Le maire Tremblay, béquille de CHOI

Réponse à l’entrevue de Jean Tremblay maire de Saguenay, concernant l’attaque au sang de porc. L’entrevue était à l’antenne de CHOI Québec le 3 septembre 2013.

Dans une entrevue digne d’une opération de sur-banalisation de l’acte haineux commis contre la mosquée de Saguenay, le maire de cette municipalité, Jean Tremblay, a servi en quelque sorte de «béquille» pour permettre aux co-animateurs Denis Gravel et Jérome Landry de s’appuyer l’un l’autre dans leur croisade islamophobe.

Il y a beaucoup à dire sur cette courte entrevue qui allait dans toutes les directions avec tout le «professionnalisme» des radios de sous-sol. Le ton est donné dès le début. Tous, d’emblée, éliminent la possibilité que ce geste islamophobe origine d’un groupe xénophobe, par exemple. Parce que cela sert bien la Radio X:  »Cachons ces organisations qui opèrent dans la semi-clandestinité et qui ont de nombreux atomes crochus avec CHOI FM ! » Voilà donc «l’individu dérangé» selon le maire, «le cinglé» selon D.Gravel, «le ti-caille» selon Jérome Landry! Jérôme Landry… celui qui joue plus souvent le rôle de «singe de poche» des conservateurs qui gouvernent à Ottawa que celui de l’animateur gueulard.

Cette entrevue, véritable tentative ratée d’aseptisation du débat sur le projet de charte des «craqueurs d’allumettes» dans les entrepôts remplis de bidons d’essence que sont les élus du P.Q, trace la ligne dès le début, avec les réactions catho-catholiques du maire, et les imaginaires profanations d’églises. Jean Tremblay, de même que dans ses précédentes sorties publiques, en reste toujours au stade de la tolérance de l’autre, l’étranger. En ce sens, il est très représentatif du Québec rural ou du Québec hors-Montréal (Voir enquête de l’Indice relatif au bonheur menée en novembre et décembre 2006 qui montre que les résidents québécois en milieu rural sont plus favorables aux fermetures des frontières aux immigrants que ceux vivant en milieu urbain).

On demande par la suite au maire de réagir à «la réaction des représentants de la mosquée» en question, alors que cette dernière n’est représentée que par un seul individu. On ne demande pas au maire ce qu’il pensait des réactions de divers intervenants musulmans qui ont condamné le geste haineux.  «Donc il n’y a pas lieu d’ajouter cela au débat sur la Charte», tonitrue Gravel. Ce dernier poursuit en toute fin d’entrevue, en posant une question rhétorique au maire, tactique bien connue de cette radio, afin de diviser Montréal des régions. Il utilise les généralisations outrancières et les accusations à l’effet que ce débat sur la mosquée est devenu un acharnement de Montréal contre la région du Saguenay, puis il semble passer à autre chose.

J.Landry, quant à lui, en rajoute en semant le doute sur la nature du sang versé: «Était-ce vraiment du sang de cochon » ? Il cherchait peut-être ici de démontrer l’absence de lien entre l’islamophobie et le geste.

Cette entrevue reflète très bien la position d’autodéfense  de CHOI FM face aux actions haineuses d’individus ou de groupes qui ont des liens idéologiques avec elle; cette émission continue dans  la xénophobie et  la haine envers une minorité en particulier. La stratégie semble subtile mais ça ne l’est pas du tout. On donne le crachoir à un invité qui va plaire aux gestionnaires et animateurs, en évitant à ces derniers d’assumer ce qu’ils pensent, en le faisant dire par d’autres.

Ce que CHOI nous cache dans cette entrevue et que cette radio-complice directe ou indirecte de l’islamophobie n’a pas intérêt à nous dire c’est :

  1. les 83 évènements à caractère haineux contre la communauté musulmanes à Montréal en 2001 et 2002, recensés dans l’ouvrage La présence des Musulmans en Europe occidentale et en Amérique du Nord, publié aux éditions l’Harmattan en 2004;
  2. le fait que nombre d’études montrent que la communauté arabo musulmane est une des communautés les mieux intégrées au Québec grâce à leur maîtrise de la langue française et à leur haut taux de scolarisation, supérieur à la moyenne des Québécois
  3. le fait qu’en 2012, selon le Ministère de la sécurité publique du Québec, les crimes haineux, notamment en ce qui concerne les minorités culturelles et religieuses a augmenté de 13% au Québec alors qu’ils sont en baisse dans toutes les autres provinces canadiennes.

Idhem