Sophie Chiasson contre Jeff Fillion: un combat épique de la liberté contre la libârté

« Sophie, je t’aime, je te le dis ici, présentement, en Cour, je t’aime, puis je te félicite de te tenir debout. En même temps que tu te tiens debout, c’est nous autres que tu tiens debout. »

Alcide Chiasson, père de Sophie

L’histoire qui suit est celle de Sophie Chiasson: une fille de la basse-ville qui souhaitait s’en sortir pour rayonner à la grandeur de la province. Femme talentueuse, communicatrice hors pair, elle monte les échelons, décrochant des emplois à la télé alors qu’elle a à peine 20 ans. 

Son chemin sera parsemé d’obstacles par un animateur de radio sans scrupules, Jeff Fillion. Et sa vie ne sera plus jamais la même.

Ce récit raconte les ravages du masculinisme débridé et violent. Il étale la mesquinerie qui anime ceux qui veulent gagner la course aux sondages. Il met en lumière les insuffisances criantes du système de justice et les conséquences désastreuses d’un harcèlement médiatique prolongé dans une petite ville comme Québec.

C’est un cas d’école en matière de liberté d’expression. C’est cette histoire qui est la première à nous venir à l’esprit lorsqu’on aborde cet enjeu.

Elle est la preuve la plus éloquente de la dangerosité de la radio-poubelle. À tous ceux, et ils sont nombreux, croyant que ce n’est pas grave et que ce ne sont que des mots, lisez ce récit. Les mots peuvent blesser physiquement et mentalement. Ils peuvent détruire votre réputation, votre carrière et vous pousser au suicide. 

Ce récit couvre six années, de 2001 à 2007, mais bien au delà. Les audiences et les décisions du CRTC en 2002 et 2004, le procès Chiasson, la marche «Libârté» et un recours en Cour d’appel fédérale. Ça et tous les déboires qui ont suivi. On a même des détails croustillants sur les affaires de Fillion.

Pour la rédaction de cet article, on s’est basé sur les deux biographies de Sophie Chiasson, les documents des procès, des décisions du CRTC et de nombreux articles de presse.

C’est un récit et à la fois un hommage à une femme qui a surpris tout le monde par son courage. Bien qu’elle soit presque absente du paysage médiatique depuis des années, elle demeure toujours présente à l’esprit de la plupart des Québécois comme une modèle de ténacité et de courage.

Pourquoi est-ce important?

On doit se souvenir de cette affaire parce qu’elle aura un impact décisif sur la façon de faire de la radio au Québec, sur le CRTC, l’avenir de Radio X, Jeff Fillion et Patrice Demers.

Elle aura aussi et surtout un impact dévastateur sur la vie et la carrière de Sophie Chiasson.

Elle fait réfléchir sur la question de la liberté d’expression.

Et c’est un moment charnière dans le paysage médiatique de la ville de Québec. On en subit toujours les contrecoups aujourd’hui.

Qui est Sophie Chiasson?

Enfance en basse-ville

Sophie Chiasson est une fille de la basse-ville. De Saint-Sauveur, le brave quartier ouvrier de la famille Plouffe. 

Dans sa biographie Ailleurs, elle y dépeint le Saint-Sauveur des années 80 de façon assez glauque.

Saint-Sauveur dans les années 1980 (1) : rue Saint-Vallier Ouest, 1985

Ses deux parents, originaires du quartier, ont une enfance trouble dans des familles rongées par l’alcool et la misère.

Son père, Alcide, grandit en séchant ses cours. Il est chiffonnier; il revend des trucs trouvés dans les poubelles bordant la rivière Saint-Charles. Il grandit comme un bum, en faisant sa place à coups de poing.

La rivière Saint-Charles en 1962, le Soleil

La mère de Sophie, Christiane, lui donne naissance alors qu’elle n’a que 16 ans; elle venait de sortir d’un orphelinat où elle était placée depuis l’âge de 7 ans. L’institution était située proche du domicile de ses parents, mais la mère de Christiane…

« toujours malade, n’y venait presque jamais, et Fernand (son père), les rares fois où il prenait la peine de se déplacer, était sous l’effet de l’alcool »

Droit devant

Sophie va à l’école primaire Saint-Malo. Alcide, sa brute de père, lui apprend à régler les conflits avec ses camarades de classe à coups de poing et avec d’autres armes contondantes.

Possessif et contrôlant, il arrive à Alcide de battre sa fille Sophie.

Sa famille vivra comme une grande délivrance l’attribution d’une place dans un HLM en haute-ville, dans le quartier Montcalm. 

C’est à ce moment que Christiane, la mère de Sophie, deviendra dépendante aux médicaments prescrits par un médecin louche surnommé «docteur piqure». Une maladie dégénérative, la sclérodermie, lui est diagnostiquée à l’âge de 37 ans.

Malgré leurs carences, les parents de Sophie seront ses plus précieux et loyaux alliés.

Sophie grandit dans la honte de ses origines modestes. Elle en conservera l’envie tenace de s’élever dans la hiérarchie sociale. 

Études

Elle va à l’école secondaire Perreault puis au Cégep Garneau. 

Déjà, Sophie se prépare à entrer dans la game des comms. Elle prend des cours de «perfectionnement féminin» dans une école privée de mannequinat, apprenant les bonnes manières, la diction, le maquillage et la bonne tenue.

A 18 ans elle rencontre Jacques, un gosse de riche de 41 ans. Il est avocat en droit familial mais se consacre à une entreprise de mise en marché de produits de beauté. Puisqu’il est riche, Sophie découvre le monde parallèle particulier de cette classe sociale.

Ils déménagent ensemble à Montréal. Elle s’inscrit au Cégep du Vieux-Montréal en sciences humaines.

Puis, elle entre à l’Université Laval en relations publiques. Au cours de ses études, elle découvre la poésie et la philosophie.

C’est l’auteure Simone de Beauvoir qui retient le plus son attention. «On ne naît pas femme, on le devient». Pour la jeune femme, c’est une révélation.

Cherchant un emploi, elle décide de téléphoner à Pierre Péladeau, le grand boss de Québecor. Elle parvient même à le rencontrer en entrevue. Péladeau, impressionné par l’audace de la jeune femme, lui offre un stage dans un hebdomadaire des Basses-laurentides.

Sophie fait aussi un stage à CJMF (FM 93), le principal concurrent de Radio X. Elle y fait la connaissance de Robert Gillet.

Début de carrière

Après avoir complété son baccalauréat, elle s’inscrit au CRTQ (Collège radio-télévision de Québec), l’école dont nombre de diplômés se retrouvent animateurs et journalistes à la radio-poubelle. Mais, trop expérimentée (et probablement trop douée), on lui conseille d’aller à la télé communautaire. Elle y travaille un an. 

Elle y fait la précieuse rencontre de Renée Hudon, une sommité du domaine des communications, qui lui donne des cours de présentation devant la caméra grâce à l’aide financière de son père.

C’est là que la carrière de Sophie prend son envol. Une directrice de la télé communautaire l’aide à faire une démo et, de fil en aiguille, le canal de télé Météomédia lui offre un emploi d’animatrice.

La relation avec Jacques se détériore peu après. Sophie réalise qu’il est un arnaqueur vendant des produits louches. Il se fera radier 10 ans du barreau.

Elle commence une relation intime avec Jean-Marc, producteur de l’émission Bla bla bla à TVA. Elle sera chroniqueuse beauté de cette émission pendant 4 ans. Elle niera avoir bénéficié d’un traitement de faveur.

Ainsi s’épanouit Sophie Chiasson. Une femme douée à l’école, assidue dans ses études, sérieuse, ambitieuse, talentueuse et persévérante.

Les problèmes commencent

Ayant gagné de la confiance en elle et ses patrons étant ravis de sa performance, Sophie passe du créneau de 5h30 à celui de 9h à Météomédia. On est en 1999. Elle a 25 ans.

Jamais Sophie n’aurait pu imaginer que cette promotion, qui devait être une bonne nouvelle, serait à la source de tant d’ennuis.

À ce moment, Jeff Fillion dispose de plusieurs postes télés dans son studio de CHOI-FM afin de suivre les chaînes de nouvelles en continu. Avec son nouvel horaire, Sophie se retrouve à la télé chaque jour pendant l’émission de Fillion. 

Sans le savoir, elle vient de surgir au beau milieu du collimateur d’un harceleur violent.

Bien vite, des amies de l’Université Laval avisent Sophie que Jeff Fillion fait des commentaires à son sujet à la radio. 

Découvrant que Chiasson est une fille de Québec, Fillion invite ses auditeurs à lui téléphoner pour lancer la machine à potins. Des gens lui indiquent qu’elle sort avec des gars plus vieux, qu’elle est allée dans une auto de marque Jaguar à l’Université Laval… ce genre de commérages.

À l’occasion, Fillion peut être flatteur. 

« est belle, elle est bonne et son travail est apprécié »

Mais il devient vite odieux:

« Il fait des remarques relativement à ses attributs physiques dont particulièrement « les seins », qu’il trouve énormes, et il réfère à certains éléments de sa vie privée dont le fait qu’elle fréquente ou cohabite avec une personne plus âgée qu’elle, et qu’à une certaine époque de sa vie, alors qu’elle était étudiante, « elle aimait faire la fête » »

CRTC, 2004

Fillion fait ce que les féministes appellent du slut-shaming, c’est à dire stigmatiser les femmes dont l’apparence est jugée trop provocante. Ce terme a été inventé par des féministes pour dénoncer le type de propos tenu par l’animateur de trash radio Rush Limbaugh, une vedette admirée par Jeff Fillion. C’est une tradition masculiniste de dénigrer le look des femmes.

Ses parents Alcide et Christiane, clairvoyants, décident de garder Fillion à l’oeil. Chaque jour où Sophie travaille, son père met la télé à Météomédia pendant que sa mère tend l’oreille à Radio X. Aussitôt que Fillion se met à parler de Sophie, Christiane démarre une petite enregistreuse.

La famille de Sophie tire la sonnette d’alarme

Un jour, Fillion découvre que Jean-Marc, le conjoint de Sophie Chiasson travaille aussi à TVA. Il décide alors de faire courir le bruit que Sophie «fait des fellations pour avoir des jobs». Il la qualifie «d’aspirateur» et «d’excellente pour faire des vacuums».

Aussitôt, le téléphone de Sophie sonne. C’est son père, Alcide

 « C’est quoi qui se passe à Montréal? (…) Sais-tu ce que ta grand-mère a demandé quand elle a entendu ça? Elle m’a demandé qu’est-ce que ça voulait dire faire le vacuum! Je vais tu aller expliquer ça à ma propre mère? »

Cour supérieure, 2005

À partir de ce moment là, les parents de Sophie se font interpeller par des voisins ayant entendu les propos de Fillion. Son frère commence à se faire harceler à l’école.

Son chum Jean-Marc lui déconseille de réagir.

L’oeuvre de démolition du bum de Chicoutimi vient de commencer.

Qui est Jeff Fillion?

Jeff Fillion est né à Chicoutimi-Nord dans une famille de la petite bourgeoisie.

Son père, Gilbert Fillion, était député du Bloc québécois, enseignant, conseiller municipal, fonctionnaire à la Commission municipale du Québec et directeur-général d’un corps de cadet. Il est mort en 2007. Sa mère, Louise Michaud, est aussi une ex-enseignante.

Il a 2 ou 3 filles (les sources se contredisent) et 3 soeurs. L’une travaille chez Roche en diagnostics moléculaires. Une autre est conseillère politique au Ministère du transport. La troisième est dans l’armée. Pour un masculiniste, ça doit être difficile de vivre entouré d’autant de femmes.

