Éric Duhaime est-il d’extrême-droite?

Éric Duhaime est-il un politicien comme les autres? Est-il de tendance libérale, libertarienne, ou est-il de tendance autoritaire? Est-il un modéré ou un extrémiste?

C’est une question qui nous taraude. Force est d’admettre qu’avec son talent de communicateur, Éric Duhaime réussit encore à se faire passer pour un modéré. Mais qu’en est-il réellement?

Peut-être que certains se disent que ce n’est pas une question si capitale. Mais il est important de ne pas faire l’erreur de laisser Duhaime, seul, se définir lui-même. Parce qu’on sait à quel point il est persuasif et trompeur.

Pour bien placer quelqu’un sur un axe politique, il faut soumettre ses paroles et surtout ses actes à un examen rationnel en les associant à des critères objectifs.

On a un bug avec l’expression « droite radicale ». On croirait une sorte d’euphémisme qui a l’avantage d’être dénuée de toute connotation péjorative. C’est probablement une étiquette que Duhaime est à l’aise d’assumer lui-même.

Dans une émission au Canal Savoir, le chercheur Frédérick Nadeau, chercheur postdoctoral au CEFIR, définit l’extrême-droite ainsi

  • Rejet de l’égalité, culte de la compétition
  • Rejet de la démocratie libérale, de la modernité en général
  • Violence
  • Sans compromis, dogmatisme

Pour sa part, la professeure de science politique, Aurélie Campana, affirme que la valeur centrale de l’extrême-droite est

  • L’anti-égalitarisme
  • Une certaine forme de nationalisme
  • L’autoritarisme

Une étude du CEFIR, publiée en mai 2021, classe les groupes opposés aux mesures sanitaires à l’extrême-droite, car

« ils insistent sur le fait que la COVID-19 ne serait dangereuse que pour un faible pourcentage de la population et que, conséquemment, les personnes en santé (les forts) ne devraient pas avoir à subir de restrictions à leurs libertés individuelles si c’est pour protéger les personnes vulnérables. »

Selon le Lexique de science politique de Claude Perron et Philippe Boudreau, pour mériter l’étiquette d’extrême-droite il faut les ingrédients suivants:

  • un rejet évident, viscéral, de la démocratie libérale
  • proposer d’instituer en lieu et place un régime autoritaire
  • avoir comme projet d’asservir la population, via l’appareil d’État, au profit des intérêts étroits d’une « race », ou d’une nation précise, ou d’une classe privilégiée
  • le tout s’accompagne d’un discours ouvertement xénophobe ou raciste, voire antisémite

Et si on vous dit qu’Éric Duhaime remplit toutes ces caractéristiques? Et qu’on peut le démontrer, preuves à l’appui?

Anti-égalitaire, autoritaire

La pièce maitresse de cette démonstration est cette fameuse émission avec Bernard Drainville en 2017, où Duhaime propose que les riches concentrent l’essentiel du pouvoir entre leurs mains. Pour Duhaime, les pauvres sont trop irrationnels et guidés par leur intérêt personnels pour pouvoir voter « correctement ».

Duhaime souhaite que les riches disposent de tout le pouvoir, donc il se dit pour un État totalitaire où la seule dissidence possible serait peut-être réservée aux classes aisées.

Dans cette même émission, Duhaime affirme que la santé et l’éducation ne sont pas des droits, puis il déplore que les droits actuels dans les Chartes sont « définis par des gauchistes ».

Le mépris et la haine des gens situés en bas de l’échelle est une constante dans le discours d’Éric Duhaime (1), (2). C’est un gars qui hait les pauvres viscéralement.

Lorsque des éducatrices contestent la modulation des tarifs des CPE, Éric Duhaime leur ordonne de se taire. Ce n’est pas de leur ressort, selon-lui.

Duhaime trouve aussi qu’une personne âgée a « moins de valeur » que les autres. Les locataires auraient trop de pouvoir.

