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Aller ou ne pas aller à la radio-poubelle, là est la question

Que ce soit pour une entrevue ou une chronique régulière, doit-on accepter l’invitation d’une radio-poubelle? C’est une question récurrente au sujet de laquelle on a quelques pistes de réflexion.

Précisons d’emblée: Ce n’est pas une question de gauche ni de droite. C’est une question de sensibilité au racisme, à l’homophobie, au sexisme, à la rigueur et à l’éthique journalistique.

C’est aussi une question de respect envers les opposants à la radio-poubelle. Au fil des ans, toutes sortes de campagnes visant à contrer les discours de ces radios ont émergé. La Coalition Sortons les radio-poubelles n’en est qu’une parmi d’autres.

Donc, est-il tout de même possible d’aller à la radio-poubelle dans l’espoir de “faire passer son message”?

Certaines personnes l’ont fait. François Saillant, porte-parole du FRAPRU, avait le tour de faire passer son message. Sébastien Bouchard s’en est chaque fois bien tiré, étant critique de la radio-poubelle tout en acceptant les entrevues. Webster a gagné pour toujours notre respect éternel en allant dire à Fillion qu’il était raciste en studio, en plein dans sa face.

Tout dépend du contexte, du sujet abordé, de l’attitude et du groupe que l’on représente.

La réponse officielle de la Coalition, c’est non. N’allez-y pas.

  • La radio-poubelle est raciste, homophobe et sexiste.
  • Vous alimentez le cirque: la seule gagnante à tout coup, c’est la radio.
  • C’est une goutte d’eau: 15 minutes sur environ 140 heures par semaine ce n’est pas suffisant pour faire une différence. Ça vous donne la fausse impression de faire de quoi tout en ayant un impact insignifiant.
  • Vous légitimez l’interlocuteur: la radio-poubelle fait de l’anti-journalisme. Elle prend le code de déontologie et se torche avec. C’est comme si vous encouragiez le mauvais journalisme. En cette période ou les fakenews sont reines, il est plus que nécessaire de réaffirmer notre soutien aux journalistes rigoureux et honnêtes en refusant d’accorder des entrevues à des agitateurs politiques.
  • Vous gaspillez votre salive: Il ne viendrait jamais à l’esprit d’un producteur de tofu d’aller dans un congrès de producteurs de porc. Chacun son métier. Les entrevues pour les journalistes, la promotion des voitures aux vendeurs de chars.

Un exemple qui devrait nous inspirer: Lorsque Pierre Karl-Péladeau a décidé il y a dix ans de mettre le Journal de Montréal en lock out, Lise Payette, qui y tenait une chronique, a quitté le journal sur le champ. Elle ne pouvait pas cautionner un journal anti-syndical. De son côté, Richard Martineau est resté fidèle au patron.

Dans quel camp êtes-vous?

Vous voulez y aller quand même?

On est bien conscient qu’il y a peu de place pour des voix dissidentes dans les médias. C’est pourquoi la perspective d’avoir quelques minutes pour livrer votre opinion, à une antenne populaire, peut paraître alléchante.

On l’a vu lors d’un épisode récent. Lorsque le FM93 a annoncé la participation hebdomadaire de Catherine Dorion, députée de QS, Pascal Bérubé du PQ et Pierre Arcand du PLQ se sont précipités pour solliciter une place à la radio. Ça veut dire que les politiciens croient que la radio peut être une bonne plateforme pour exercer leur travail. Ça signifie aussi, ce n’est pas anodin, qu’ils sont persuadés que ce média dispose d’un grand pouvoir.