Fillion est frappé par ses profs. Il va à la polyvalente Charles-Gravel. La violence physique se produit, selon les dires de Fillion, avec l’assentiment de son père travaillant à la même école.

Il est très impressionné par une présentation sur la météo dans un cours de physique en secondaire 3. Vingt ans plus tard, il en fait toujours une obsession.

Fils de profs, Fillion n’est pas motivé par l’école. Il quitte le Cégep en 1986 avant d’obtenir son diplôme. Déjà, il occupe un emploi bien payé, en travaillant à temps plein à la radio. 

En 1987, il participe à la création de CFIX-FM rock au Saguenay.

Au départ sensible aux idées de gauche, il se tourne vers la droite après avoir travaillé à la radio en Floride, de 1993 à 1997. C’est en 1993 qu’il y rencontre Patrice Demers. 

Fillion écoute la trash radio de Rush Limbaugh et d’Howard Stern. Limbaugh est un animateur de radio raciste, homophobe, autoritaire, négationniste du climat et antiféministe. C’est le talk show le plus écouté aux États-Unis.

C’est la recette que Fillion applique dès son embauche à CHOI en 1995. Copié-collé. D’abord responsable de la programmation, il anime dès 1997 à chaque jour de la semaine entre 6h et 10h une émission intitulée Le monde parallèle. Ses coanimateurs sont Yves Landry, Denis Gravel et Marie Saint-Laurent.

Le public cible, de 18 à 34 ans, raffole de la musique anglophone. C’est l’époque où la station organise un tirage pour faire gagner des implants mammaires et d’autres concours grossiers et vulgaires.

En 1997, le président de Genex Communications achète CHOI. Patrice Demers invente la formule Radio X, changeant le format musical et éditorial. Il propulse cette radio moribonde au sommet des palmarès.

La station passe, le matin, de 64 000 auditeurs au quart d’heure, en 2002, à 100 000 en 2004. 

Ce n’est pas tant grâce au talent de Fillion que dû à un coup du hasard. Il atteint le sommet du palmarès lorsque son concurrent, Robert Gillet, est mis hors jeu. Celui-ci est arrêté en décembre 2002 dans la foulée de l’enquête sur la prostitution juvénile, il perdra son emploi et sa place de morning-man, du même coup.

De plus, entre 2002 et 2005, le père de la radio-poubelle, le très populaire André Arthur, rejoint CKNU à Donnacona. C’est une radio propriété de Genex. Les programmations de CKNU et de Radio X se chevauchent à l’occasion.

La conjointe et loyale alliée de Fillion est Marie-Claude Grenier. Elle travaille dans le domaine de la publicité, de la promotion, du marketing et du placement. C’est une ancienne vendeuse de CHIK (Aujourd’hui ÉNERGIE). Elle a cofondé Radioego, un site d’archives d’extraits audio de la radio.

C’est difficile de distinguer Marie-Claude de son conjoint si bien que plusieurs la considèrent comme une prête-nom de Fillion. En 2007, elle détenait 25% des actions du club de golf La Tempête, entreprise cofondée par Jeff Fillion et dont il est administrateur.

C’est le nom de Marie-Claude qui apparaît sur toutes les propriétés de Fillion. On y reviendra plus tard.

Le contraste entre Fillion et Chiasson est saisissant. D’un côté, la petite bolée d’origine modeste. De l’autre, le garçon privilégié et peu persévérant.

Chiasson va rencontrer Fillion

Irritée par les rumeurs que fait circuler Fillion à son sujet, et poussée par sa famille, Sophie décide de rencontrer Fillion pour corriger la situation.

Elle est invitée en entrevue téléphonique dans Le monde parallèle. Méfiante, elle propose plutôt une entrevue en studio.

Elle apporte son CV, des photos et des lettres de recommandation. Elle souhaite démontrer qu’elle est une femme sérieuse, contrairement à ce qu’en pensent Fillion et ses sbires, et, pourquoi pas, solliciter une collaboration régulière à Radio X.

Elle fait le voyage de Montréal à Québec pour rencontrer Fillion. C’est la première fois qu’ils vont se voir en personne.

La longue entrevue de janvier 2001 est cordiale. En studio, Sophie dément, entre autres, l’allégation qu’elle obtient des emplois en échange de faveurs sexuelles. Elle en repart avec la certitude d’avoir remis les points sur les “i”.

Fillion est alors directeur de la programmation. Sophie le rencontre tout de suite après l’entrevue, dans son bureau, pour lui proposer une collaboration hebdomadaire sur la communauté artistique montréalaise.

« Il était affalé sur sa chaise, les jambes largement écartées, et il offrait manifestement son entrejambe. Sophie comprit qu’il la mettait à l’épreuve, elle éprouva un malaise. »

Droit devant

Fillion n’est pas du tout intéressé à travailler avec Sophie mais plutôt par autre chose. Il invite Chiasson à souper, ce qui restera sans suite.

Chiasson ressort du bureau «à la fois blessée et en colère». Elle était venue pour que Fillion change sa perception. C’est un échec.

Fillion poursuit sa diffamation. L’animateur et ses sbires, Yves Landry, Marie Saint-Laurent et Denis Gravel, continuent de propager en ondes des propos blessants affectant la réputation, la dignité et la vie privée de Sophie Chiasson.

« Chophie qui est venue ici pis qui… a enlevé son jacket pour être sûre qu’on lui voit ses deux grosses affaires là. Et de source sûre, c’est gros là. C’est encore plus gros toute nue que… habillée là. C’est le genre de fille que tu fais un saut quand elle, quand ça sort de là», «tout est dans la brassière», «est-ce que ça défie la gravité?», «au-dessus des épaules il n’y a pas grand-chose »

Cour supérieure, 2005

C’est typique des gens de bonne foi de croire que les autres aussi sont de bonne foi. Fillion propage de fausses informations sur Sophie, celle-ci veut le rencontrer pour rectifier les faits. Quoi de plus logique?

Le retour à la réalité est douloureux: la vérité est que Fillion a intérêt à propager des faussetés et à salir la réputation des autres. C’est son modèle d’affaire.

Sophie Chiasson se sent désarmée et ne sait pas comment faire cesser la situation.

Fillion «le pissou», s’éclipse

Au printemps 2001, sous la pression de ses proches, Sophie décide de confronter Fillion par surprise. Elle veut lui faire savoir son exaspération.

Elle se rend donc dans le stationnement de Radio X, attend la fin de l’émission de Fillion et entre à l’intérieur. Mais elle tombe sur Yves Landry qui fait diversion pendant que Fillion s’éclipse en douce.

« M. Fillion prend alors les mesures nécessaires pour quitter le bâtiment le plus rapidement possible, en empruntant un couloir menant à une porte de sortie sans avoir à croiser Mme Chiasson. »

Cour supérieure, 2005

Le bum de Chicoutimi, celui qui fait son tough à la radio, est incapable de faire face à Sophie.

«C’est un maudit pissou», répliquera Alcide.

Chiasson est déprimée. Elle a l’impression de se démener en vain. Cette histoire a-t-elle un impact sur sa vie personnelle? Toujours est-il qu’elle met fin à sa relation avec Jean-Marc. 

Mais, en coulisses, les choses bougent. La fin de la récréation est sur le point d’être sonnée.

La licence de Radio X menacée par le CRTC

En décembre 2001, Genex est convoquée en audience publique par le CRTC, l’organisme fédéral chargé d’encadrer la radio. Elle attribue les licences autorisant la diffusion et peut aussi les retirer. 

Entre 1999 et 2001, le CRTC reçoit 47 plaintes concernant les propos des animateurs. Ces plaintes pointent les les propos haineux à l’égard des personnes handicapées ou homosexuelles, les attaques personnelles, le sexisme, la vulgarité, les propos scatologiques et sexuels.

La Loi sur la radiodiffusion comporte un paragraphe sur la «programmation de qualité». Le CRTC est chargé de faire respecter la loi.

Il faut dire aussi que Jeff Fillion s’attaque à beaucoup de gens. Le CRTC mentionne une plainte déplorant une…

« « campagne de dénigrement en des termes grossiers, orduriers, véhiculant des stéréotypes sexistes et sexuels, le tout sur un ton hargneux », envers la vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ. »

CRTC, 2002

L’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) vise à défendre les intérêts de ses membres et favoriser le développement de l’industrie de la musique au Québec.

D’autres reproches sont liés aux conditions de licence: Ne pas avoir respecté la proportion de musique francophone, avoir diffusé des pièces musicales en version courte, ne pas avoir conservé les rubans témoins, etc.

Au sujet des quotas de musique, L’ADISQ relève que ces infractions 

« n’ont été ni mineures ni ponctuelles mais, au contraire, très significatives, constamment répétées et croissantes en importance »

CRTC, 2002

Ainsi, l’ADISQ s’oppose au renouvellement de la licence de Radio X.

Genex prétend reconnaître les problèmes et promet de régler la situation. Le directeur de la station, Patrice Demers, banalise toutefois les propos de Jeff Fillion envers Chiasson, affirmant qu’il faut les prendre «dans leur contexte». Qu’il s’agit plutôt d’humour et de sarcasme.

Radio X adopte tout de même un Guide déontologique et crée un Comité aviseur, dans l’espoir de gagner du temps.

Le 16 juillet 2002, le Conseil de la Radiotélédiffusion et des Télécommunications Canadiennes (CRTC) rend sa décision. Il juge que Radio X fait toujours de «nombreuses infractions» au Règlement sur la radio. Il rappelle les balises à la liberté d’expression fixées dans la loi et les chartes. 

Il réaffirme le droit de critiquer ajoutant 

« le droit de critiquer n’entraîne pas le droit de dénigrer et de faire preuve d’acharnement indu »

CRTC, 2002

Il renouvelle la licence de CHOI-FM pour 24 mois seulement, jusqu’au 31 août 2004. C’est une période plus courte que d’habitude, compte tenu des avertissements précédents.

Les conditions à respecter pour pouvoir continuer d’opérer sont les suivantes:

  • Adopter un code de déontologie
  • Mettre sur pied un comité aviseur de 3 personnes pour examiner les plaintes
  • Adhérer au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), organisme chargé par le CRTC de traiter les plaintes
  • Diffuser un message chaque jour offrant la possibilité d’un droit de réplique à l’auditoire

Bref, la station se voit offrir un ultimatum très clair: vous corrigez votre façon de faire de la radio et vous vous conformez à la loi, ou on tire la plug.

Le message ne sera pas entendu.

Le harcèlement continue

Le 10 septembre et le 8 octobre 2002, en pleine période de sondage, Fillion déclare que Sophie Chiasson a des «gros seins», qu’elle n’a «pas de jugeote» et qu’elle est une «experte de la menterie». Il réitère qu’elle offre des faveurs sexuelles pour obtenir des contrats d’animatrice de télévision. Il ajoute que c’est une « chatte en chaleurs » et qu’elle est la «sangsue d’Alexandre Daigle».

C’est au printemps 2002 que Sophie Chiasson commence une nouvelle relation avec le joueur de hockey de la LNH, Alexandre Daigle. C’est un coureur de jupons, la relation ne s’éternise pas.

Sophie éprouve du dégoût à l’écoute de ce qui se dit à son sujet. Elle se sent étouffée, prisonnière, terrorisée et angoissée. Elle a l’impression d’être examinée au microscope, qu’on s’acharne sur elle et qu’elle est épiée.

