Le modèle de société fasciste de Jeff Fillion

Jeff Fillion

L’histoire de départ concerne une bagarre qui s’est mal terminée à l’école secondaire Charles-Gravel, lundi le 7 octobre. Un jeune de 14 ans s’est fait attaquer par un autre jeune. Résultat: une entorse cervicale et une possible commotion cérébrale.

C’est la même école où Jeff Fillion a étudié et où son père a enseigné il y a plusieurs années. Rappelons que Fillion y était aussi battu par son père et les profs.

Sans exprimer beaucoup de sympathie pour la victime, Fillion ne trouve rien de mieux que d’utiliser l’épisode pour… se valoriser lui-même: « J’ai étudié à cette école, elle a fait de moi presqu’un Superman, un homme tough« , dit-il en résumé.

LOL. Être victime d’intimidation n’a jamais rendu personne tough mais plutôt anxieuse et dépressive.

C’est suivi d’un long sermon sur son expérience à la polyvalente Charles-Gravel de Chicoutimi-Nord. Expérience qu’il a appréciée, ajoutant que ça aurait été « marquant » et l’aurait « défini comme personne », rien de moins.

Il y raconte un monde dans lequel des bandes de gars, des petits truands violents, dominent l’école en protégeant les faibles, filles et « geeks », dans l’espoir qu’ils leur soient utiles un jour. Des petits flics sans uniformes assurant une sorte de cohésion dans cette société droguée et ultraviolente. Une école où les employés et la direction ignorent ce qui se passe, car ils sont trop préoccupés par des peccadilles comme « le climat ».

Une société hiérarchisée, macho, divisée en castes et dont tous les problèmes se règlent par des coups de poing.

On s’entend que ce monde n’a jamais existé pour vrai, mais c’est quand même le fantasme interprété par la petite tête de Fillion. Il est tentant d’y voir une allégorie de son modèle de société.

Une société ressemblant à l’Allemagne sous le régime nazi.

Un régime dans lequel deux gouvernements agissaient en parallèle: le gouvernement traditionnel (la direction de l’école) et le gouvernement du parti fasciste (les « leaders »), composé de brutes et de criminels.

Au sujet de l’intimidation à l’école, dont Fillion se fait à la fois promoteur et exemple, l’IRIS a publié un billet sur le sujet, indiquant qu’il s’agit d’une question de pouvoir:

les gestes d’intimidation seraient en partie motivés par le désir d’un statut supérieur et d’une position de pouvoir à l’intérieur du groupe de pairs. L’intimidation serait donc un phénomène de groupe à l’intérieur duquel l’attitude des spectateurs et spectatrices aurait un effet considérable sur l’agent intimidateur et sa victime. En effet, en assistant et en encourageant l’initiateur ou l’initiatrice de gestes d’intimidation, les spectateurs et spectatrices permettent l’accès à la position de pouvoir recherchée, alors qu’en défendant la victime, ils rendent la stratégie de l’intimidation inefficace pour atteindre un statut supérieur au sein du groupe.

iris-recherche.qc.ca

Par ses paroles, Fillion glorifie les intimidateurs et se fait le champion d’une répartition inégale du pouvoir à l’école.

CHOI: le modèle fasciste

9 octobre 2019, Fillion, avec Jean-François Fillion, Dominic Dumas et Laurence Gagnon

JF: « C’est une des polyvalentes les plus dures au Québec. C’était une des toughs. Puis moi, ça m’a formé. Il y a des gens qui disent :  »me semble, Jeff, t’es tough. T’es capable d’en prendre. T’es capable d’endurer. » Pas tant que ça. J’suis pas Superman. Dans ce temps-là, tu prenais ton trou et t’étais low profile ou t’étais dans les leaders alphas qui menaient la place pas mal. »

G: « T’es allé à la guerre. »

JF: « Oui oui (…) »

JF: « Tsé, les meilleurs en mathématique savaient calculer combien de mescalines ils vendaient dans une journée. Dans mon casier où j’étais, j’étais entouré de vendeurs de drogue. Des amis (…) »

JF: « Je veux saluer mon chum André Castonguay (…) S’il y avait pas eu André, probablement que je serais mort. Le gros me surveillait parce qu’il savait que je partais des bagarres partout et c’est lui qui venait ramasser les pots cassés (…) « 

LG: « Toi, tu étais le fatiguant à la grand gueule qui partait la bagarre mais qui se battait pas. »

JF: « Non, non, je me battais (…) »

(LOL)

JF: « Y avait de l’intimidation. Ça fait partie de l’adolescence. »

JF: « Jamais les leaders de la place n’auraient toléré que quelqu’un se fasse intimider jusqu’à ce que ça finisse avec des claques s’a gueule comme ça a fini hier. Dans cette jungle-là, il y avait des lois non écrites quelque part. La plupart du temps, c’est des gangs qui s’affrontaient. Des toughs contre des toughs. Mais jamais quelqu’un, un geek, un gars gêné, un plus gros (…)

Les leaders des écoles (…) les brasseux. Les plus forts de la gang. La société est faite de même. Je sais que la gogauche aimerait que tout le monde soit pareil. Dans la vraie vie, ça n’existe pas. Il y a une hiérarchie. Il y a des castes. Et c’est comme ça. Tu as le leader, t’a pas loin du leader, ça descend c’est comme ça. C’est un nid de fourmis, la vie (…) Mais moi, dans mon temps, ces leaders-là jouaient à la police et ils ne toléraient pas que personne en bas de la pyramide se fasse écœurer de même. Jamais, jamais. Moi j’ai jamais vu ça. »

Et les leaders (…) vous êtes un peu la police de la place. Et les salauds qui font ça, vous devez vous en rejeter, vous devez vous en occuper vous autres personnellement (…) Les vrais de vrais leaders c’est là aussi pour protéger les faibles. »

DD: « Adam nous dit: quand j’étais en secondaire 3, j’ai claqué un gars qui avait sacré un coup de poing s’a gueule à une fille (…) »

JF: « Yeah, good job! (…) Parfait, voilà (…) Bravo Adam. C’est exactement ce qu’il faut faire. C’est ça, protégez les filles. Protégez les geeks. Protégez les faibles (…) Les faibles, ils vont finir en haut de nous autres. Ils vont finir mieux placés et ils vont gagner 250,000 par année. C’est cette période-là qu’ils ont besoin d’être protégés. C’est peut-être un futur médecin, il va te sauver la vie de ton cancer 30 ans plus tard. »

JF: « Les directions scolaire sont aux fraises. Ils s’occupent du climat. Toutes des maudites niaiseries (…) »

JF: « Surtout les gars: Protégez les filles, protégez les plus faibles. »

JF: « J’ai tellement de moments que tout est clair dans ma tête dans ces années-là (…) Ces moments-là m’ont marqué et ça m’a défini comme personne (…) »

JF: « C’est un bon bout de radio. Un très bon bout de radio. Ouais, mes détracteurs ne le garderont jamais. »

DD: « Oui, ils vont pogner des affaires là-dedans »

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