Pour l’amour de Québec

Les radios privées de Québec parlent du « vrai monde », ce par quoi on entend les automobilistes de la couronne nord et sud, auditeurs captifs durant les longues minutes quotidiennes où ils s’impatientent dans le trafic sur ses fameuses autoroutes, à l’heure de pointe.

Les animateurs comprennent la frustration d’un gars pris dans son char et qui se fait dépasser par des autobus et parfois même quelques cyclistes une fois rendus en ville. Des années durant, ils lui ont fait la promotion de l’idée d’un troisième lien, d’une autre voie routière qui allégerait la congestion routière. On a oublié de lui avouer que, fondamentalement, cette radio n’est rien sans son auditeur frustré d’être dans le trafic — on a bien vu, avec la crise sanitaire, comment le télétravail menaçait tout son modèle d’affaires. La radio, à force de répéter qu’un troisième lien amènerait bonheur et liberté, finit par avoir plus de poids que toute l’expertise scientifique qui énonce sans l’ombre d’un doute que seule la fin de l’auto solo peut véritablement réduire la congestion. On en arrive ainsi à créer un engouement politique pour un projet dont la nécessité n’a jamais été démontrée, qui pourrait nous coûter entre 8 et 10 milliards — si tout va bien. Si on prend le temps d’imaginer ce qu’on pourrait faire d’autre, avec 10 milliards, on attrape rapidement le vertige.

LeDevoir.com