Sa vie change. Elle modifie sa façon de s’habiller, change ses habitudes et se fait plus discrète, de peur d’être la cible de critiques.

Elle commence à consommer des anxiolytiques et des somnifères.

Finalement, le 10 octobre 2002 les avocats de Mme Chiasson transmettent par huissier une mise en demeure à Radio X. Patrice Demers n’a aucune réaction. 

Jeff Fillion rejoint Sophie par téléphone. Agressif, il lui demande: « c’est quoi toutes ces affaires-là? », puis mentionne qu’elle n’ira nulle part avec ça et que ce sont « des niaiseries ». Mme Chiasson répliquera que la suite des discussions se fera par l’intermédiaire d’avocats et qu’à moins d’un règlement, ils se reverront devant le Tribunal.

En janvier 2003, Fillion fait encore des commentaires dégradants sur l’apparence physique de Sophie Chiasson. 

Les procédures judiciaires sont donc lancées le 14 avril 2003. Le 23 mai, les avocats déposent aussi une plainte au CRTC.

La contestation de la licence de Radio X par le CRTC et le procès de Sophie Chiasson auront lieu en parallèle.

Talonné par Sophie Chiasson, le CRTC, l’ADISQ et plusieurs autres détracteurs, Radio X se retrouve au coeur d’une tempête parfaite.

Sophie Chiasson n’est pas la seule cible de Jeff Fillion. Plusieurs ont goûté à sa médecine. Dans un documentaire sur la radio-poubelle, on peut y voir l’ex-journaliste du Soleil, Julie Lemieux, et la directrice générale du PIPQ (Projet Intervention Prostitution de Québec), Geneviève Quinty, par exemple.

Mais il y en a beaucoup d’autres…

La plupart de ces personnes ne se sont pas retrouvées en cour à cause d’ententes à l’amiable. Ces ententes comportent toujours des clauses de confidentialité obligeant les parties à ne pas publier ou parler des termes des ententes; c’est du bonbon pour les harceleurs. Radio X répète donc un manège éprouvé en proposant 30 000 $ en dédommagement à Sophie Chiasson tout en refusant d’admettre les conséquences des propos sur sa réputation.

Mais cette fois, surprise, Sophie rejette la proposition. C’est une coriace. 

Le procès

Les avocats de Sophie Chiasson commencent les procédures le 15 avril 2003. Ils réclament 425 000 $ à titre de dommages moraux, punitifs et frais extrajudiciaires. Plus de 10 fois le montant proposé par Radio X.

Souvenez-vous de la façon dont Sophie a appris à se défendre enfant, quand elle allait à l’école en basse-ville.

On aura ainsi droit à un procès étrange. D’un côté, les intimidateurs de Radio X avec leurs manches pleines de coups fourrés. De l’autre, la personnalité courageuse, tenace et digne de Sophie Chiasson.

Le juge est Yves Alain de la Cour supérieure du Québec.

Argumentaire de l’équipe Fillion

Une des étrangetés du procès est que Radio X admet une partie de la faute. Fillion reconnaît avoir prononcé TOUS les mots mis en preuve par Chiasson. 

Le juge en est tellement irrité qu’il soulève un potentiel «abus du droit d’ester en justice». Il suppute que Radio X prolonge le procès sans raison valable.

Ainsi, la stratégie de l’équipe de Radio X consiste à démontrer que… les propos de Fillion sont vrais. Ils tenteront de prouver que Sophie Chiasson est, en quelque sorte, une prostituée qui «suce pour avoir des jobs».

Incroyable mais vrai.

Parce qu’une accusation de diffamation est moins crédible si les propos sont véridiques.

L’équipe Radio X affirme que les propos ont été fait «sous le sceau de l’humour» et qu’il ne s’agissait pas d’attaques personnelles.

Oui, oui, traiter Sophie de « chatte en chaleurs », de « cruche vide », de « sangsue » offrant des blow jobs pour avoir des contrats est censé être drôle.

Fillion se victimise. Le lendemain de son interrogatoire en automne 2003, il révèle à la radio que Chiasson a rencontré Robert Gillet, populaire animateur du FM93, dans un restaurant. Gillet vient d’être associé au scandale sur la prostitution juvénile. Fillion va utiliser cette anecdote pour décrédibiliser Sophie et jouer au martyr. 

Tout le procès ne serait ainsi qu’un vaste complot pour nuire à un concurrent du FM93: Radio X.

Fillion répètera le même manège lors de l’affaire du golf érotique.

L’avocat de Radio X est René Dion.

Argumentaire de Chiasson

Sophie Chiasson recherche une condamnation de Radio X pour atteinte à sa dignité, son honneur, sa réputation, sa vie privée, son intégrité ainsi que pour les propos diffamatoires et injurieux envers elle. Ce sont des droits garantis par la Charte des droits et libertés de la personne.

Sophie déplore l’aveuglement volontaire, l’absence d’excuse et de remords de Radio X.

Elle réclame 200 000 $ en dommages moraux et 450 000 $ en dommages exemplaires.

Chiasson s’investit à fond dans le procès. Elle lit tout le matériel qu’elle trouve ainsi que toute la jurisprudence portant sur la diffamation.

Son avocat est Vincent Gingras. Compte tenu de l’ampleur du procès, Sophie réclame des renforts «en autant que ce soit une femme». L’avocate Anik Bernatchez rejoint l’équipe.

Six mois de travail sont nécessaires pour regrouper tous les éléments de preuve, les verbatims des propos et les enregistrements de la mère de Sophie, Christiane.

Développement

Au début du procès, Fillion s’excuse en cour auprès de Sophie Chiasson. Le tribunal le croit sincère jusqu’à ce qu’il réalise… que les attaques se poursuivent sur les ondes.

Oui, oui, Fillion continue de faire des commentaires sur la vie privée de Sophie Chiasson à la radio, en plein procès!

C’est la première et dernière fois que Fillion se présente aux audiences. Le 8 septembre 2004, Fillion mentionne en ondes que la poursuite de Mme Chiasson constitue « des niaiseries et une tempête dans un verre d’eau » et « qu’il n’a pas de temps à perdre avec ça ». Il affirme même en mars 2005 que la poursuite est « une perte de temps pour lui », ce que le juge n’appréciera pas beaucoup. 

« Est-ce que j’ai tué quelqu’un? Violé quelqu’un? Aujourd’hui je n’irai pas au palais de justice. J’ai pas de temps à perdre avec des niaiseries. »

Radio X, 2005

D’autres membres de Le monde parallèle, Marie Saint-Laurent, Denis Gravel et Yves Landry, sont présents en cour.

Patrice Demers accorde une entrevue au Journal Économique qui publie le 5 février 2004 un article faisant référence aux relations de Mme Chiasson avec Robert Gillet et au fait que les autorités de la station radiophonique sont au courant « de toutes les allées et venues de Mme Chiasson » #StasiDesPauvres. 

L’entrevue sera utilisée par l’équipe Chiasson pour démontrer l’acharnement de Radio X envers elle.

Les chiffres d’audience de Radio X explosent. L’auditoire total grimpe à 443 000 en 2005.

Le procès ne donne pas de repos à la vie personnelle de Sophie. Elle largue son nouveau chum, Charles, un avocat, rencontré au début des procédures. Ayant eu vent de rumeurs d’infidélité alors qu’il passe 6 mois par an en Amérique centrale, Sophie prend un avion pour le confronter en personne. 

En plein pendant le procès, faut le faire.

Chiasson quitte aussi Météomédia pour TVA. Elle y présente les bulletins météo la fin de semaine. Elle anime aussi une émission sur Canal Vie.

Ça fait beaucoup de grosses vagues pour la petite chaloupe de Sophie. Mais elle tient le cap.

Les témoignages

Chiasson insiste pour faire jouer les extraits audio diffamatoires de Fillion. Me René Dion va s’y opposer pour, tenez-vous bien, «protéger la réputation de Sophie». Il évoque aussi la peine et la douleur qu’une nouvelle écoute de cette bande pourrait causer à Mme Chiasson.

Quelle bullshit!

Jusqu’à ce moment, tout le cirque était dirigé par Jeff Fillion et ses sbires, dans un espace (un dôme) isolé du grand public où tout se déroulait dans l’impunité. Enfin, Sophie réussit à extirper les petits malfrats du territoire clos où ils règnent en maîtres. Et cette fois, c’est elle qui décide.

Me René Dion cherche à démontrer que Sophie a de mauvais résultats scolaires. La démonstration fait chou blanc. Elle a toujours eu d’excellentes notes. Steve Ayes, directeur à TQS, qui était responsable des stages au FM93 à l’époque où elle y est engagée, vient témoigner qu’une professeur de communication «avait fortement recommandé Sophie en disant qu’elle se détachait du lot».

Son ex prof Renée Dion vient aussi témoigner en sa faveur.

Pendant son témoignage, Patrice Demers tente de cacher une entente hors cour avec Gesca (le journal le Soleil), pour des causes de diffamation intentées par Claudette Samson et Julie Lemieux. Le juge n’appréciera pas la cachotterie.

Témoignage de Sophie Chiasson

La Presse, 12 mars 2005

Chiasson peut enfin dire leurs quatre vérités à la Clique de la Grande-Allée. 

« Lorsque je viens à Québec, je sens les regards sur moi. Je vis les émissions de Fillion comme un handicap. Il est en train de créer une image de moi que je n’avais pas. Je suis une femme, j’ai une poitrine, et aussitôt qu’il y a un décolleté, même discret, je n’ose plus le porter, même pendant les canicules. Pour votre information, je fais du 36C, ce qui, je pense, est très convenable, ce qui n’est rien d’énorme, ni gigantesque ou monstrueux, ce qui ne déborde pas quand j’enlève mes vêtements et j’en suis venue à ne plus porter de vêtements ajustés. J’ai l’impression, lorsque je me déplace à Québec, que les gens voudraient que je me dévête pour voir si effectivement j’ai des seins aussi gigantesques que Fillion le dit. Il a dépersonnalisé mon propre regard sur moi-même. »

Droit devant

Au sujet de sa carrière…

« Ma carrière va bien à Montréal, mais elle n’existe plus à Québec. J’ai perdu plusieurs contrats à cause de la mauvaise réputation que CHOI-FM m’a faite (…) L’entreprise qui oeuvre dans l’hôtellerie a laissé entendre qu’elle n’avait pas retenu ma candidature parce qu’elle redoutait que les auditeurs de CHOI lancent une campagne de boycottage contre leurs établissements. »

Droit devant

Mais c’est le témoignage du père de Sophie Chiasson, Alcide, qui est le plus percutant

« Ma mère est encore vivante, elle a soixante-dix-neuf ans. Quand il a parlé qu’elle faisait le vacuum à quatre pattes, ma mère m’a demandé ce que ça voulait dire? On ne sait pas quoi répondre, je peux vous le dire, Votre Honneur, on est pas gros dans ses culottes. Ma mère, ça lui fait de quoi. C’est sa petite-fille, elle sait qu’elle réussit, elle en est fière. 

Ça fait vingt ans qu’on reste à la même place, tous nos voisins nous connaissent et ils nous en parlent. « Oui, ils ont encore parlé de Sophie ce matin. » (…) 

Ma fille a beaucoup de qualités, ça ils en parlaient pas trop. Elle est très sensible, elle est constante, très humaine, chaleureuse, humble, elle aide les autres, parce que nous autres on est pas une famille riche, on lance pas les cent mille par-dessus les clôtures. À l’adolescence, on pensait qu’elle ferait une maîtresse d’école, tellement elle en mangeait, de l’école. Elle aimait tellement apprendre que si elle ne savait pas un mot, elle prenait le dictionnaire, elle allait voir ce que ça voulait dire. Elle a trimé dur pour arriver là où elle est maintenant, cette enfant-là. Elle a bûché de peine et de misère pour faire son chemin, puis elle est en train de le faire, son chemin. 

