Jeff Fillion envoie une question à l’Assemblée nationale et menace une ministre en ondes

Marie-Ève Proulx

Radio X est au cœur d’un échange acrimonieux cette semaine à l’Assemblée nationale. Une ministre, Marie-Ève Proulx, a critiqué un député, Monsef Derraji du PLQ, pour ses propos tenus lors d’une entrevue avec Jeff Fillion à Radio X. Cet échange tenu jeudi était critique de l’aide aux entreprises et des mesures sanitaires du gouvernement.

L’affaire va s’envenimer au point où Jeff Fillion menace la ministre de représailles.

Récapitulons.

Lundi, un député de l’opposition libérale, Monsef Derraji, va en entrevue à Radio X avec Jeff Fillion.

Il faut d’abord préciser, pour ceux qui n’écoutent pas Radio X, que très peu de gens acceptent d’aller en entrevue avec Fillion. Pour d’évidentes raisons. Le simple fait de se présenter est significatif en soi. Ça constitue un statement. Encore plus depuis que des gros annonceurs comme la Ville, le gouvernement provincial et Hydro-Québec se sont retirés en raison de son parti pris anti-santé publique.

Lors de la discussion, M. Derraji se plaint que la CAQ «fait souffrir les PME», ajoutant que la CAQ est «déconnectée de la population», que ça prend trop de paperasse pour avoir l’aide du gouvernement et ainsi de suite. M. Derraji fait aussi la promotion des Entrepreneurs en Action, un groupe fondé par Benoit Girouard qui a été invité plusieurs fois à l’émission de Fillion.

Lors de l’échange, Fillion demande si le confinement a été trop sévère et laisse entendre que c’était une mesure inutile.

(Prenez 2 secondes pour réaliser l’ironie d’entendre Fillion exiger des subventions pour aider des entreprises privées, lui qui prétend détester le gouvernement depuis plus de 20 ans.)

Puis, le débat se poursuit à l’Assemblée nationale le lendemain 24 novembre. Le député Monsef Derraji interpelle le gouvernement à la période de questions, se faisant le porte-voix de l’Association Restauration Québec (ARQ). Il affirme que le programme d’aide n’est pas satisfaisant.

C’est alors que Marie-Ève Proulx, ministre déléguée au Développement économique régional, réplique que «le député de Nelligan est allé à la radio pour dire aux gens de ne pas tenir les mesures sanitaires».

Le leader parlementaire du PLQ va réfuter l’accusation et exiger des excuses, ce que Mme Proulx refusera de faire. La période de questions va se conclure là-dessus.

Mais ce n’est pas tout.

Le 26 novembre, Mme Proulx donne une entrevue dans une radio de Montmagny où elle revient sur l’épisode. Et ça devient encore plus intéressant parce qu’elle précise sa critique à l’endroit du député:

« Il (Monsef Derraji) a accordé une entrevue à une radio avec un animateur qui a souvent des propos ou des discours irresponsables depuis le début de la pandémie (…) C’est difficile pour tout le monde et là, il y a des parlementaires (…) qui osent aller parler avec des animateurs d’une radio qui promeut des manières irresponsables de gérer la crise« 

Donc, le problème pour cette ministre, c’est Jeff Fillion.

Tout ça, sans que les noms ni de l’animateur, ni celui de la station, ne soient prononcés. Ce qui n’a pas empêché Fillion d’insulter et de menacer la ministre de représailles par la suite dans l’extrait audio plus bas.

Il est intéressant de noter que Jeff Fillion a revendiqué la paternité de la question que M. Derraji a posé à l’Assemblée nationale. Ainsi, si on le prend au mot, un député aurait posé une question de Jeff Fillion à l’Assemblée nationale.

Aussi, constatons qu’Harold Fortin, fidèle auditeur de Radio X autoproclamé et ex-apparatchik libéral, se lance à la défense de Radio X pour une deuxième fois dans une chronique du Journal de Québec. Mais de quoi il se mêle?

Le débat des commentateurs se résume à dire que Mme Proulx avait tort de suggérer que M. Derraji avait encouragé les gens de faire fi des mesures sanitaires. On vous laisse le soin de juger de cet aspect de la question.

Les critiques à l’endroit du gouvernement sont légitimes. Le programme d’aide aux entreprises est jugé imparfait et la pandémie n’est pas sous contrôle. Monsef Derraji a bien le droit de s’en plaindre.

Mais tout ce que propose Jeff Fillion est pire. Il est en campagne permanente depuis le début de la pandémie pour miner la confiance de la population envers la santé publique. Il fait la promotion de mesures louches et dangereuses (immunité collective, chloroquine, se détourner des médias, etc.) Encore cette semaine, le 26 novembre, Fillion soulevait des doutes sur le masque et le confinement. Là, on n’est plus dans la simple critique. Ce n’est pas du tout le même registre.

Aller se plaindre du gouvernement en compagnie de quelqu’un d’aussi toxique, dans le contexte actuel, ça a quelque chose d’étrange et de suspect. C’est vraisemblablement ça qui a interloqué Mme Proulx. Ça nous choque, nous aussi.

L’épisode révèle aussi, une nouvelle fois, la force politique de la radio-poubelle à Québec. Zone d’influence exerçant un fort pouvoir d’attraction sur les politiciens. Les commentateurs de la politique municipale, toujours prompts à minimiser son influence, devraient en prendre note.

Merci à la Clique du plateau.

CHOI: Fillion menace Marie-Ève Proulx

26 novembre 2020, Fillion, avec Jean-François Fillion, Marie-Ève Proulx (extrait), Gerry et Jean-Christophe Ouellet

JF- « Tsé la ministre qui a perdu la carte pendant une intervention avec le député de Nelligan avec qui j’ai parlé lundi (…) Elle en a rajouté. Une histoire qui a pas fait d’elle une championne.

MEP (extrait)- « Ça m’a heurtée ce qu’il a fait dans le fond. Il a accordé une entrevue à une radio avec un animateur qui a souvent des propos ou des discours irresponsables depuis le début de la pandémie. Puis le député a laissé sous-entendre quand même que c’était questionnable les mesures de la deuxième vague du gouvernement (…) C’est difficile pour tout le monde et là, il y a des parlementaires qui ont un rôle important dans la société qui osent aller parler avec des animateurs d’une radio qui promeut des manières irresponsables de gérer la crise. Donc, moi j’ai un malaise profond avec ça. Ça m’atteint personnellement. »

JF- « Là, elle a dit ça à l’extérieur de l’Assemblée nationale. Elle n’est plus protégée. Là, Marie-Ève Proulx, si elle veut pas avoir une lettre d’avocat, va falloir qu’elle nous prouve ce qu’elle dit (…) Marie-Ève Proulx, tabarouette. La championne de la semaine, sérieux, là. Il va falloir qu’elle s’explique parce qu’elle est en train de creuser… son trou. »

rx-2020.11.26-fillion-ministre-proulx-critique-fillion.mp3