Le régime d’extrême-droite le plus proche des idées d’Éric Duhaime est peut-être celui d’Augusto Pinochet. Il se définit par son rejet des droits fondamentaux, son anti-communisme, son autoritarisme et ses privatisations massives. Duhaime a d’ailleurs déjà pris le « miracle chilien » en exemple. Ce fameux « miracle », très contesté, aurait été impossible sans la prise en charge du gouvernement chilien par des militaires suite à un coup d’État.

Rejet de la modernité

La preuve la plus convaincante est composée de ses campagnes pour le maintien des crucifix dans les lieux publics. Lors du Crucifix gate, Bernard Drainville et Éric Duhaime ont milité, main dans la main avec les fondamentalistes cathos de Tradition-Québec, pour le maintien du crucifix à l’hôpital Saint-Sacrement. Duhaime a retenté le coup avec le crucifix de l’Assemblée Nationale.

Dans son argumentaire, la protection du crucifix est utilisée comme un bouclier face à un islam jugé menaçant, évoquant même une fakenews d’extrême-droite comme quoi les CPE interdiraient les crèches de Noël. Il ressortait les mêmes arguments dans sa croisade pour la fameuse bûche des fêtes.

Duhaime s’oppose aussi au féminisme, à la protection des droits de la communauté LGBTQ+ et aux syndicats.

Violence

Duhaime soutient le groupe d’extrême-droite le plus violent au Québec: Atalante. Lorsque le groupe est allé intimider, en 2018, des journalistes de Vice, Duhaime a défendu Atalante et… insulté l’extrême-gauche et les journalistes.

Duhaime défend souvent l’extrême-droite (1) (2) (3).

Duhaime appuie aussi le tueur de la mosquée de Québec. Il l’a qualifié, a plus d’une reprise, de prisonnier politique (1), (2). Il a aussi minimisé l’aspect raciste de l’attentat.

Nationalisme

Lorsqu’il a été élu chef de son parti en avril, Duhaime a affirmé vouloir faire prendre « un virage nationaliste, un virage patriotique » au Parti Conservateur du Québec. Il a ajouté qu’il ne voulait pas parler de constitution ni de langue française. C’était pourtant le seul point de divergence avec l’autre candidat à la chefferie, Daniel Brisson. Ce dernier souhaitait plus de place pour l’anglais dans le parcours académique des jeunes.

Le nationaliste Duhaime est peut-être plus intéressé à renforcer les frontières, comme lorsqu’il proposait de bloquer les demandeurs d’asile au chemin Roxham en mettant… une clôture Frost?

Racisme

En avril 2020, Duhaime laisse entendre que les demandeurs d’asile (qu’il qualifie inexactement d’immigrants illégaux) sont à l’origine d’une vague de coronavirus.

Et lorsqu’il qualifie l’épisode de la tête de porc ensanglantée à la porte d’une mosquée de « bonne blague », il déplore qu’on ne critique pas assez les « jeunes djihadistes ». L’attentat à la mosquée de Québec aura lieu quelques mois plus tard.

C’est la stratégie de recherche d’un bouc-émissaire chère à l’extrême-droite.

Lorsqu’il travaillait au FM93, Duhaime a fait plusieurs lignes ouvertes racistes sur le chemin Roxham ou sur le pipeline passant sur le terriroire Wet’suwet’en (1) (2). Il a aussi été blâmé par le CPQ pour avoir grossièrement surestimé les chiffres d’immigration. C’est le classique de l’extrême-droite, de présenter l’immigration comme un problème.

En résumé

Duhaime souhaite une société où la classe riche serait la seule à prendre les décisions politiques. Les pauvres, jugés irrationnels, paresseux et nuisibles, seraient relégués aux tâches subalternes.

La santé et l’éducation ne seraient plus des droits universels, mais des privilèges auxquels les classes riches auraient un accès plus facile. Les demandeurs d’asile et les immigrants, porteurs d’une menace existentielle pour la « nation québécoise » seraient refoulés aux frontières.

Les contre-pouvoirs (syndicats, groupes communautaires, féministes) et les chartes des droits, seraient amochés.

La violence, lorsqu’elle est utilisée contre des journalistes aux idées un peu trop libérales, serait tolérée.