Elle est chez elle ici, elle est née à Québec. Elle travaille à Montréal, nous représente là-bas, puis à Québec, on la descend. C’est comme ça Québec (…) 

Sophie, je t’aime, je te le dis ici, présentement, en Cour, je t’aime, puis je te félicite de te tenir debout. En même temps que tu te tiens debout, c’est nous autres que tu tiens debout. Moi j’ai fini, s’il y a des questions, aucun problème »

Droit devant

Après ce témoignage, on pouvait entendre une mouche voler dans la salle de cour pleine à craquer.

La dernière audience au CRTC: fermeture prévue le 1er septembre 2004

Patrice Demers n’a pas pris ses responsabilités ni respecté ses promesses. Fillion n’a pas changé sa façon de faire la radio. Genex est donc convoquée à nouveau en audience par le CRTC.

Le CRTC a reçu 29 nouvelles plaintes depuis l’audience de 2001. Il constate que le règlement sur la radio et le code de déontologie de la station ne sont toujours pas respectés. 

Il juge aussi que la station a contrevenu aux dispositions portant sur la qualité de l’information et le discours haineux pour des motifs liés à l’origine ethnique ou nationale, à la race, la couleur, la religion, l’âge, les handicaps physiques ou mentaux, le sexe, l’orientation sexuelle ou la situation de famille, aux dispositions portant sur le respect de la vie privée, sur les attaques personnelles, sur le respect des participants à une tribune téléphonique et sur les propos vulgaires.

*fiou*

Des propos d’André Arthur sont aussi cités dans la décision.

Ainsi, le 13 juillet 2004, le CRTC prend la décision de ne pas renouveler la licence de Radio X.

L’intervention de Sophie Chiasson, par le biais d’une plainte, a un poids important dans la décision.

À son sujet, le CRTC évalue que 

« Radio X a délibérément ridiculisé et insulté la plaignante en diffusant plusieurs propos offensants sur ses attributs physiques et sexuels et en prétendant qu’elle est populaire seulement à cause d’eux et qu’elle est autrement dépourvue de talent et d’intelligence (…) [Ces propos] visaient à dénigrer et à rabaisser la plaignante aux yeux du public »

CRTC, 2004

Le CRTC évoque la Charte des droits et libertés

« Le Conseil rappelle que l’égalité des sexes est une valeur visée par l’article 15 de la Charte et il considère qu’une programmation qui mine très substantiellement cette valeur »

CRTC, 2004

…le règlement sur la radio

« les propos diffusés (…) étaient offensants et risquaient d’exposer la plaignante, et les femmes en général, au mépris pour des motifs fondés sur le sexe, contrairement à l’article 3b) du Règlement »

CRTC, 2004

…et la loi sur la radio

« l’ensemble de ces propos ne répond pas aux objectifs de la politique canadienne de radiodiffusion énoncée dans la Loi. L’ensemble des propos n’était pas de la programmation de haute qualité, tel qu’exigé par l’article 3(1)g) de la Loi. »

CRTC, 2004

Assez stupéfiant de constater que ces arguments sont toujours criants d’actualité mais que le CRTC refuse désormais de les appliquer.

Ces audiences sont houleuses. C’est à cette occasion que Genex évoque un droit à la liberté d’expression, que plusieurs commentateurs qualifient à tort «d’absolu». Il s’agit en réalité du droit de piétiner la liberté des autres. Les avocats de Genex citent le professeur d’université Jacques Zilbelberg, d’autres chroniqueurs et Voltaire, utilisant la fameuse phrase qu’on lui attribue à tort.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire »

Se défendre en usant les mots d’une personne qui ne les a jamais écrits ni prononcés. C’est quand même assez ironique.

Contrairement à l’audience de 2002, Genex refuse désormais de reconnaître le moindre tort. Ils prétendent toutefois toujours utiliser l’humour pour attirer leur clientèle.

À cette occasion, l’étrange avocat Guy Bertrand, rejoignant la mêlée, affirme 

« En démocratie, on peut tout faire si on est prêt à en payer le prix. Je peux aller brûler votre maison si je suis prêt à aller en prison. Je peux tuer quelqu’un donc si je suis prêt à aller en prison. Si je diffame une personne, il y a des recours, les postes de radio, les animateurs ou les journalistes comme vous pourront se défendre ».

La question de la liberté d’expression dans les démêlés judiciaires et les revers administratifs de CHOI-FM, 2007

À ce jour, on se demande toujours où est-ce qu’il croyait bien s’en aller avec ses skis.

Guy Bertrand, est un avocat bien connu à Québec. Ses bureaux sont sur la Grande-Allée. C’est un membre fondateur du Parti Québécois. Il était dans la course à la chefferie du parti pour succéder à René Lévesque. Depuis 2008, il milite pour le retour des Nordiques et impressionne les identitaires avec son projet Liberté Nation et ses vidéos islamophobes.

La station lance le slogan « Liberté je crie ton nom partout » et l’imprime sur des milliers de casquettes et d’autocollants. Un fan club (appelé Liberty club), sans objectif politique, est aussi lancé.

La liberté contre la censure, voici une idée facile à vendre.

Malgré la frime autour de la liberté d’expression, c’est surtout une affaire de gros sous qui est en jeu. En 2004, Patrice Demers estime que la valeur marchande de Radio X est de 25 millions dollars.

André Arthur est congédié cette année-là en raison de «mesures disciplinaires».

Le CRTC démontre dans sa preuve que Patrice Demers est avant tout intéressé par la quête de profits. Il y a donc une contradiction structurelle dans la manière de Radio X de faire de la radio.

Marche «Libârté»

Le 22 juillet 2004, Radio X tente un baroud d’honneur en organisant une manif. La décision du CRTC menace sa survie.

Radio-Canada, 2004

Aussitôt, chacun prend son camp. 

Dans le camp de Radio X

  • Reporters sans frontières
  • L’Action Démocratique du Québec (ADQ)
  • Le Parti conservateur du Canada (PCC)
  • Le Nouveau Parti démocratique (NPD)
  • Le journal d’affaires britannique The Economist

Refusant d’appuyer Radio X

  • L’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR)
  • Les autres médias écrits et télés

La Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) déplore la décision du CRTC tout en critiquant l’usage par Radio X de sa licence. C’est Anne-Marie Dussault qui est présidente. Elle dira se sentir comme «l’avocate d’un tueur en série».

Le Conseil de presse du Québec se désole que le CRTC ne puisse intervenir autrement.

On voit 30 000 personnes marcher dans les rues de Québec (50,000 selon la police) pour protester contre la décision du CRTC. Gilles Parent, alors animateur de Radio X, est présent à la marche.

Fillion avec Gilles Parent, Il y a 10 ans, l’apogée de la bataille pour CHOI-FM, Journal de Montréal, 2014

Le 10 août 2004, une pétition d’environ 209 000 noms est remise au gouvernement canadien lors d’un rassemblement de 3 000 à 8 000 personnes à Ottawa. Radio X y organise une diffusion en plein air, face au Parlement.

À ce jour, les animateurs de Radio X se servent toujours de cet événement comme d’un baromètre. Toute manifestation est comparée à cette mobilisation de grande ampleur.

Le lendemain, la station porte la décision du CRTC en appel devant la Cour fédérale du Canada.

La pression est forte et porte fruit. La licence de diffusion de Radio X est prolongée. La Cour d’appel fédérale lui accorde un sursis. La station peut continuer de diffuser sur la fréquence 98,1. 

En septembre 2005 la Cour fédérale confirme la décision du CRTC. 

« liberté d’expression, liberté d’opinion et liberté de parole ne veulent pas dire liberté de diffamation, liberté d’oppression et liberté d’opprobre […]. Le droit à la liberté d’expression reconnu à la Charte n’exige pas de l’État ou du CRTC qu’ils se rendent complices ou promoteurs de propos diffamatoires, de violations à la vie privée, à l’intégrité, à la dignité humaine et à la réputation en les obligeant à émettre une licence de radiodiffusion utilisée à ces fins ».

Le Devoir, 2005

Radio X s’adressera alors à la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire au pays.

C’est à peu près au même moment que commence la relation de Sophie Chiasson avec Michel Therrien. Après avoir coaché le Canadien durant 3 ans, il est devenu entraîneur des Penguins de Pittsburgh. Ils se sont rencontrés dans un blind date à l’invitation d’amis.

Hollywood PQ, 15 août 2008

Dernier droit du procès

Ygreck, 2005

L’équipe de Radio X lance toutes sortes de pièges à Sophie pour mettre fin au procès. 

Le 17 février 2005, les défendeurs déposent au dossier de la Cour une contestation ré-amendée dans laquelle tous les défendeurs, sauf Patrice Demers, font une admission de responsabilité. Ils admettent avoir atteint à la dignité, l’honneur et l’intégrité de Mme Chiasson. Ils réitèrent l’offre de 30 000 $ en dédommagement.

Toutefois, ils refusent d’admettre que leurs attaques étaient intentionnelles et malicieuses. Ils ajoutent que Chiasson n’a subi aucun dommage à sa réputation et qu’elle n’a pas pris les précautions pour en empêcher la diffusion!

René Dion fait la proposition machiavélique ainsi: vous acceptez le deal, on met fin au procès et je ne présenterai pas mes témoins qui ont des preuves irréfutables des comportements dégradants de Sophie Chiasson.

L’équipe Chiasson rejette l’offre. 

Le témoignage de la défense est un vrai cirque. René Dion tente de démontrer que Sophie Chiasson mérite de se faire insulter et humilier, bref que Fillion avait raison de la traiter avec indignité. Il se met donc à déformer ses propos pour lui faire porter des significations qu’elles n’ont pas. Il présentera aussi une brochette de témoins patentés, tous proches de Radio X, dans cet objectif.

L’opération révèle avec éloquence toute la mesquinerie, la malhonnêteté et la perfidie de Radio X.

Par exemple. René Dion insiste à deux reprises sur quelque chose qu’a dit Sophie Chiasson lors de son entrevue de deux heures avec Fillion à Radio X en 2001. 

Jeff Fillion pose la question si c’est possible d’avoir des privilèges à la télé en offrant des services sexuels.

« JEFF FILLION : Il y a tu des passe-passe là-dedans aussi? Il y a tu des… Non?

SOPHIE CHIASSON : Des passe-passe?

(…) 

JF: Bien, une pipe hostie, quelque chose de même.

(…)

SC : Moi, je te dirais que non. Ben pour moi, non. Peut-être que ça arrive à d’autres. Moi non, je travaille d’arrache-pied.

(…)

YVES LANDRY : Parce que quand tu lis les biographies… moi, je suis un fou de biographies, je lis plein d’affaires. Et à Hollywood entre autres, c’est quasiment une condition; dans les années 1950.

(…)

SC : On n’est pas à Hollywood.

JF : Ah, mais des fois, on s’y prend…

SC : Si on était à Hollywood, ça serait peut-être plus facile.

JF : Ouais.

YL : Mais c’était… dans l’époque, c’est vraiment, c’était une condition, ça te surprenait.

(…)

SC: Il ne faut pas… il ne faut pas tomber là-dedans. »

Cour d’appel, 2007

Dans cet extrait, c’est la phrase

« Si on était à Hollywood, ce serait peut-être plus facile ».

