Dossier: la radio-poubelle et la campagne électorale provinciale 2014

La radio-poubelle a-t-elle une influence sur le vote? Cette question taraude beaucoup de monde. Les chercheurs, journalistes et militants s’intéressent à la question depuis des années.

Pour tenter de répondre à cette question, la Coalition sortons les radios-poubelles fait une veille exhaustive du traitement des partis par la radio-poubelle. Nous avons compilé les résultats et tenté d’y voir plus clair. Voici notre analyse.

La surveillance couvre le Show du matin et Maurais live à CHOI, Bouchard en parle au 93.3 et l’émission de Jeff Fillion à NRJ. Elle commence à partir du premier jour de la campagne, le 7 mars, et s’étend jusqu’au lundi 7 avril 2014.

En bref

  • Pauline Marois du PQ à eu 0 entrevues. Du jamais vu.
  • La radio-poubelle a autant parlé de la CAQ que du PLQ.
  • Le nombre d’entrevue avec Adrien Pouliot du Parti Conservateur du Québec, un parti sans élus, est impressionnant.
  • Alors que les animateurs affirment que leur discours reflète le résultat de « leurs discussions avec le monde », on voit que la place laissée à chaque parti ne correspond pas aux sondages.

Dans le détail

Le nombre de discussions

Nombre de discussions

En observant le nombre de discussion sur chaque parti, on voit que la radio-poubelle a plus souvent parlé du PQ que des autres. Plus de la moitié de toutes les discussions portait sur ce parti! La CAQ et le PLQ obtiennent presque le même nombre de discussions avec 21% et 19%. QS et le PCQ aussi, avec 4% et 3%.

Voyons ce que ça donne découpé en semaines.

Nombre de discussions dans le temps

Le 5 avril, le chroniqueur du Soleil Francois Bourque commence son texte de cette façon

Il était une fois des partisans de la CAQ qui se sont réfugiés au Parti libéral lorsqu’ils ont craint l’élection majoritaire du PQ. Ils sont revenus à la CAQ lorsqu’ils ont cessé de craindre.
Le pouls de Québec à la veille du vote sur lapresse.ca.

A regarder la courbe, on voit clairement une baisse de l’intérêt pour la CAQ entre le 7 et le 20 mars parallèlement à une hause du PLQ. Puis, on voit un regain de l’intérêt pour la CAQ suivi d’une baisse du PLQ jusqu’au jour des élections. L’analyse de François Bourque était juste.

Superposons les différents sondages Léger.

Intentions de vote

Source: Léger marketing

On voit que les courbes précédentes ne suivent pas du tout la tendance des sondages de Léger. On peut donc remettre en doute les affirmations des animateurs affirmant qu’ils « suivent la vague » imposée par les auditeurs. Il est plus probable qu’ils suivent leurs propres opinions personnelles.

Le pointage

Le pointage est une mesure arbitraire numérique située entre 0 et 4 estimant l’appréciation du parti. 0 étant un traitement très défavorable (insultes, échanges colériques) et 4 étant un traitement très favorable (entrevue avec le chef en studio). Le pointage est ramené sur 100%.

Pointage par parti

Selon le graphique, on constate que le PQ a recu le traitement le plus mauvais de tous les partis, suivi de près par QS. Toutes proportions gardées, le PQ est 2 fois plus défavorisé que le PLQ, la CAQ ou le PCQ. Ces 3 derniers partis ont bénéficié d’un traitement très positif avec un score de plus de 73%.

Bien que le PCQ soit le parti le moins souvent mentionné en onde, il bénéficie d’un traitement extrêmement favorable.

Les chefs

Entrevues des chefs

Philippe Couillard est le chef qui a été le plus souvent entendu à la radio-poubelle avec 7 entrevues. Il est suivi de près par Francois Legault puis par Adrien Pouliot.

Fait exceptionnel, la chef du PQ, Pauline Marois, a refusée toutes les demandes d’entrevues pendant la campagne électorale.

Autres points saillants

  1. Entrevue avec une chaise: Sylvain Bouchard et Dominic Maurais ont tout deux fait de fausses entrevues avec des candidats absents. Bouchard avec Pauline Marois du PQ et Dominic Maurais avec Agnès Maltais du PQ. Ils ont ainsi contrôlé les réponses et les questions.
  2. Le pancarte-gate: La CAQ a utilisé sa carte chouchou pour quelques entrevues gratuites à Radio X. Se présentant en victime, Éric Caire a dénoncé le Ministère des transports pour avoir enlevé des pancartes de la CAQ.
  3. La radio en campagne: Chaque radio était très impliquée dans la campagne, mettant de l’avant leurs propres enjeux. Sylvain Bouchard avec son idée de tunnel (il est le seul à en parler depuis des mois) et lors de la distribution de 1300 drapeaux du Canada. Maurais a de son côté imprimé un t-shirt intitulé « République de nananes », illustrant un patriote avec une canne de bonbon. Il souhaite ainsi dénoncer les mêmes « vieux partis » qui, dit-il, sont coupables de « diriger la province en distribuant des cadeaux ».
  4. Bien que le PQ soit le parti le plus dénigré, les insultes les plus dures ont été dirigées vers Amir Khadir de QS. Il a été qualifié de « clown » de « dangereux » et de « pyromane ».

En conclusion

La radio-poubelle n’a pas de scrupule à utiliser des ondes publiques pour faire la promotion de leurs partis préférés ou de leurs idées personnelles. Elle ne semble pas se préoccuper d’offrir un traitement équitable à chaque parti.

Si on compare les résultats électoraux de la région de Québec avec le travail de la radio-poubelle, on constate des points de convergence. Les candidats de la CAQ les plus présents à la radio-poubelle (Éric Caire, Gérard Deltell, Christian Dubé) ont conservé leur siège. Pour le reste, le parti Libéral domine dans la région. Pauline Marois du PQ a même perdu sa circonscription.

Cependant, le chef du PCQ, Adrien Pouliot, a eu un résultat très médiocre. Difficile alors d’observer concrètement, sans ambiguité, un impact très significatif de la radio-poubelle sur les résultats électoraux dans la région de Québec.

Éparpillé entre 3 partis (CAQ, PLQ, PCQ), le poids de la radio-poubelle dans le résultat des élections est difficile à mesurer. La situation est différente de l’élection précédente ou la CAQ avait été nettement favorisée.

On rappelle que selon la loi, les radios doivent offrir un traitement équitable à chaque parti.

Nous vous invitons à porter plainte aux institutions responsables. Le CRTC est l’organisme qui gère la loi sur la radiodiffusion. Le Conseil de presse et le CCNR gèrent les plaintes concernant le code de déontologie des journalistes.