Alors si vous voulez y aller, voici ce qu’on suggère

  • Allez en studio: il y a une différence majeure entre participer en studio et par téléphone.
  • Vous pouvez critiquer: votre présence ne signifie pas que vous êtes forcés de complimenter les animateurs!
  • Soyez lucide: mettez-vous à jour en consultant notre fil Twitter, Facebook ou notre site web. “Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu” disait Sun Tzu.
  • Adaptez-vous: les questions ne seront pas les mêmes que celles que vous affrontez d’habitude.
  • Compensez: il existe des compensations carbone pour neutraliser nos émissions polluantes. Pourquoi ne pas faire une contribution au CCIQ, à Accès transports viables, à des groupes de défense des droits des personnes LGBT+, des groupes de femmes, d’accueil des réfugiés, etc., à chaque participation à la radio privée? Et si on accepte une participation régulière pourquoi ne pas demander à la station de reverser l’équivalent d’un salaire de chroniqueurs à une de ces associations?

Le problème c’est qu’il n’y a pas d’alternative. Quand toutes les opinions à la radio de Québec vont dans le même sens, c’est une entrave à la liberté d’expression.

Il n’y a peut-être personne qui se fait bâillonner, pas de dramatique suppression de licence, pas de coups de matraques, mais il y a bel et bien là quelque chose qui se fait malmener. L’absence de diversité d’opinion, de genre, d’orientation sexuelle, d’âge, de classe sociale et de couleur de peau dans les médias est une forme de violence.

Des alternatives possibles?

Certains voudraient croire que la radio communautaire est une alternative. Certes, elle offre une voix à des gens qu’on n’entend jamais nulle part. Mais elle ne sera jamais qu’un média ayant un impact marginal. Elle pourrait toutefois bénéficier du précieux soutien de la part de personnalités médiatiques. Il existe de très bonnes émissions d’information à CKIA, CKRL à CHYZ. Québec Réveille s’est même démarquée sous le thème de la Résistance radiophonique. Si les personnes avec un pouvoir de changement n’encouragent pas ces options, il n’y aura jamais d’autres discours.

Le combat est certes inégal, faut-il pour autant se rendre? Construire un autre discours, c’est possible, mais pour ça on a besoin de l’aide de tout le monde.

On vous laisse maintenant avec ces questions:

  • Pourquoi la radio-poubelle, après toutes ces années, n’est-elle toujours pas unanimement dénoncée comme étant un abject nid d’intolérants?
  • Est-ce qu’on peut dissocier les propos des animateurs les plus toxiques de la radio qui l’engage? Plutôt que de voir chaque émission comme une entité autonome, ne devrait-on pas juger l’ensemble de la radio pour les animateurs qu’elle embauche?
  • Pourquoi les propriétaires des stations (Bell, Cogeco, Leclerc, RNC) ne sont jamais pointés du doigt?

40 ans pour Bissonnette: les réactions

Le tueur de la mosquée vient d’être condamné à vie. Il sera admissible à une libération conditionnelle dans 40 ans.

Cette annonce a chagriné les proches des victimes qui auraient souhaités une peine plus lourde. C’est une réaction tout ce qu’il y a de plus normale pour une communauté endeuillée.

Malgré tout, le 11 février, l’infâme Lise Ravary publie une chronique affirmant que le rejet du verdict par la communauté endeuillée signifie qu’elle ne « comprennent pas le pays où ils vivent depuis des décennies ».

Ravary repousse toute compassion pour des musulmans parce qu’ils critiquent une décision judiciaire dans un pays ou se plaindre des « peines bonbons » est pourtant un sport national.

Les réactions à cette chronique sont très intéressantes.

Du côté des déplorables:

  • Sophie Durocher de QUB qualifie le texte de Ravary de « courageux » et de « délicat »
  • Duhaime du FM93 qualifie les propos de Mohamed Labidi « d’imbéciles » et de « dangereux »
  • Fillion de Radio X aurait préféré la peine de mort pour Bissonnette
  • Maurais de Radio X a de la compassion… pour les parents du tueur

Du côté des respectables:

  • Ségal Lavoie du FM93 critiquent la partie du texte de la lettre des parents de Bissonnette qui amalgame l’immigration
  • Sylvain Bouchard du FM93 trouve que Ravary, qu’il apprécie pourtant, dépasse les bornes

L’étoile du match revient à Sylvain Bouchard, qui, depuis l’attentat, démontre une sincère volonté de comprendre sans stigmatiser. Et c’est vraiment encourageant.