Que René Dion tente d’exploiter, lui faisant prendre un sens opposé à celui que Mme Chiasson employait.

Au sujet de ce non-argument, le juge de la cour d’appel commentera

« On s’y est appliqué à déformer ici et là les propos antérieurs du témoin, à leur imputer avec opiniâtreté une signification qu’ils n’ont manifestement pas, et à déstabiliser déloyalement leur auteur, quand ce n’est pas à l’humilier. Le procédé est non seulement inefficace, mais il véhicule une conception belliqueuse et périmée du droit judiciaire. Il ne sert à rien car l’information ici recherchée n’a pratiquement aucune pertinence au débat de fond. Aussi n’a-t-il pas sa place dans le cadre d’un litige comme celui-ci et il s’en faudrait de peu pour qu’il soit qualifié d’abusif. Il équivalait en l’occurrence, et selon l’expression courante, à une interminable et pénible « partie de pêche », dont l’instigateur est rentré bredouille. »

Cour d’appel, 2007

Les témoins sont pitoyables. Ils sont tous salariés de Radio X. Leurs histoires sont des anecdotes insignifiantes. 

Le témoignage de Marie Saint-Laurent est particulièrement lamentable. Commentant les vêtements portés par Sophie Chiasson lors de son entrevue à Radio X, elle prétend qu’il s’agissait d’un décolleté plongeant et d’une “petite jupe sexy”. La réalité est que Chiasson portait un t-shirt et un veston tout ce qu’il y a de plus sobre.

Peu après, Sophie va capter une conversation discrète que Marie St-Laurent murmure à l’oreille de René Dion. Marie lui demande si «elle en avait assez mis sur la petite jupe sexy?». 

C’est grave, car le parjure est une infraction criminelle. 

Sophie n’est pas au bout de ses peines. 

René Dion laisse miroiter la perspective de «témoignages accablants» depuis des mois. En voici un. C’est LE témoignage massue qui doit détruire Chiasson. Le témoin s’appelle Dominic Doré et c’est un vendeur de publicité à Radio X.

Lors de son témoignage de 4 minutes, Doré rapporte un « événement » qu’il situe en 1997 au Pub de l’Université Laval. Sophie avait alors 22 ans. Les deux sont alors étudiants.

Attention témoignage accablant, bouchez la vue de vos enfants: Doré raconte que Sophie aurait levé son gilet et montré sa brassière.

C’est tout.

En contre-interrogatoire, Sophie Chiasson nie que ça se soit produit.

Les juges de la cour d’appel feront ce commentaire:

« Je ne vois pas comment on peut prétendre que, devant la déposition du témoin Doré, le juge se devait de conclure que l’intimée n’était pas crédible et que, par voie de conséquence, la preuve de bonne réputation offerte par elle ne méritait pas d’être crue. Soutenir qu’il y a là une erreur manifeste et dominante constitue à mon avis un abus de langage. Les autres prétendues « erreurs manifestes et dominantes » sont toutes de la même eau et il serait oiseux de les cataloguer. »

Cour d’appel, 2007

Amen.

René Dion compte aussi sur le témoignage de l’entraîneur de l’équipe canadienne de ski acrobatique, Dominique Gauthier, qui est alors au Japon. 

« Les témoignages annoncés concernant ces événements n’eurent d’ailleurs jamais lieu. Dion affirma candidement ne pas être arrivé à rejoindre Gauthier »

Droit Devant

#fail

Vous croyez qu’on a atteint le fond? Mais non.

« Un assistant à la programmation à CHOI vint témoigner qu’il faisait toujours frais dans le studio ou Sophie avait fait son entrevue en 2001 (…) Dion espère ainsi prouver qu’elle avait enlevé sa veste parce qu’elle cherchait à racoler Fillion en exhibant sa poitrine »

Droit devant

Toute cette foutaise de l’avocat René Dion depuis des mois sur les «témoignages accablants» n’était en réalité que du bluff.

Le mot de la fin revient au juge de la cour d’appel:

« Il ressort plutôt du dossier qu’après un contre-interrogatoire (…) il n’y a pas eu de preuve de mauvaise réputation, mais tout au plus une tentative laborieuse et infructueuse, pour ne pas dire désastreuse, d’en administrer une »

Cour d’appel, 2007

Le sol commence à s’ouvrir sous les pieds de Radio X. Le 11 mars 2005, Gilles Parent invite même ses collègues à cesser de «trouver ça drôle». Cette simple déclaration, pourtant trop polie, sera un point tournant de l’affaire.

Après les travaux, chaque jour que dure le procès, Chiasson et ses avocats se rencontrent au Pub Edward pour voir la réaction du public. Elle syntonise chaque télé à un poste différent pour pouvoir suivre TVA et Radio-Canada en même temps. Le pub devient son poste d’observation. 

Femme de communication, Sophie Chiasson est au courant de l’importance du traitement médiatique de l’affaire.

Chiasson comprend que « non seulement l’opinion publique avait basculé, mais que c’était un véritable raz-de-marée qui déferle sur Québec. C’est devenu le débat des débats. »

En entrevue à TQS, le polémiste Gilles Proulx traite Chiasson de « petite fille » versant des « larmes de crocodile », il ajoute que la poursuite allait la « mettre sur la map » et que ça allait « être bon pour sa carrière ».

Elle reçoit par contre des centaines de lettres d’appui, de partout au Québec, dont de nombreux syndicats notamment d’enseignant-e-s, des personnalités des arts, des médias et de la politique. Elle réalise que de nombreuses femmes se reconnaissent dans son combat. Peu sensibilisée jadis aux grandes luttes féministes, elle découvre que son histoire en devient une, en quelque sorte.

Le Regroupement des groupes de femmes de Québec signale son appui. Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Centre des femmes de Charlevoix publie une déclaration à laquelle plus de 200 personnes souscrivent :

« En devenant une des seules personnes à tenir tête à la machine de Genex Communications et de CHOI, Sophie Chiasson démontre une force de caractère peu commune et devient un modèle pour les femmes du Québec

Nous espérons que l’exemple qu’elle nous fournit convaincra la population féminine de l’importance d’aller au bout des combats qui sont menés dans la société québécoise pour le respect, l’égalité et l’émancipation des femmes. » 

Sophie Chiasson, le symbole, La Presse, 2005

Le procès aurait pu finir autrement. Selon ce que Sophie Chiasson révèle dans une biographie, Fillion aurait craqué pendant le procès et supplié Demers d’offrir 200 000 $ de dédommagement. Demers aurait refusé. « M. Demers adore aller en cour », geindra Fillion plus tard.

Depuis 2002, les cotes d’écoute passent de 336 000 à 443 000 auditeurs. En 2006, la population de la ville est de 491 142 personnes. Mais la puissance de l’antenne dépasse largement la ville.

Conclusion du procès

Fillion affirme qu’il ne connaît pas la valeur de ses biens, de son revenu annuel, la valeur des immeubles lui appartenant, etc. Il reste évasif, ce qui complique la tâche du juge qui doit évaluer le montant des dommages.

Finalement, le 11 avril 2005, le juge Yves Alain de la Cour supérieure du Québec condamne Jeff Fillion, la station et ses coanimateurs à verser 340 000 $ en dommages moraux à Sophie Chiasson.

Ygreck, 2005

Le montant va bien au-delà de la jurisprudence, qui n’avait jusque-là jamais dépassé 50 000 $ pour des causes de diffamation.

Le jugement démolit Radio X. Sur les allégations de Fillion comme quoi Sophie obtiendrait des emplois grâce à des faveurs sexuelles, le juge affirme

« Rien ne peut justifier les commentaires de M. Fillion et de ses acolytes. Les allusions relativement à la façon dont elle peut se comporter lors d’entrevues avec des producteurs ou des télédiffuseurs ne sont pas fondées. Il n’existe même pas un soupçon de preuve à cet égard. »

Cour supérieure, 2005

Les trésors du jugement

À la lecture du jugement on retrouve plusieurs petits bijoux, dont celle-ci:

« M. Fillion, ses co-animateurs Gravel, Landry et St-Laurent ainsi que GENEX et Patrice Demers n’ont aucun respect pour l’être humain en général, pour les femmes et pour Mme Chiasson qu’ils traitent comme « des objets » M. Fillion témoigne avoir du respect pour la météo toutefois il n’a pas le même respect pour les êtres humains notamment pour Mme Chiasson. » 

Cour supérieure, 2005

Ou celle-ci. Dans l’argumentaire de Radio X on retrouve cette phrase:

« Le niveau de langage utilisé répond aux critères de haute qualité dictée par la Loi mais est populaire afin de rejoindre l’auditeur québécois moyen. »

Le juge réplique:

« (…) D’une part, les extraits d’émissions introduits en preuve sont loin de démontrer que le niveau de langage utilisé répond aux critères de haute qualité dictée par la Loi. D’autre part, le fait d’ajouter que ce langage doit être populaire afin de rejoindre l’auditeur québécois moyen démontre un manque flagrant de respect à l’égard du public ciblé. »

Cour supérieure, 2005

Le juge relativise le droit à la liberté d’expression en le situant dans une perspective d’utilité sociale: 

« Les déclarations fausses et injurieuses ne peuvent contribuer à l’épanouissement personnel et on ne peut pas dire qu’elles encouragent la saine participation aux affaires de la collectivité. En fait, elles nuisent à l’épanouissement de ces valeurs et aux intérêts d’une société libre et démocratique. »

Cour supérieure, 2005

Yves Alain constate que le but de Patrice Demers est de faire du fric et que, donc, la liberté d’expression n’est qu’un prétexte. 

« La preuve démontre que cette stratégie est excessivement rentable puisque les cotes d’écoute du matin passent de 64 000 auditeurs au quart d’heure en 2002 à 100 000 en 2004. Cela est lucratif »

Cour supérieure, 2005

Fillion est congédié de Radio X peu de temps avant, le 17 mars 2005. Patrice Demers, affirme en conférence de presse que…

« Il [Jeff Fillion] n’avait pas le goût de faire de la radio dans le contexte que nous et la société lui imposions ».

Snif snif.

C’est drôle, en 2020 il fait encore de la radio et semble bien s’accommoder de ce fameux contexte.

La réalité est que ce procès ainsi que les autres commençaient à peser lourd sur le budget de Radio X. Et des dissensions surviennent au sein même de la radio. L’animateur Gilles Parent fait connaître son malaise.

Du côté de Sophie, les liens avec ses parents se renforcent pendant et après le procès. En mai 2005 sa mère fait une mononucléose.

Le procès laisse un goût amer à Sophie:

« La victoire est évidente sur papier, mais pas lorsque l’on me compare à l’esprit malveillant (Jeff Fillion). Il est encore pimpant, je suis K.O. (…) Il me faut continuer encore deux longues années. Au total, huit années de marche pour traverser cette douloureuse expérience »

Ailleurs

Appel

Radio X fait appel de la décision.

En février 2006, l’avocat Guy Bertrand embarque dans le décor du côté de Radio X (Genex, Demers, Gravel, Landry et Saint-Laurent). Jeff Fillion, pour sa part, rejette l’aide de Bertrand. En octobre 2006, il demande même à ce que l’avocat René Dion cesse de le représenter. Évoquant sa démission de Radio X, Fillion refuse d’assumer ce qu’il a fait comme une grande personne l’aurait fait.

L’appel débute le 17 mai 2006. Les juges sont Michel Robert, Yves-Marie Morissette et Lise Côté.

Le 1er novembre 2006, la cour accorde à Fillion un délai de vingt jours pour comparaître en personne ou par l’entremise d’un avocat.

