Bouchard attise la peur du rouge et cite Rumilly

Rumilly, historien d’extrême-droite louangé par Bouchard

Il fut une époque en Amérique ou ceux qui étaient soupçonnés de sympathies gauchistes étaient persécutés pour leurs opinions. C’était dans les années 1950 à 1990. L’Union Soviétique règnait en maitre sur la moitié du monde et menaçait les États-Unis d’armes nucléaires.

Cette situation plongea l’Amérique dans un climat de paranoïa générale. La méfiance régnait: votre voisin, collègue ou ami pouvait être un potentiel espion de Moscou. La délation était pratique courante.

Aujourd’hui en 2012, Sylvain Bouchard poursuit la croisade anti-communiste du sénateur McCarthy. Comme au bon vieux temps.

93.3: Les profs communistes (00:08:16)
12 septembre 2012, Bouchard en parle avec Sylvain Bouchard
« Y’en a plus aujourd’hui là. C’est sûr que nos profs d’universités actuels c’pas des taupes. Mais y’on peut-être eu une taupe comme prof. »
À écouter ici: 2012.09.12-08.30.00-bouchard-933-ProfsCommunistes.mp3

« C’est un fait que si t’a eu des sympathies nazies dans le passé, t’es faite. (…) Or, Gilles Duceppe a été un membre du parti communiste avoué (…) Je fais juste vous montrer un deux poids deux mesures. (…) On ne pardonne pas une sympathie nazie, or des gens qui ont milité dans le parti communiste (…) ça on pardonne. » affirme Bouchard.

Il poursuit : « En France et en Angleterre sachez qu’il y a des gens qui pensent que l’infiltration communiste dans les Universités a pu avoir une influence sur la pensée, sur l’élite. (…) Moi je me suis souvent demandé pourquoi tout le monde à Montréal tout le monde semble être à gauche« . (…) ça se peux-tu on est installé dans les années 60-70 une petit bible socialiste (…) ça se peux-tu qu’il y ait eu de l’infiltration pis qu’un moment donné ça parait dans le débat public ».

Bouchard continue en lisant un texte de Robert Rumilly qui commente la gauche, disant qu’elle « noyaute la pensée » surtout à Radio-Canada.

Robert Rumilly n’est pas n’importe quel historien. Il s’agit d’un monarchiste d’extrême-droite, ami de Duplessis, qui a aidé plusieurs fascistes allemands à fuir la justice après la Deuxième Guerre mondiale.

Il est vrai que Robert Rumilly a écrit une large part de l’histoire du Québec. Mais aujourd’hui, les historiens ne se tournent vers ses écrits qu’avec reluctance.

Bouchard le savait-il? Était-il conscient de citer un ultra-nationaliste pour dénoncer la gauche? Simple provocation ou authentique sympathie avec les idées de Rumilly?

Que Bouchard rappelle une réalité historique, véridique et bien connue, est une chose. Qu’il s’en serve pour faire le lien entre le passé et aujourd’hui en laissant entendre que tous les professeurs sont encore influencés par l’URSS… c’est infâme.

Mais Bouchard a raison pour une chose. En période de crise, la recherche de boucs émissaires devient un sport national. Au 20e siècle, Duplessis dénonçait, avec une verve similaire à celle de la radio-poubelle, les communistes dans l’objectif d’imposer son obscurantisme. À défaut d’en trouver de véritables, en chair et en os, on en inventait. Comme dit Bouchard en conclusion, « plus ça change, plus c’est pareil ».

Mise à jour 17 septembre 2012: Franco Nuevo fait un petit clin d’oeil aux déclarations de Bouchard. L’extrait est sur radioego.com. À partir de 4 minutes 34.