On a comparé les discours d’Elvis Gratton avec ceux de Jeff Fillion, et vous ne croirez jamais à ce qu’on a trouvé

Pierre Falardeau s’est-il inspiré de Jeff Fillion pour son personnage d’Elvis Gratton?

Ça serait surprenant. Le film est sorti en 1985 et Fillion a commencé la radio vers 1996.

Pourtant, tout ce contre quoi Falardeau chialait, on le retrouve chez Jeff Fillion.

Comme Fillion, Elvis Gratton est un entrepreneur, admirateur des États-Unis et un farouche adversaire du mouvement indépendantiste québécois. Il déteste la gauche, les personnes gaies, les syndicats, l’avortement, les pauvres etc.

Ce que le personnage d’Elvis Gratton cherche à démontrer, c’est le larbinisme d’une élite vulgaire de petits boss, de gérants de caisse populaire, de journalistes et d’échevins. Leur aplaventrisme face aux États-Unis et au Canada. Leur mépris des gens ordinaires.

Ça dénonçait les parvenus qui méprisent le peuple. Qui mettent la culture étatsunienne au-dessus de celle du Québec. Falardeau ajoutait que Gratton est le “colonisé adoptant les mœurs du dominant”.

Le seul problème c’est que le film Elvis Gratton est sorti en 1985… et que Jeff Fillion a le même discours en 2019. Gratton est un personnage, une caricature, alors que Fillion est une vraie personne.

Ça veut dire que ça fait au moins 34 ans que ce discours a dépassé la date de péremption.

On a pris tous les éléments du script du film d’Elvis Gratton (et même plus) exprimant ses opinions et on a tenté de trouver un équivalent chez Fillion. Le résultat est sidérant.

ElvisFillion
“C’est fini ça, les séparatisses. Va falloir les mettre au pas. Eux autres pis les unions, pis les professeurs qui endoctrinent nos jeunes dans nos écoles.”
Elvis Gratton, la séance photo
« Le premier geste que je pose demain (…) question de sécurité nationale, c’est de mettre au plus sacrant dans les CPE, dans les secondaires et les universités, des caméras, tout de suite (…) Les enfants sont charmés par le discours communiste »
Radio X, 1 octobre 2018
“Faut absolument qu’il passe [Groleau] à la convention pour se débarrasser de c’te gang de barbus et de socialistes”
Elvis Gratton, la séance photo
« Faut qu’il y ait une loi qui empêche le secteur public d’avoir un syndicat (…) Moi je pense qu’on va voir un combat énorme entre le monde ordinaire et l’establishment, ça inclut les syndicats. »
Le caporal Fillion recommande d’interdire les syndicats et de réduire le nombre d’élus
“C’est fini ça, l’avortement”
Elvis Gratton, la séance photo
L’avortement « Ça peut pas devenir un moyen de contraception »
Il y a trop d’avortements, selon Jeff Fillion
“Le bien-être social, on va mettre un stop à ça”
Elvis Gratton, la séance photo
« BS, faut plus que ce soit à vie, il faut couper ça »
Jeff Fillion, 1 février 2019
“Puis la loi 101, christ. C’est pas eux autres qui vont venir me runner dans mon magasin. Et c’est pas eux qui vont m’empêcher d’envoyer mes enfants à l’école de langue anglaise si je veux.”
Elvis Gratton, la séance photo
“Mes filles vont dans une école Vision”
“S’ils en veulent des jobs, va falloir arrêter de cracher sur les Américains qui veulent venir investir ici. C’est nous autres, l’entreprise privée, qui fait vivre le pays.”
Elvis Gratton, la séance photo
“Btw, y’a très peu de subventions pour le lait [Aux EU]. La gestion de l’offre représente BEAUCOUP plus.
Même avec des subventions comme aux États-Unis, on serait mieux.”
Dominic Dumas, 4 novembre 2018
“S’ils sont pas contents, qu’ils aillent donc vivre à Cuba”
Elvis Gratton, la séance photo
« Le Venezuela c’est le pays modèle d’Amir Khadir et de Québec Solidaire »
Radio X, 18 février 2016
“Avec Groleau, on va mettre de l’ordre là-dedans, c’est ça qu’il manque aujourd’hui, l’ordre”
Elvis Gratton, la séance photo
« Faut mettre des caméras dans tous les autobus et donner le pouvoir aux chauffeurs d’imposer le respect et la discipline »
Radio X, 29 octobre 2018
“Les révolutionnaires, on va leur mettre un peu de plomb dans la tête”
Elvis Gratton, la séance photo
“On vous donne la chance de manifester pacifiquement. La minute que quelqu’un fait du grabuge, il a une balle entre les deux yeux. Il n’y en aura pas de grabuge”
G7: Fillion propose « une balle entre les deux yeux » aux protestataires
“L’indépendance, c’est des folleries!”
Elvis Gratton, la séance photo
Le Venezuela « Un Québec indépendant, dans 20 ans, c’est ça »
Radio X, 18 février 2016
“Avec Groleau à l’hôtel de Ville, m’a l’avoir mon permis d’bière!”
Elvis Gratton, la séance photo
“Le CRTC a pour sa part demandé à RNC Media de fournir des preuves que tous les candidats ont eu droit à une plateforme leur donnant la chance d’exposer leurs idées, que le public a été adéquatement informé des positions de tous les candidats et partis, et que la chaîne a donné une chance égale à tous les partis”
Une radio de Québec accusée de propagande en faveur d’un candidat à la mairie
“T’aurais pas le goût de faire un petit 20 vite? Aweille don’, j’te ferai pas mal.”
Elvis Gratton, la scène du truck