Le 24 janvier 2007, Fillion demeure absent et non représenté. 

Bref, le principal responsable de tout ce foutoir, celui qui joue les toughs derrière son micro, est resté planqué pendant toutes les étapes importantes du procès.

En octobre 2007, l’étrange Guy Bertrand décide d’amender l’inscription en appel. Il introduit l’argument de l’inconstitutionnalité selon la Charte canadienne des droits et libertés. Cette requête est rejetée le mois suivant.

Argumentaire défaillant de Radio X

Il faut lire la décision des juges pour réaliser à quel point l’argumentaire de Radio X est loufoque. 

Premièrement, les juges déplorent que Radio X semble vouloir faire un nouveau procès. En effet, il n’y a aucun fait nouveau dans la requête. Que les mêmes inepties mâchouillées du procès à la Cour supérieure.

Ils ont dû se faire plaisir en écrivant:

« Les appelants ont eu amplement l’occasion de faire valoir leurs moyens dans plusieurs écritures distinctes. À la lecture de cette foisonnante documentation, comprenant mémoire, argumentaire, plan d’argumentation, une requête pour preuve nouvelle (elle-même appuyée d’un plan d’argumentation) et de volumineuses sources jurisprudentielles, il est difficile de ne pas conclure qu’ils cherchent avant tout à refaire devant la Cour d’appel le procès qu’ils ont perdu en Cour supérieure. Reprenant un par un, en les amplifiant, les arguments ou sous-arguments présentés sans succès devant le juge de première instance, ils affirment qu’à l’égard de chacun d’entre eux le juge a manifestement erré en fait et en droit. Après une inscription en appel de quarante pages et de cent vingt-neuf paragraphes, dont beaucoup sont subdivisés en multiples sous-paragraphes ou alinéas (soixante-dix-huit dans le cas du paragraphe 8, par exemple), les appelants ont déposé un mémoire qui soulevait cinq motifs d’appel énoncés sous forme interrogative, eux-mêmes subdivisés en vingt et une propositions plus ou moins hétéroclites, mais qui se recoupent. Ce mémoire fut accompagné lors de la première audition au fond d’un argumentaire de présentation par ailleurs soignée (argumentaire auquel s’ajoutent deux cahiers d’annexes), où il est fait état de onze « erreurs de faits » (sic) ou « erreurs mixtes de droit et de faits » (sic), toutes, il va sans dire, « manifestes et dominantes », cinq « erreurs de droit », une erreur dans l’évaluation des dommages moraux, erreur par ailleurs composite parce qu’elle résulterait, selon les appelants, de l’application erronée de treize critères répartis en trois catégories, puis une « erreur de principe » dans l’évaluation des dommages punitifs, composite elle aussi car elle découlerait de l’application erronée de sept critères distincts formant cependant une seule catégorie, et une dernière erreur attribuable au fait que les « dommages moraux et exemplaires sont hors norme. 

Cette surenchère dans l’argumentation n’aide pas la cause des appelants, d’autant que la structure de leur mémoire diffère sensiblement de celle de l’argumentaire, laquelle diffère elle-même sensiblement de celle du plan d’argumentation, sans parler de l’inscription en appel ou de la requête pour permission de présenter une preuve nouvelle. Les appelants n’ont pas jugé utile de mieux cibler leur attaque contre le jugement entrepris mais ont plutôt choisi de faire flèche de tout bois à chaque étape de la contestation. 

Aussi nous revient-t-il, à leur place, de recentrer le débat, afin d’identifier parmi les très nombreux griefs qu’ils soulèvent les véritables faiblesses, s’il en est, dans le jugement entrepris »

Cour d’appel, 2007

BLAM

LOL

Thumbs up aux «grands avocats» René Dion et Guy Bertrand!

Deuxièmement, Radio X va accuser la biographie Droit devant, que Sophie Chiasson vient de faire paraître, de diffamation…

« il ne faut pas confondre critique et diffamation. Si les appelants s’estiment atteints dans leur réputation, ils peuvent suivre l’exemple de l’intimée et avoir recours aux tribunaux, mais cela est sans pertinence dans le litige en cours »

Cour d’appel, 2007

Libarté d’expression, mais pas pour les autres. Toujours cette maladie de la victimite.

Troisièmement, Radio X prétend que la réputation de Sophie était intacte… et que c’est plutôt Sophie elle-même qui y aurait nui en insistant pour faire entendre les enregistrements lors du procès. 

La victime serait coupable.

Prenez juste deux minutes pour réfléchir à quel point c’est tordu. Radio X, d’un côté, affirme que des propos émis à la radio la plus écoutée en ville n’ont pas affecté la réputation de Sophie, bref que les propos sont inoffensifs, et, de l’autre côté, dire que c’est l’écoute de ces propos inoffensifs au tribunal qui a nui à la réputation de Sophie.

C’est complètement, complètement absurde.

La décision est rendue

Le juge rend sa décision le 26 avril 2007. Il piétine Radio X sans ménagement, en commençant par René Dion, l’avocat de Radio X.

« Leur avocat en contre-interrogatoire paraît s’être fixé pour objectif, non point d’attaquer la véracité de cette partie de la déposition de l’intimée, mais de dépeindre les propos relatés par elle comme pratiquement inoffensifs parce que près de la vérité ou, à tout le moins, conformes à la réputation de l’intimée dans une partie de l’opinion.

On s’y est appliqué à déformer ici et là les propos antérieurs du témoin, à leur imputer avec opiniâtreté une signification qu’ils n’ont manifestement pas, et à déstabiliser déloyalement leur auteur, quand ce n’est pas à l’humilier »

Cour d’appel, 2007

Et alors que Radio X prétend que Sophie Chiasson profite du procès pour gagner en notoriété, le juge a ces mots prémonitoires

« Il est plausible que cette situation ait nui à ses perspectives d’avancement professionnel car la controverse qui entoure désormais sa personne peut la desservir, notamment dans le milieu de la publicité. »

Cour d’appel, 2007

Le montant du dommage est revu légèrement à la baisse, à 300 000 $, soit 40 000 $ de moins.

Les suites

Est-ce que toutes ces longues procédures ont porté fruits? Le jeu en valait-il la chandelle?

Si vous êtes satisfait, que vous célébrez le triomphe de la justice victorieuse, la suite devrait vous faire déchanter.

Un procès interminable qui laisse des séquelles

« Au total, huit années de marche pour traverser cette douloureuse expérience »

Ailleurs

Pour Chiasson il y a très clairement un avant et un après Jeff Fillion. 

Avant le procès, Sophie Chiasson était une jeune femme avec une brillante carrière devant elle. Une étoile montante, chroniqueuse dans plusieurs émissions à TVA et Canal vie. Elle est recherchiste, journaliste, animatrice radio, narratrice et porte-parole.

Après? Une descente aux enfers: carrière en veille, pauvreté, pensées suicidaires et relations amoureuses catastrophiques.

Voyage

Chiasson a 32 ans. Le procès est terminé depuis 2 ans. Déstabilisée, elle veut changer d’air. 

« Je veux bousculer le temps, trop lent à me remettre sur pied: pourtant deux ans ont déjà passées (…) Je balbutie seulement. J’ai envie de liberté, de voir en avant. Il y a trop de débris dans ma vie. Huit ans à patauger dans cette malheureuse histoire. Je soupçonne une sorte d’accumulation d’épreuves et de trop-pleins. Je suis visiblement secouée. Je suis en perpétuel décalage horaire avec moi. Comment faire le ménage? Changer de vie, une idée. M’en aller, oui. Pas pour fuir, ou si, peut-être. »

Ailleurs

Elle voit par hasard un écriteau du CECI (Centre d’études et de coopération internationale) près de son domicile. Elle s’inscrit, suit une formation… et en quelques semaines Sophie se retrouve coopérante en Afrique, au Mali.

Photo du Facebook de Sophie

Les Maliennes l’impressionnent beaucoup

« Elles m’apprennent à rouler le coton, à préparer et déguster le thé à la menthe, à piocher la terre, à cueillir les fruits, à embouteiller les jus. Je partage mon temps entre elles, toutes classes confondues, et les gens en haute-fonction ».

Ailleurs

L’expérience de trois mois est marquante, elle occupe une grande partie de la deuxième biographie de Sophie. 

Par la suite elle rencontre la politicienne Ingrid Bétancourt lors d’une remise de prix concernant le courage au féminin. Les deux femmes se lient d’amitié. Chiasson se reconnaît en elle. Ingrid souhaite lancer une Fondation pour 

  • le respect des droits humains
  • la libération des personnes tenues en otage et la protection des victimes de terrorisme
  • la protection des enfants
  • sortir les femmes de la pauvreté 

Sophie exerce l’emploi d’ambassadrice d’Opération Enfant Soleil. Elle s’implique dans plusieurs causes sociales.

Le corps se dérègle

Son corps peine à se remettre du procès:

« Je suis au début de la trentaine lorsque je m’extirpe de la Cour des Braves. J’ai l’impression que j’existe depuis trois siècles. Je suis déconfite. Le cumul des années me jette complètement au sol. Je fonctionne, mais j’ai la taille d’une fourmi (…) Je suis vidée, exténuée. Mon corps veut avancer, mais ma tête n’est plus du tout là. »

Ailleurs

Le corps de Sophie est déréglé. Respiration anormale. Vomissements. Mouvements incontrôlables des yeux. Elle est clouée au lit.

« Je m’entretiens avec d’autres personnes qui ont eux aussi subi d’interminables litiges en cour; certains vivent la même chose que moi. Un article paraît dans La Presse sur le sujet. La journaliste traite du syndrome du stress judiciaire. Elle ne sait pas jusqu’à quel point elle met des mots et des explications sur ce que je suis en train de vivre. Elle conscientise les lecteurs sur le coût financier très élevé de ces batailles juridiques, mais surtout, sur le prix à payer à sa propre santé. »

Ailleurs

Un prix que la victime, et non l’agresseur, se retrouve à payer.

Quand bien même quelqu’un lui offrirait un emploi exceptionnel, elle n’est pas en état de travailler. Elle vivote, faisant des piges à gauche à droite. Ses économies s’épuisent. 

Elle se sépare de son conjoint Michel Therrien. 

« Nous nous étions séparés une première fois, avions repris, mais là, l’évidence est que nous sommes de nouveau rendus à cette étape. Il faut dire que nos deux vies, chacun pour soi et ensemble, n’ont pas été très reposantes ces dernières années. Je suis même étonnée: de mon côté, d’avoir passé au travers et du sien, d’avoir été si patient et d’avoir tenu le cap. Notre séparation en est une d’adultes et nous conservons de bons liens. »

Ailleurs

Elle commence une nouvelle relation quelques mois plus tard qui lui apporte un peu de réconfort.

Mais Sophie n’est pas au bout de ses peines.

Changement de métier

Déboussolée, Chiasson est en questionnement sur sa vie. Elle amorce un important changement. En 2011, elle entreprend des études pour devenir infirmière spécialisée en soins palliatifs. C’est la précarité du domaine des communications et l’insécurité économique qui motive son choix: elle n’a plus un rond.

Vous avez bien compris. De sémillante miss météo et chroniqueuse beauté des émissions de variétés, Chiasson devient accompagnatrice de personnes en fin de vie. 

Son chum la quitte.

Elle se retrouve infirmière dans une congrégation religieuse de jour et accompagnante en soins palliatifs le soir. Elle travaille une fin de semaine sur deux.

