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Au-delà du Vivre-Ensemble, il y a le Grandir-Ensemble

Voici le discours intégral de Webster lors de la commémoration des trois ans de l’attentat terroriste à la Grande Mosquée de Québec, prononcé le 29 janvier 2020 à l’église St-Mathieu:

As salaam aleykum

Kwe à nos soeurs et frères autochtones à qui appartiennent ces terres sur lesquelles nous nous trouvons et qui n’ont pas été cédées.

J’aimerais me tenir devant vous, aujourd’hui, avec un message d’espoir. Vous dire que tout ira bien, que tout ira pour le mieux, que nos frères qui ont été assassinés, lâchement, il y a de ça trois ans maintenant, ne sont pas décédés en vain, mais, et j’en suis désolé, nous n’y sommes pas encore.

Il serait hypocrite de ma part de vous parler d’un futur enchanteur, à portée de main, quand notre présent est encore en chantier. Un chantier des plus difficile et ardu.

Va-t-on se réunir chaque année à cette date et vivre le reste de nos journées comme des 28 janvier? Vivre les 364 autres jours de l’année dans le même contexte qui a permis cet acte barbare et insensé?

Ne vous trompez pas, l’islamophobie existe au Québec, le racisme existe au Québec, tout comme le sexisme, l’homophobie (et plusieurs autres -ismes et phobies). Pourquoi sommes nous capables de reconnaître ces deux derniers, mais avons si peur, en tant que société, de faire face aux deux premiers?

Plus que de l’espoir, il nous faut du courage. Le courage de nommer, le courage de se faire face et de changer. Dire qu’il y a de l’islamophobie au Québec ne veut pas dire que nous sommes toutes et tous islamophobes; on ne devrait pas avoir à le répéter incessamment afin de ménager les insécurités de certains. Il nous faut du courage, le courage de se regarder, de s’écouter et d’apprendre les uns des autres. Il faut d’abord nommer si nous voulons évoluer, changer, grandir et tendre vers un vrai futur commun.

Mes concitoyennes, concitoyens, courage! Nommons le racisme systémique sans avoir peur; ayons la sagesse et l’intelligence de comprendre que systémique ne veut pas dire systématique. Il nous faut plus de maturité, une maturité sociale, humaine, pour avoir l’audace de se faire face. Comprendre nos forces, nos faiblesses sans chercher à glorifier les unes tout en camouflant les autres.

Aucune société n’est parfaite; la différence se trouve en celles qui sont capables de se voir comme elles sont, sans s’enfermer dans une vision passéiste, identitaire et exclusive.

Ce passé qui, et je le mentionne souvent, n’est pas aussi homogène qu’on le prétend; on n’a qu’à penser à cette présence autochtone plusieurs fois millénaire, cette présence africaine et afro-descendante depuis les débuts du 17e siècle, une présence arabo-musulmane depuis au moins le 19e siècle et des présences juives et asiatiques depuis des siècles aussi.

Va-t-on laisser l’ignorance dicter qui nous sommes? Va-t-on laisser les chroniqueuses et chroniqueurs, marchands de haine, nous dicter à quoi doit ressembler notre société? Va-t-on laisser le gouvernement déterminer ce que les femmes doivent porter, où et quand?

Malheureusement, c’est ce qui se passe en ce moment. L’intolérance a libre cours et le racisme est désormais décomplexé et ce, jusqu’au sein même de nos appareils démocratiques, piliers de notre société. Le chantier est bien réel et nous devons nous atteler, toutes et tous à la tâche.

L’islam et l’immigration, ou, du moins, ces idées fausses et réductrices que certains s’en font sont désormais subordonnés aux intérêts économiques des groupes médiatiques et commerciaux; subordonnés aux intérêts électoralistes des politiques identitaires. Ces gens font appel à la peur pour des gains spécifiques qui se calculent en clic, en audimat ou en bulletins de vote.

S’il vous plaît, ne me dites pas que cette commémoration ce soir n’a rien de politique, car elle l’est; surtout en ce moment. Ne me dites pas, que ce doit être un moment d’espoir, car que faire de l’espoir si nous n’avons pas de courage? L’espoir sans le courage d’agir n’est que rêveries.

Dans les mots d’Alexander Grant, je nous souhaite Lumière, Vie et Liberté. Libérons-nous de nos peurs, de l’intolérance et de l’ignorance. Libérons-nous de cette emprise mortifère que sont le racisme, la xénophobie et l’islamophobie. Libérons-nous des jeux manipulatoires identitaires et, surtout, libérons-nous de la médiocrité et de l’étroitesse d’esprit.

Soyons larges, larges et ouverts.

Je n’ai pas besoin de personne pour me “redonner la fierté d’être québécois”. Je suis déjà fier et je n’ai jamais perdu cette fierté. Je suis Québécois, je suis Canadien, Sénégalais, Noir et Musulman. Je suis le Québec.

Le 29 janvier, qu’on le reconnaisse ou pas, est marqué dans nos têtes, nos coeurs, nos âmes, comme une journée de lutte contre l’islamophobie et l’intolérance. Que vous le vouliez ou non.

Nous sommes plus grands que la peur, nous sommes plus grands que l’ignorance, plus grands que la haine.

Au-delà du Vivre-Ensemble, il y a le Grandir-Ensemble. Construisons ensemble.

Trois ans après la tuerie à la Grande Mosquée: encore une «grande cicatrice»

Discours de Webster lors de la commémoration de l’attentat à la mosquée hier

«Est-ce qu’on va laisser l’ignorance dicter qui nous sommes? Est-ce qu’on va laisser les chroniqueurs marchands de haine nous dicter à quoi doivent ressembler nos sociétés? Est-ce qu’on va laisser le gouvernement déterminer ce que les femmes doivent porter, et comment? Malheureusement, c’est ce qui se passe. L’intolérance a libre cours et le racisme est décomplexé jusqu’au sein même de nos appareils démocratiques», a-t-il culminé, accompagné par la clameur de la foule.

leDroit.com

Trois ans après la tuerie de la Grande Mosquée: long chemin contre l’islamophobie

Il égratigne au passage les médias traditionnels qui, selon lui, accordent une place «disproportionnée» à certains débats qui sèment la division. Il s’en prend aussi aux propos d’une «certaine radio». Il donne en exemple le blâme de 2017 du Conseil de presse du Québec contre l’animateur Jeff Fillion de CHOI pour des propos racistes «envers les minorités visibles et les musulmans».

leSoleil.com

La crainte persiste chez les musulmans de la capitale

Pendant que certains s’accrochent «à l’espoir du vivre ensemble en harmonie», d’autres craignent «le cynisme politique et les discours creux sur le multiculturalisme sans désir d’endiguer les problèmes de racisme et d’islamophobie». À bout d’énergie, des membres de la communauté se préparent à quitter le Québec, tandis que d’autres s’efforcent de convertir leur déception en détermination. Il y a une fracture tangible depuis les événements. Et l’émergence de groupes d’extrême droite, encouragée par les propos xénophobes des animateurs de radio poubelle, n’a rien pour rassurer.

QuebecHebdo.com