Duhaime n’est donc pas un révolutionnaire, un anti-système, comme un fasciste peut l’être. Il ne prétend pas changer le monde. Son but est de durcir l’état actuel, déjà fort inéquitable. Ou de reculer, de faire un grand retour en arrière.

Il n’est pas anti-système. Il est pro-système. Le système l’a rendu millionnaire. Entre autres grâce à son talent en immobilier. Éric Duhaime est un propriétaire. Quand il réclame des hausses du prix des loyers et une répression plus rapide des locataires, c’est éloquent. Il n’est pas, et ne sera jamais du côté des gens qui en arrachent dans la vie.

La novlangue de l’extrême-droite

Il y a une tendance nette dans l’extrême-droite française à opérer des modifications au vocabulaire pour retirer les mots dérangeants. Dans le livre « Marine Le Pen prise aux mots », les deux autrices analysent le nouveau discours de la cheffe du parti d’extrême-droite le Front National, (maintenant Ralliement national) Marine Le Pen.

« L’analyse lexicale nous conduit à conclure qu’en dépit de son apport sur les thématiques économiques et l’abandon des références raciales explicites, Marine Le Pen n’a pas fondamentalement altéré le logiciel de pensée frontiste : sa version en actualise la présentation et le vocabulaire, non le fond idéologique. »

Nouvelobs.com

Ça veut dire que plutôt que de parler des « méchants musulmans qui ne veulent pas s’intégrer », le FN va plutôt parler du méchant communautarisme « qui est un cancer ». Communautarisme est un peu l’équivalent français du terme multiculturalisme au Québec et est utilisé de la même façon trompeuse par les nationalistes bien de chez nous.

Si des mots choquent, on change pour d’autres mots plus doux à l’oreille… mais qui veulent dire la même chose.

Duhaime utilise aussi cette tactique. Plutôt que suggérer de tolérer plus de morts du coronavirus, il préfère parler d’« immunité collective ». Plutôt que de qualifier les personnes âgées d’indésirables qu’on peut sacrifier, il dit qu’elles ont moins de valeur. Plutôt que de déplorer le harcèlement sexuel de Gilles Parent, il parle d’un banal « flirt ».

Duhaime est un communicateur très habile. Constatez comment il a souvent utilisé la ligne ouverte pour diffuser ses propos racistes. Plutôt que de les exprimer lui-même, il laisse les auditeurs, bien réchauffés par son introduction, les dire à sa place!

Savoir nommer

Il est très rare qu’on qualifie quelqu’un d’extrême-droite au Québec. Il y a une certaine pudeur à le faire.

Peut-être que ça serait trop douloureux de reconnaitre la présence de l’extrême-droite dans l’espace public (et à l’Assemblée nationale!). Ça serait reconnaitre que notre belle nation n’est pas à l’abri de cette tendance politique, qu’elle peut, elle aussi, être entachée par la peste brune.

De la même façon qu’il est difficile, chez certains nationalistes, de reconnaitre la responsabilité du Québec dans la gestion des pensionnats autochtones. Parce que c’est honteux.

Aussi, on est tendre avec les personnalités d’extrême-droite bien de chez nous. Robert Rumilly, pour ne nommer que celui-là, a couvert la fuite de collaborateurs français pendant la Deuxième Guerre mondiale. D’authentiques criminels, des tueurs sanguinaires, qui travaillaient avec les nazis.

On retrouve pourtant encore une rue à Québec portant son nom.

A l’inverse, essayez de trouver une rue en France au nom du maréchal Pétain.

En utilisant le terme extrême-droite, on classe ce qui est légitime ou pas. Ce qui est considéré comme indéfendable, par exemple Atalante, est qualifié d’extrême-droite. Le PCQ est considéré comme un parti qui a sa place dans le spectre électoral. Il n’est donc pas qualifié d’extrême-droite. À tort ou à raison.

Et vous, qu’en pensez-vous? Est-ce une question importante ou secondaire? Quels sont les arguments pour et contre? On souhaite vous entendre. C’est une question dont on est prêt à débattre.