Le Conseil de presse est-il complice de Radio X?

Fin 2019, le Conseil de presse (CPQ) modifie le formulaire en ligne servant à déposer des plaintes. Dorénavant, le public doit préciser les articles du code de déontologie s’appliquant à la plainte.

On passe de 

« décrivez grosso-modo la situation et on déterminera nous-même quel article du code s’applique » 

à 

« après avoir lu le code de déontologie, décrivez la situation distinctement pour chaque article du code que vous considérez relatifs à la situation ».

Ce n’est pas un changement mineur. C’est la première modification significative constatée sur ce formulaire depuis la création de notre Coalition en 2012.

Il est encore trop tôt pour en connaître les effets mais, puisqu’il ajoute des complications pour le public, on peut prévoir qu’il fera baisser la quantité de plaintes.

Est-ce que le CPQ a pris cette décision pour réduire sa charge de travail?

En 2019, le CPQ a reçu 213 plaintes. En 2020, 1 631 plaintes. Bon, un seul dossier a obtenu  1 391 plaintes alors si on retire cette anomalie, on arrive quand même à 240 plaintes. En lisant les rapports d’activités, on peut constater que le nombre total de plaintes que le CPQ doit traiter est en augmentation constante depuis 20 ans.

Mais est-ce que l’augmentation de la charge de travail est une raison légitime de réduire l’accessibilité aux plaintes?

La, c’est beaucoup moins clair.

Le problème c’est qu’il n’y a pas assez de plaintes, pas l’inverse

Regardez les décisions rendues à propos de Radio X. Pour toute l’année 2021, le CPQ a analysé… une seule plainte.

Rejetée, à part ça.

Alors que chaque animateur, chaque jour ouvrable, désinforme sur la covid. 

Radio X milite à temps plein dans l’équipe du virus. Depuis 2 ans.

Laissez-moi vérifier dans le code de déontologie… Rassurez-moi docteur, la désinformation c’est contraire aux normes ça, non? 

Voyons voyons… les journalistes… « doivent viser, en toute situation, à offrir au public une information de qualité »… ils ont un souci de… d’« exactitude… de rigueur de raisonnement »… d’« équilibre » et de « complétude ».

Oui tout semble bien là, alors… what the fuck?

En théorie, Radio X pourrait recevoir plusieurs plaintes par jour. Il suffit d’une seule entorse au code, même bénigne. Jeff Fillion glisse, entre deux sujets, qu’en raison du froid il n’y a pas de réchauffement climatique? Une plainte. Fillion dit que la vague de covid est en train de disparaître en Floride alors que les cas sont toujours en hausse? Une plainte. Quand Maurais affirme que la covid ne fait courir aucun risque, que la personne soit vaccinée ou non? Une plainte.

Tous des exemples pris à Radio X la semaine dernière.

On ne dit pas que toutes les plaintes seront acceptées. Mais au moins elles seront examinées. C’est déjà ça.

Alors, pourquoi si peu de plaintes?

Tous les gens critiquant la radio-poubelle sur les réseaux sociaux vous le diront: commenter les publications d’un populiste est un sport extrême. Le doxxing, c’est-à-dire l’intimidation, le harcèlement et le dévoilement de coordonnées personnelles, est une pratique courante chez les pirates, disciples de Radio X. Même pour des affaires banales.

Parlez-en à Olivier Bolduc, Karine Gagnon, Geneviève Pettersen, Catherine Dorion, Isabelle Hachey, Safia Nolin, Josée Blanchette ou Alexandre Taillefer. Demandez aux gens du Centre multiethnique de Québec ou à la Commission scolaire de la capitale. Et ça, c’est seulement pour des histoires récentes qu’on connaît parce qu’elles se sont retrouvées publiques! Si vous saviez les histoires qu’on nous rapporte en privé.

Alors si vous faites une plainte au CPQ, c’est la même chose. Avec ce petit plus: la plainte est accompagnée de votre nom et de toutes vos coordonnées personnelles.

Imaginez: vous faites une plainte écrite contre Radio mille-collines et une copie est aussitôt expédiée aux tueurs sanguinaires de l’Interahamwe. 

Yé.

Comment le CPQ peut-il ignorer cette réalité? C’est complètement irresponsable.

Des membres du Conseil d’administration seraient-ils complices de l’intimidation?

Radio X n’est pas n’importe quel média. C’est un média connu depuis 20 ans pour harceler, intimider, museler et menacer ses opposant·e·s. Ça fait partie de leur ADN. C’est structurel.

Ça fait bientôt 10 ans que la Coalition sortons les radios-poubelles invite la population à formuler des plaintes de plusieurs façons: En écrivant au CPQ, au CCNR et aux annonceurs. On est bien placé pour constater l’extraordinaire timidité du public. Nous sommes aussi très bien placés pour comprendre pourquoi.

Il y a une façon très simple de corriger la situation: Le CPQ doit prendre les plaintes anonymes.

Ouvrez les vannes. 

Nous ne sommes pas des détracteurs du Conseil de presse, au contraire. Que les journalistes se responsabilisent et autorégulent leur métier, c’est tout à fait remarquable et souhaitable. 

Si c’était juste de nous, le CPQ aurait bien plus de pouvoirs.

On doit aussi reconnaître les difficultés qui accablent le CPQ: crise des médias précarisant le financement, poursuite de Québecor en 2018 et ainsi de suite.

Trouvez une façon de gérer ça. Vous avez à cœur de conserver la confiance du public? On compte sur vous. Prenez les moyens de le faire.

Et, de grâce, cessez de considérer Radio X comme n’importe quel média. Ce n’est pas et n’a jamais été le cas.