« Je travaille comme une folle et je ne boucle pas ou à peine les fins de mois. Incroyable. »

Ailleurs

Le sort s’acharne sur elle. Alors qu’elle doit demander de l’aide à ses parents pour payer le loyer, elle perd son emploi après une restructuration. Sophie Chiasson, l’infirmière, c’est terminé.

Difficultés amoureuses

Sophie a ensuite une série de trois relations amoureuses dévastatrices. Des hommes contrôlants, violents, malades, qui abusent d’elle alors qu’elle est dans un état de vulnérabilité extrême. L’un de ces ex-conjoints bourre sa voiture de micros cachés pour suivre tous ses faits et gestes. Un autre la pousse en bas de deux étages d’escalier. Elle fait une fausse couche.

« Entre ces hommes, aucun lien physique ou social. Aucun point de ressemblance. En apparence de belles valeurs, des vies rangées. Des gens biens. Comment deviner ce qui se cache dans la psyché? Comment ai-je pu tomber dans autant de fossés en si peu de temps? »

Ailleurs

Tentative de suicide

Ça fait beaucoup de coups pour le corps fragilisé de Sophie Chiasson. Elle touche le fond.

« Je suis en danger. Des débris de ma propre chair humaine jonchent le sol. Je dois nettoyer le désastre. Je ne marche plus, je ne bouge plus, ne mange plus. Pardonnez-moi de vivre encore, pardonnez-moi d’être une femme, pardonnez-moi d’exister. »

Ailleurs

Sophie traverse l’épisode le plus sombre de sa vie. Elle tente de se pendre dans la salle à manger.

« J’avance juste le petit escabeau métallique tacheté de vieille peinture séchée. Je monte sur la quatrième marche. Je passe, avec mes mains qui ne tremblent même pas, la corde autour de mon cou. Je suis calme. La suite va très vite. Je pousse l’escabeau à l’aide de mes pieds, il bascule, je tombe et quelques secondes plus tard, je balance dans le vide. Entre ciel et terre, pour un court moment. Mon paradis, je l’ai gagné. »

Ailleurs

So long pour la femme forte ayant terrassé le terrible intimidateur Fillion. Dire que Gilles Proulx affirmait que le procès allait aider sa carrière.

Elle se décrochera elle-même dans un moment de lucidité. 

Puis, Sophie sera victime d’un accident de voiture.

Heureusement, elle est bien entourée par sa famille et quelques amis proches, la plupart masculins. Ils l’aident à se relever. Sophie, femme orgueilleuse et indépendante, tend la main. Elle accepte d’être aidée.

Toujours sans un sou, ses amis lui proposent de devenir serveuse dans un restaurant chic. C’est le salaire minimum avec la perspective d’un alléchant pourboire. Elle n’a jamais fait ça mais relève le défi. Elle fait 70$ de pourboire dès le premier soir. Elle en retire une grande fierté.

Sophie reçoit son premier chèque d’aide sociale après 2 semaines de travail. Le premier et le dernier.

Elle remonte la côte et prend du mieux. Mais elle reste toujours dans l’incertitude: quel chemin doit-elle choisir? Doit-elle redevenir infirmière? Qui est-elle réellement?

En 2017 elle sort sa deuxième biographie, Ailleurs. 

« Quand je me suis effondrée, c’est comme si j’étais un immeuble de 20 étages qui s’effondrait. Là, je suis en reconstruction et on pourrait dire que je suis rendue au 15e étage. »

TVA, 2017

Notez qu’on est 10 ans après la fin du procès et que Chiasson ne se considère pas encore tout à fait remise.

Elle devient porte-parole pour des causes 

« Engagée dans le combat des femmes pour dénoncer le harcèlement et les inconduites sexuelles, Sophie Chiasson a été porte-parole de l’initiative « 12 jours contre les violences sexuelle » puis invitée au Forum sur les agressions et le harcèlement sexuel, en 2017. »

Canoe, 2018

Elle s’intéresse à la politique. Elle sera candidate en 2018 pour la CAQ dans la circonscription de l’Acadie. Elle finira deuxième avec 4 391 votes contre les 14 305 de la libérale Christine St-Pierre.

Photo du Twitter de Sophie

Les conséquences pour Fillion

Jeff Fillion est viré de Radio X le 17 mars 2005 mais il a déjà des plans pour lancer sa propre web radio. Il accuse le CRTC d’avoir ruiné sa carrière.

Notez que, 15 ans plus tard, il travaille toujours en radio, à Radio X, avec un salaire à 6 chiffres.

Fillion se complait dans son rôle de victime autoproclamée, de martyr de la liberté d’expression. 

Il a 37 ans et est toujours à l’emploi de Genex, mais pas comme animateur.

Fillion lance sa web radio, RadioPirate, et commence à émettre en 2006. Les débuts sont encourageants, il se retrouve vite avec 7500 abonnés. Même s’il n’en reste plus que 1400 après 2-3 ans, il est capable d’en tirer un bon revenu.

Demers poursuit Fillion

En 2006, le CRTC consent à ce que Genex vende Radio X à RNC (Radio-Nord communications). La station est vendue 8 ou 9 millions de dollars. Pas mal pour une station achetée 2 millions de dollars en 1995. 

Le CRTC suspend la fermeture de la station. 

RNC assure que le format demeurera inchangé. Demers conserve ses fonctions et affirme que, sans une vente, il aurait dû fermer la station. Il doit toutefois continuer d’assumer les coûts reliés aux poursuites de Sophie Chiasson, Pierre Jobin et Robert Gillet.

Le 14 juin 2007, la Cour suprême refuse d’entendre l’appel de Genex concernant la décision de la cour fédérale sur la fermeture de Radio X. La décision du CRTC est confirmée. Le CRTC annonce alors que le droit d’émettre est transféré à RNC Média. La station continue donc de fonctionner.

La saga avec le CRTC est ter-mi-née.

Un mois après la décision finale du procès Chiasson, en mai 2007, Genex écrit à Fillion pour lui réclamer 171 000 $. L’animateur ne répondra jamais. L’année suivante, Genex s’adresse aux tribunaux pour récupérer la somme de 380 000 $.

Fillion se retrouve à nouveau dans des procédures judiciaires, cette fois contre son ami et complice de la première heure, le patron de Genex, Patrice Demers.

Fillion refuse de payer le moindre dollar pour toutes les poursuites perdues. Jusqu’à maintenant, c’est Genex qui a tout payé: frais d’avocat, valeur de l’entreprise, dédommagements etc. Des millions de dollars. «Minimum 10 millions», évalue Demers.

Pourtant, Fillion a de l’argent. D’ailleurs, le juge détermine qu’il a les moyens de payer. Patrice Demers exerce une saisie contre Fillion: Les actifs financiers de sa compagnie, de même que ses actifs bancaires personnels et sa caisse de retraite sont gelés. Une menace de saisie plane sur sa maison. 

À entendre Demers se lamenter sur les ondes de Radio X, on a presque pitié pour lui.

Pierre Jobin poursuit Radio X

En décembre 2007, le présentateur de nouvelles de TVA, Pierre Jobin, poursuit Genex et Jeff Fillion. Jobin est victime de propos « diffamatoires, malicieux, blessants et attentatoires » depuis la diffusion d’un reportage à TVA en 2003 sur l’affaire du golf érotique

Cette affaire concerne un bordel de prostituées mineures à ciel ouvert. Des logos de Radio X trônent sur les isoloirs et on y distribue le fameux calendrier Dream team. Puisque Radio X a tiré profit de cet événement, deux années consécutives, on peut affirmer que la station a tenu le rôle de proxénète.

Jobin gagnera son procès et obtiendra 150 000 $ réparti moitié-moitié entre Fillion et Genex.

Poursuite de l’ADISQ

En 2007, la cour condamne Fillion et Patrice Demers à verser 600 000 $ en dédommagement pour de la diffamation envers des gens de l’ADISQ, sa directrice générale Solange Drouin, son adjointe Lyette Bouchard et l’ancien président Jacques Primeau. 

La cour d’appel du Québec réduit ce montant à 183 000 $. En 2009, la Cour suprême refuse d’entendre l’ADISQ qui réclamait d’avantage.

Poursuite de Robert Gillet

En 2008, Fillion et Arthur s’excusent auprès de Robert Gillet dans le cadre d’un règlement à l’amiable. Des rumeurs du Journal de Québec laissent penser qu’ils ont payé près d’un million de dollars en compensation à Gillet, de concert avec RNC.

Fillion et Arthur avaient mené une campagne de boycott contre les annonceurs du FM93 lorsque Gillet y avait brièvement retrouvé un micro après l’affaire de la prostitution juvénile.

Procès contre TVA

En 2009, Fillion et Patrice Demers prennent une autre mauvaise décision: ils commencent, croyez le ou non, une poursuite en diffamation contre TVA. C’est encore à propos de l’affaire du golf érotique

Un autre procès que Fillion jugera comme étant une «perte de temps». 

Réclamant 950 000 $ en dommages (!), Genex et Fillion obtiendront 0 $.

Pauvre Fillion. Toujours victime de tout. Jamais responsable de rien. Aucune imputabilité.

Refus d’assumer comme un grand

En 2009, Fillion, refusant toujours de sortir une cenne de sa poche pour Demers, décide de remettre un «avis de proposition de faillite». Genex lui réclame 380 000 $. Un montant qui totaliserait ce que doit Fillion suite aux dommages que Radio X a dû verser à Sophie Chiasson et à Pierre Jobin à la conclusion des procès en diffamation.

Fillion utilise des stratagèmes pour mettre son fric à l’abri des créanciers au point où la Cour supérieure souhaite savoir s’il s’est 

« volontairement placé en situation d’insolvabilité en transférant sa maison et des placements au nom de sa conjointe. Des transferts survenus en 2006, après la condamnation dans l’affaire Chiasson et alors qu’allait s’amorcer le procès intenté par Pierre Jobin. »

Affaire Sophie Chiasson: Fillion ne voulait pas de procès, le Soleil, 2009

Le juge passe à deux doigts de suspendre le procès parce que Fillion menace de faire faillite

« L’avocat de Genex, Me Carl Leclerc, a qualifié cette mesure de “dilatoire, abusive et vexatoire“, lundi, arguant que le défendeur a “multiplié“ les transferts de fonds et d’immeubles. Il a dit douter que l’animateur fasse “de la radio gratis“, sans toucher de salaire depuis janvier 2008. »

Jeff Fillion contre Genex: le procès dès mardi, Journal de Montréal, 2009

Il faut dire que Fillion prétend ne pas faire de profit avec RadioPirate (LOL). Il se déclare insolvable!

La réalité est que Fillion a transféré ses propriétés au nom de sa conjointe, Marie-Claude Grenier. Il l’a fait en 2006, après sa condamnation dans l’affaire Chiasson et alors qu’allait s’amorcer le procès intenté par Pierre Jobin.

En 2020, la Ville de Québec évalue le prix de sa maison à 600 000 $. Fillion dispose aussi d’un château en Floride, d’une valeur de 255 900 $ US. Sur papier, c’est la fiducie familiale de sa femme qui possède les deux propriétés. Elles sont donc insaisissables. 

Château de Fillion en Floride, Instagram de Fillion
Travaux en cours au château de Fillion à Québec, Google maps

Fillion prétend que tout est légitime. Mais en y regardant de plus près il y a des trucs louches. D’abord il faut savoir que la création d’une personne morale (une compagnie, une société par actions) comporte plusieurs avantages 

  • biens personnels des actionnaires protégés des créanciers, 
  • moins d’impôt à payer, 
  • possibilité de partager les revenus,
  • etc.

