend du contexte, du sujet abordé, de l’attitude et du groupe que l’on représente.

La réponse officielle de la Coalition, c’est non. N’allez-y pas.

  • La radio-poubelle est raciste, homophobe et sexiste.
  • Vous alimentez le cirque: la seule gagnante à tout coup, c’est la radio.
  • C’est une goutte d’eau: 15 minutes sur environ 140 heures par semaine ce n’est pas suffisant pour faire une différence. Ça vous donne la fausse impression de faire de quoi tout en ayant un impact insignifiant.
  • Vous légitimez l’interlocuteur: la radio-poubelle fait de l’anti-journalisme. Elle prend le code de déontologie et se torche avec. C’est comme si vous encouragiez le mauvais journalisme. En cette période ou les fakenews sont reines, il est plus que nécessaire de réaffirmer notre soutien aux journalistes rigoureux et honnêtes en refusant d’accorder des entrevues à des agitateurs politiques.
  • Vous gaspillez votre salive: Il ne viendrait jamais à l’esprit d’un producteur de tofu d’aller dans un congrès de producteurs de porc. Chacun son métier. Les entrevues pour les journalistes, la promotion des voitures aux vendeurs de chars.

Un exemple qui devrait nous inspirer: Lorsque Pierre Karl-Péladeau a décidé il y a dix ans de mettre le Journal de Montréal en lock out, Lise Payette, qui y tenait une chronique, a quitté le journal sur le champ. Elle ne pouvait pas cautionner un journal anti-syndical. De son côté, Richard Martineau est resté fidèle au patron.

Dans quel camp êtes-vous?

Vous voulez y aller quand même?

On est bien conscient qu’il y a peu de place pour des voix dissidentes dans les médias. C’est pourquoi la perspective d’avoir quelques minutes pour livrer votre opinion, à une antenne populaire, peut paraître alléchante.

On l’a vu lors d’un épisode récent. Lorsque le FM93 a annoncé la participation hebdomadaire de Catherine Dorion, députée de QS, Pascal Bérubé du PQ et Pierre Arcand du PLQ se sont précipités pour solliciter une place à la radio. Ça veut dire que les politiciens croient que la radio peut être une bonne plateforme pour exercer leur travail. Ça signifie aussi, ce n’est pas anodin, qu’ils sont persuadés que ce média dispose d’un grand pouvoir.

Alors si vous voulez y aller, voici ce qu’on suggère

  • Allez en studio: il y a une différence majeure entre participer en studio et par téléphone.
  • Vous pouvez critiquer: votre présence ne signifie pas que vous êtes forcés de complimenter les animateurs!
  • Soyez lucide: mettez-vous à jour en consultant notre fil Twitter, Facebook ou notre site web. “Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu” disait Sun Tzu.
  • Adaptez-vous: les questions ne seront pas les mêmes que celles que vous affrontez d’habitude.
  • Compensez: il existe des compensations carbone pour neutraliser nos émissions polluantes. Pourquoi ne pas faire une contribution au CCIQ, à Accès transports viables, à des groupes de défense des droits des personnes LGBT+, des groupes de femmes, d’accueil des réfugiés, etc., à chaque participation à la radio privée? Et si on accepte une participation régulière pourquoi ne pas demander à la station de reverser l’équivalent d’un salaire de chroniqueurs à une de ces associations?

Le problème c’est qu’il n’y a pas d’alternative. Quand toutes les opinions à la radio de Québec vont dans le même sens, c’est une entrave à la liberté d’expression.

Il n’y a peut-être personne qui se fait bâillonner, pas de dramatique suppression de licence, pas de coups de matraques, mais il y a bel et bien là quelque chose qui se fait malmener. L’absence de diversité d’opinion, de genre, d’orientation sexuelle, d’âge, de classe sociale et de couleur de peau dans les médias est une forme de violence.

Des alternatives possibles?

Certains voudraient croire que la radio communautaire est une alternative. Certes, elle offre une voix à des gens qu’on n’entend jamais nulle part. Mais elle ne sera jamais qu’un média ayant un impact marginal. Elle pourrait toutefois bénéficier du précieux soutien de la part de personnalités médiatiques. Il existe de très bonnes émissions d’information à CKIA, CKRL à CHYZ. Québec Réveille s’est même démarquée sous le thème de la Résistance radiophonique. Si les personnes avec un pouvoir de changement n’encouragent pas ces options, il n’y aura jamais d’autres discours.

Le combat est certes inégal, faut-il pour autant se rendre? Construire un autre discours, c’est possible, mais pour ça on a besoin de l’aide de tout le monde.

On vous laisse maintenant avec ces questions:

  • Pourquoi la radio-poubelle, après toutes ces années, n’est-elle toujours pas unanimement dénoncée comme étant un abject nid d’intolérants?
  • Est-ce qu’on peut dissocier les propos des animateurs les plus toxiques de la radio qui l’engage? Plutôt que de voir chaque émission comme une entité autonome, ne devrait-on pas juger l’ensemble de la radio pour les animateurs qu’elle embauche?
  • Pourquoi les propriétaires des stations (Bell, Cogeco, Leclerc, RNC) ne sont jamais pointés du doigt?