« La prostitution sous toutes ses formes, c’est pas si grave que ça. »
Augusto Ricochet: “S’t’un homme de même que ça nous prendrait. On moins on saurait où est-ce qu’on s’en va.”
Elvis Gratton, en vacance
Duterte? « Il est bon en criff! C’est rendu l’un des pays les plus performants! Ça nous prendrait un gars de même. »
Duterte? « Ça nous prendrait un gars de même », selon Jeff Fillion
“Avez-vous lu l’article d’Yvan Lamarde? Ça va nous donner un coup de pouce pour les élections!” -Gratton
“Les journalistes, si tu veux qu’ils mangent dans ta main, il faut en prendre soin” -Groleau
Elvis Gratton, le buffet hawaiien
« Les journalistes qui disent qu’il y a eu austérité au Québec devraient être mis en prison. C’est des gens qui désinforment.»
Fillion mettrait les journalistes qui pensent différemment en prison
“Les jeunes là, aujourd’hui, ils pensent que tout leur est dû. Ils veulent plus travailler, ils veulent plus étudier, et ils ont plus aucun respect pour les hommes d’affaires”
Elvis Gratton, le buffet hawaiien
L’alcool c’est beau, mais « les jeunes sont tournés vers les pelules »
Radio X, 11 octobre 2016
“C’est ça les Canadiens-français. Aussitôt qu’il y en a un qui réussit, paf, tous les autres essaient de le caler »
Elvis Gratton, la scène du spagat
“Tiens! À SRC, c’est une fois que movember est un succès qu’on dit qu’on devrait répartir l’argent à d’autres cancers.”

Dôme Dumas, 30 novembre 2011
“Un Chinois, un autre qui s’en vient voler nos jobs”
Elvis Gratton, la scène du spagat
“Le Mexique c’est sûr qu’il faut faire attention, il y a de la rapace, là. Mais, j’veux dire, la majorité sont une bonne main-d’œuvre (…) Faut juste s’assurer qu’ils ont pas les deux mains proches de la mafia”
« Le Mexique, c’est sûr qu’il faut faire attention, il y a de la rapace, là », selon Fillion
“Ton frère Méo, il l’a jamais pris que je me parte en business, jamais”
Elvis Gratton, la scène du spagat
“Les gens sérieux qui font business en affaire ne quêtent pas de subventions”
Radio X, 23 mars 2017
“Si c’était rien que de moi, je m’en irais vivre aux States. Je vendrais tout ici. Je m’achèterais un beau condom minium. J’serais ben là-bas.”
Elvis Gratton, la scène du spagat
“Si j’étais plus jeune, je sacrerais mon camp aux États-Unis”
Et il a son beau château en Floride!
“Ils l’ont tu l’affaire les Amaricains. R’garde, Elvis, lui il l’avait.”
Elvis Gratton, la scène du spagat
« Donald Trump est le plus grand président des États-Unis, encore meilleur que Ronald Reagan »
Radio X, 12 juin 2018

“Faut que le gouvernement ce soit runné comme une business. Faut fermer les écoles. Les foyers de vieux. Et tout le reste, il faut privatiser.”
Elvis Gratton 2, la scène de l’aéroport
« On peut pas construire un système scolaire pour tout le monde »
Radio X, 10 janvier 2017
“La décoration, je trouve ça un peu fif”
Elvis Gratton 2, la scène avec son agent
“J’suis pas homophobe, j’suis pas anti-gai, mais tabarnaque, les enfants écoutent la télé! Non, non, non! On n’a pas à fucker nos enfants.’’
Pas homophobe mais…

On est aujourd’hui en mesure de constater le génie de Falardeau faisant ressusciter Elvis Gratton à la fin du film, parce que comme le dit Julien Poulin “La bêtise ne meurt jamais”.

“Gratton il peut pas mourir. C’est pour ça qu’on l’avait fait ressusciter dans le premier. Des Elvis Gratton il y en a mur à mur au Québec et dans le monde. Aussitôt qu’il y en a un qui meurt il y en a 1000 pour prendre sa place” -Falardeau

Sur ce point il n’y a aucun doute, Falardeau et Poulin avaient raison.

Attentat à la mosquée: une invitation à agir

Il y a deux ans une tragédie frappait la paisible communauté musulmane de la ville de Québec.

Les médias, particulièrement les radios-poubelles, sont pointées du doigt. Un discours islamophobe décomplexé revient au galop quelques heures après l’attentat. La haine reprend sa place.

Nous n’avons pas à tolérer la victoire des haineux. Reprenons l’initiative et passons à l’action.

Voici une lettre qu’on vous invite à transmettre aux élus indiqués plus bas:

Bonjour,

Il y a deux ans, l’attentat à la mosquée de Québec allait bouleverser nos vies à jamais. Cette attaque raciste traumatisante nous a fait prendre conscience de la précarité de certaines valeurs fondamentales inscrites dans nos Chartes des droits, notamment le droit à la vie, à la sûreté et l’intégrité des personnes, et la liberté de religion.

Ces droits que nous chérissons sont mis à mal par la montée du populisme et de l’extrême-droite, dont le tueur de la mosquée n’est qu’une de ses nombreuses incarnations.

Réagissant à l’attentat, la population s’est mobilisée massivement, démontrant un rejet sans équivoque de cette haine et cette intolérance.

La présente est pour vous inviter à faire suite à cette volonté exprimée par la population, au lendemain de l’attentat, et de faire barrage à la haine d’extrême-droite. Plusieurs élus ont aussi pris des engagements auxquels nous vous prions de donner suite.

Par exemple, le député Joël Lightbound est allé jusqu’à demander pardon pour avoir observé sans dénoncer « l’ostracisation et la stigmatisation » de la communauté musulmane tout en concluant par cette promesse : « plus jamais ».

Aussi, le maire Régis Labeaume est cité ainsi dans la Presse, le 1 février 2017: « Il y aura un moment donné où il faudra interpeller les dirigeants, les propriétaires, les familles propriétaires et surtout les actionnaires des entreprises qui créent et vendent des produits haineux. (…) Espérons peut-être qu’une des conséquences, ce sera de rejeter ceux et celles qui s’enrichissent avec la haine. » Il avait aussi ajouté qu’il y a des choses qui ne pourront plus être dites”.

Les actes du tueur ne sont pas sortis de nulle part. D’ailleurs, plusieurs intervenants n’ont pas tardé à désigner des responsables qui, sans avoir appuyé sur la gâchette, ont contribué à pourrir le climat social. La Coalition sortons les radios-poubelles en a fait le long inventaire: une soixantaine de personnes ont désigné publiquement, entre autres, les radios de Québec pour une forme de responsabilité dans l’attentat.

Nous déplorons

  • La faiblesse des institutions censées défendre nos droits (CRTC, CCNR, CPQ, médias).
  • Le silence, voire la complicité, des élus face aux manifestations les plus déplorables de racisme.
  • Le travail bâclé de certains médias francophones mettant le l’huile sur le feu pour des gains personnels et leur traitement inadmissible des questions relatives au racisme.

Il faut agir

  • Donner des dents au CPQ: l’adhésion à ce tribunal devrait être obligatoire, l’adhésion à la déontologie journalistique aussi. Le Conseil de presse du Québec devrait pouvoir appliquer des sanctions, financières ou autres, aux entreprises de presse blâmées.
  • Redynamiser le CRTC: corriger le processus visant à noyer les plaintes dans la bureaucratie et nommer au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes des gens capables de faire respecter la loi sur la radiodiffusion.
  • Dénoncer le racisme: les personnes élues ne devraient pas tarder à dénoncer le racisme lorsqu’il se manifeste dans des médias. Elles devraient aussi refuser d’encourager les médias qui font leur fonds de commerce de l’intolérance, et inviter tout le monde à le faire.
  • Retirer la pub: tous les gouvernements contribuent au financement des radios de Québec via des campagnes de publicité. Cet appui devrait être conditionnel au strict respect des principes déontologiques de base du journalisme.
  • Mettre sur pied une commission sur le racisme systémique.

La bonne façon de respecter les victimes est d’agir avec force pour éviter qu’une autre tuerie ne se reproduise.

Soyons solidaires avec les victimes et leurs familles. Faisons en sorte que leur sacrifice n’ait pas été vain. Des actes pas des mots. Agissons.

#DeuxAnsEtToujoursRien

Élus à contacter

Sébastien Proulx <Sebastien.Proulx.JETA@assnat.qc.ca>,

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Ralph Goodale <ralph.goodale@parl.gc.ca>,

Le singe

Il était une fois un petit singe. Un animal très mignon, faisant de belles pirouettes, fort attachant et arborant les plus beaux yeux du monde.

Le maître de cérémonie était content de son acquisition. Il n’avait pas fait grand effort pour trouver le singe: celui-ci l’avait même supplié de l’adopter. Ça tombait bien, il avait besoin d’un tout nouveau numéro, au cirque.

Le public est toujours avide de nouvelles sensations.

Le maître était un bonhomme qui en imposait. Arborant une large moustache, il exigeait une discipline de fer dans la ménagerie. Les humains le tenaient en très haute estime.

Il avait toujours détesté les animaux. Il les méprisait et les brutalisait fréquemment. Mais les affaires sont les affaires: “si le public veut des animaux, des animaux ils auront!”, disait-il.

Le singe adorait la scène. C’était là qu’il brillait. Ses cabrioles épataient tout le monde. Il était si content de montrer les trucs qu’il avait pratiqué toute la semaine. Il était fier de ses capacités à faire rire. Le maître lui laissait toute la latitude pour le faire.

Le maître faisait claquer son fouet: “Va là!”, “Saute là!”, “Entre dans le cercle de feu!”. Le singe obtempérait sans broncher.

Le singe était certain de dominer la scène: “Je suis un grand artiste. Le public le reconnaît, car les estrades sont toujours pleines. Je suis fier d’être ici, c’est le cirque le plus populaire en ville!”

Son but? Aider le public à comprendre son art: “Je vais leur montrer c’est quoi une vraie pirouette!”, disait-il, une pointe de fierté dans la voix.

Après le spectacle, la plupart des autres bêtes le félicitaient. “Tu as bien embobiné le maître, cette fois”, disait l’un. “Tu as sauté plus haut que la dernière fois, tu es le champion!”, disait l’autre.

Dans un coin, un petit groupe de singes hirsutes ruminaient d’autres idées.“L’an dernier, six des nôtres ont été abattus par des habitués du cirque”, disait l’un. “N’as-tu pas honte de faire ça? As-tu perdu toute dignité?”, grommelait un autre.

Ces vieux singes trop futés tiraient la sonnette d’alarme depuis des années: “C’est un guet-apens! Ce cirque est un véritable abattoir. Il y a des dizaines de cas répertoriés de cruauté animale. Il faut faire quelque chose!” D’autres affirmaient: “La bouffe est dégueulasse, les lits sont infestés de punaises, la structure de bois est pourrie. Jusqu’à quand devrons nous vivre cet enfer? »

Le petit singe balayait toutes ces critiques du revers de la main, et encore, quand il prenait la peine de les écouter! Tout ce qui l’intéressait, c’était la lumière du cirque. Parfois il affirmait “Ne vous inquiétez pas, je l’ai bien en main, le maître. C’est une personne responsable, un jour il va comprendre”.

Pendant le spectacle, le public se tordait de rire. “Regarde le singe comme il est drôle maman”, dit la petite fille du premier banc, pendant que sa mère vérifiait ses courriels sur sa tablette, complètement indifférente. Pendant ce temps, le père fulminait: “quel mauvais spectacle! J’ai perdu ma job la semaine passée, je veux voir quelque chose de vraiment comique”.

Dans le public, ça riait, ça hurlait, ça lançait des cacahuètes. On en redemandait. “Allez petit singe! Saute plus haut!” disait l’un. “Allez le maître, fait claquer ton fouet plus fort! Fait lui des marques dans le dos!”, disait l’autre. “Fait lui pisser le sang!!!”, scandaient des aficionados, assis dans les sièges VIP.

Le public était fort homogène. Ça faisait des années que les familles avaient déserté le cirque, il n’y venait plus guère de femmes ou d’enfants. à moins de s’y être égarés, d’être entrés par erreur. Mais beaucoup d’hommes grisonnants, des adeptes de la chasse, entre autres, que les lois contraignantes frustraient un peu, et tous ceux qui venaient ici chercher un défoulement, un exutoire, une récompense, enfin, à leur vie ordinaire et monotone.

Cette assemblée adorait la brutalité contre les animaux. C’était pour ça que les gens venaient. C’était la marque de commerce du cirque.

Ils étaient tellement en pâmoison devant le maître qu’ils en oubliaient presque le petit singe.

Pendant ce temps, loin de la scène, le tintement du tiroir caisse se faisait entendre. Grâce au singe, le maître s’en mettait plein les poches. “Et tout ça pour quelques cacahuètes”, pouffait-il, en comptant ses billets dans sa loge, le soir.

Un jour, quelqu’un dans l’assistance déplora le sort du pauvre singe:

– “Ce corps à corps est inégal!”, s’écria-t-il.

– “Tu tu tut”, fit le vendeur de pop-corn. “Vous n’avez rien compris. Le singe est heureux, le maître aussi. C’est une danse. Chacun y trouve son compte. Le maître gagne les sous, le singe, la présence d’un public. Prendrez-vous encore un peu de pop-corn? »

– “Et les animaux brutalisés?”

– “Sous les applaudissements, on n’entend pas leurs gémissements. Il suffit de faire comme tout le monde: concentrez-vous sur le spectacle.”

Le joli petit singe se croyait la vedette du cirque, le temps d’une pirouette. Il ne savait pas que ce qu’espérait voir le public en retenant son souffle, c’est sa chute fracassante.