Avec l’aide de son épouse Marie-Claude Grenier (qui est, elle aussi, incorporée), Fillion a pu négocier toutes sortes de petits «cadeaux» avec les clients qui, pour le commun des mortels, sont imposables. À l’antenne de RadioPirate il se vante d’avoir obtenu…

  • un Jeep de 40 000 $ prêté gracieusement par le concessionnaire Gosselin de Saint-Nicolas
  • un job de fenêtres
  • une thermopompe
  • une entrée de pavés unis
  • une piscine creusée

Tout ça alors que les deux partenaires gagnent un salaire dans les 6 chiffres.

Il fait vraiment pitié, Jeff Fillion.

Pour revenir à Patrice Demers, Fillion refuse de payer parce qu’il considère avoir été embrigadé, de force, dans les procès. 

« M. Demers a pris un pari, et une fois qu’il perd, il veut que je paie »

Affaire Sophie Chiasson: Fillion ne voulait pas de procès, le Soleil, 2009

Aussi…

« Il ne se croyait pas concerné par les condamnations contre CHOI, car il n’était plus employé de la station. “C’étaient des jugements dans le passé, dans une autre vie” »

Affaire Sophie Chiasson: Fillion ne voulait pas de procès, le Soleil, 2009

De plus, il fait ce qu’il fait de mieux dans la vie: se victimiser

« Jeff Fillion demande réparation pour ce qu’il considère comme un congédiement illégal de CHOI en mars 2005 »

Affaire Sophie Chiasson: Fillion ne voulait pas de procès, le Soleil, 2009

Sauf que Fillion ne peut pas constamment rejeter ses responsabilités. C’est toujours bien lui qui a proféré les paroles violentes, stigmatisantes et dégradantes qui ont conduit aux procès.

Mettez vous dans la peau du roi des narcissiques, Jeff Fillion: « Pourquoi payer puisque tout ce que je fais est parfait et que c’est le monde entier qui est contre moi? »

Le 17 novembre 2009, Fillion et Patrice Demers finissent par signer une entente à l’amiable mettant fin à 5 ans de disputes.

Le retour

Après avoir végété dans les limbes dans le presque anonymat de RadioPirate pendant 8 ans, Fillion revient sur les bonnes vieilles ondes hertziennes le 3 mars 2014. 

La station NRJ 98,9 change d’orientation et passe d’un format musical à un format parlé (talk radio). Les propriétaires de la station (Bell, dont les patrons sont à Montréal) veulent frapper un grand coup. Ils offrent même l’animation d’une émission de télé à Fillion (!) 

Tout à coup, Fillion se retrouve au sommet de sa carrière.

Il sera toutefois mis à pied en avril 2016 et sera aussitôt réengagé par Radio X qui est désormais propriété de Radio Nord (RNC). Au moment d’écrire ces lignes il s’y trouve toujours.

La version officielle affirme qu’il a été congédié pour un tweet moquant Alexandre Taillefer sur Twitter au sujet du suicide de son fils.

Radio-Canada, 2016

Cette explication est, au mieux, simpliste. 

La réalité c’est que les boss montréalais ne connaissaient probablement pas beaucoup Jeff Fillion et l’ont trouvé moins drôle une fois qu’il s’est révélé. NRJ avait aussi de la pression, notamment du maire Régis Labeaume qui avait, à juste titre, signalé son irritation aux cadres de la station lors du retour du diffamateur multirécidiviste.

Fillion est impliqué dans plusieurs entreprises

  • La Tempête, le seul club de golf de calibre PGA dans la région, cofondé en 2007 avec une vedette de la commission Charbonneau, l’ex-dirigeant de la firme de génie-conseil Roche, Serge Dussault. A noter qu’une des soeurs de Fillion travaille chez Roche.
  • Codeboxx, un boot camp de programmation lancé en 2018
  • Élément vert, fournisseur de gazon synthétique
  • Wolf golf, des casquettes pour golfeur
  • RadioPirate (temple de la secte), Brut44 (la «Breitbart du nord») et autres sites webs louches repiquant les articles d’autres médias par des rédacteurs sous-payés.

Il est aussi à l’origine de la naissance politique du chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec, Jean-François Gosselin du parti Québec 21. Un parti fondé et inspiré par Radio X.

Des idiots utiles peuvent tenter à l’occasion de le réhabiliter. Lors de son émission de fin d’année en 2015, Infoman a invité Jeff Fillion suite à ses propos, d’une violence inouïe, envers le militant de la liberté d’expression saoudien Raïf Badawi. 

La même année, plusieurs membres de la “Clique du plateau”, André Ducharme, Patrick Lagacé, Mario Tessier, Jeff Mercier, Mike Ward, Jean-René Dufort, Guy A. Lepage, Véronique Cloutier et Louis Morissette feront gracieusement des pitreries à son mariage, histoire de bien démontrer que c’est pas grave de harceler, diffamer, insulter et détruire des personnes. Au contraire, c’est tellement drôle, ça mérite un cadeau!

Malgré qu’il ait été condamné 3 fois pour des affaires de diffamation violentes, Fillion réussit aussi toujours à être porte-parole de diverses entreprises de la région de la capitale nationale, comme les restaurants Cosmos et la Bête. 

Il a, par contre, beaucoup de mal à inviter des gens en entrevue. 

Bref, Jeff Fillion est un paria, mais avec qui encore trop de gens sont prêts à s’acoquiner. Et ça, c’est un grand mystère.

A-t-il payé Sophie?

Avec tout ça, on est en droit de se demander, est-ce que Sophie a vu la couleur de l’argent dû par Fillion?

On a vu que Fillion a usé de toutes sortes de stratagèmes pour éviter de sortir des sous de sa poche. D’abord en refusant d’évaluer clairement, pendant le procès, la valeur de ses biens. En transférant ses propriétés à une fiducie familiale au nom de son épouse. En affirmant ne faire aucun revenu avec RadioPirate. Puis, en laissant planer la menace de faire faillite.

Malgré tout, Sophie a bel et bien reçu son dû. Lors d’une entrevue en 2009, Sophie Chiasson dira:

« Ça m’a coûté plus de 100 000 $ (en frais d’avocats) », dit celle qui a finalement encaissé un chèque de 300 000 $. « En reste-t-il? Pas vraiment. Soyons sérieux, ça fait trois ans que je ne travaille (presque) pas. J’ai fait un salaire qui était trois fois moins élevé que ce que je faisais. Je n’ai pas gagné le gros lot, pas du tout. »

Retour sur Jeff Fillion, Journal de Québec, 2009

Mais cet argent provient de la bourse de Genex. Pas de celle de Fillion. 

Rien ne permet de démontrer que Fillion ait versé un seul sou de sa poche à Sophie Chiasson.

Bref, contrairement à Chiasson, Fillion s’est très bien tiré d’affaire. Seule conséquence négative peut-être pour lui: son nom est désormais largement connu à travers le Québec. Il est de notoriété publique qu’il s’agit d’un bum violent, un intimidateur sans scrupules. 

Le nom de Jeff Fillion est devenu synonyme de loser.

Conséquences pour Patrice Demers

Après avoir vendu Radio X, Patrice Demers reste à l’emploi de la station à titre de directeur-général. Le format Radio X s’étend à Chicoutimi (KYK) puis à Montréal.

Le 12 juin 2012, RNC Media annonce la conversion d’une station de musique jazz à Montréal en radio parlée. L’expérience sera un échec, un gouffre financier. RNC ne pardonne pas à Demers qui quitte Radio X en 2013.

Demers est actif dans d’autres domaines comme le sport, les magazines machos (Summum) et les panneaux d’affichage publicitaire en extérieur. Il est agent des animateurs de radio-poubelle Stéphan Dupont et Jérôme Landry.

Stephan Dupont, Nathalie Normandeau, Patrice Demers et Jérôme Landry en mars 2018

En 2017, il est arrêté pour conduite avec les facultés affaiblies.

En 2018, le CRTC bloque une tentative de Patrice Demers de lancer une nouvelle radio musicale anglophone à Québec.

Le CRTC perd ses dents

Tous les motifs que le CRTC a soulevé lors de sa décision de 2002 contre Radio X n’ont plus jamais été invoqués par la suite. 

Par exemple, l’article 3b) du Règlement sur la radio stipule qu’il est interdit à une titulaire de diffuser

« des propos offensants qui, pris dans leur contexte, risquent d’exposer une personne ou un groupe ou une classe de personnes à la haine ou au mépris pour des motifs fondés sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, l’âge ou la déficience physique ou mentale. »

Est-ce que Radio X, ou tout autre radio-poubelle, a cessé d’émettre des propos offensants?

Bien voyons.

Avec les critères que le CRTC a appliqués en 2002, il y aurait mille raisons valables de retirer la licence de Radio X en 2020.

Le CRTC avait soulevé la faible «qualité» dans la programmation, les propos discriminatoires envers les femmes et ainsi de suite…

Si vous déposez aujourd’hui une plainte au CRTC pour les mêmes motifs qui ont conduit au retrait de la licence de Radio X, votre plainte sera pourtant rejetée.

C’est comme si l’épisode du renouvellement de la licence de Radio X avait été si traumatisante que les commissaires du CRTC se sont assurés que ça ne se reproduise plus jamais. 

Questions

Qui a gagné?

En regard de tout ça on est en droit de se demander si le jeu en valait la chandelle. Est-ce que Sophie Chiasson a bien fait d’aller en procès malgré les conséquences?

Dans une biographie, Sophie indique qu’elle ne regrette pas de l’avoir fait.

Mais en regard au stress provoqué et aux autres conséquences sur sa santé et sa carrière, on est en mesure de constater que non seulement le prix payé était beaucoup trop grand, mais que l’agresseur, Jeff Fillion, s’en est nettement mieux tiré que la victime, Sophie Chiasson.

Le Soleil, mars 2019

Le slogan féministe “La justice c’est d’la marde” prend ici tout son sens. C’est long, 8 ans. C’est coûteux. Ça met une charge émotionnelle et financière énorme sur les épaules des victimes.

Et… ça n’a rien réglé! Fillion continue le même manège qu’à l’époque avec juste un peu plus de subtilité mais pas tant. Et Sophie Chiasson en est ressortie en pire état que lorsqu’elle y est entrée.

Bref, ceux qui comptent sur les procès en diffamation pour régler le sort de la radio-poubelle, pensez-y bien. À moins d’être très riche.

D’autres questions restent en suspens

  • Est-ce que Fillion a ruiné la vie de Chiasson?
  • Est-ce que Chiasson aurait dû faire ce procès?
  • La liberté d’expression a-t-elle été bien servie ou a-t-elle était instrumentalisée? Libârté ou liberté?
  • Est-ce que le procès a été le moment charnière où s’est opéré la transition d’une simple radio vulgaire et scandaleuse invoquant l’humour vers une version plus politique, sérieuse et militante? En somme, est-ce que le procès a contribué à radicaliser Fillion?

Pourquoi Fillion s’en est-il pris à Chiasson?

La question que tout le monde se demande jusqu’ici c’est pourquoi Jeff Fillion éprouve tant de haine envers Sophie Chiasson?

D’abord il y a un intérêt commercial à faire ça. Plus Fillion fait un spectacle et plus il récolte de l’attention. Et puisque le salaire des animateurs est directement proportionnel à l’attention reçue (les fameuses cotes d’écoute Numéris), l’intérêt de l’animateur est direct. La méthode utilisée (la diffamation) est cohérente avec l’objectif recherché (la rentabilité), même si c’est brutal.

Surtout que le risque est relativement faible. Avec le calvaire à travers lequel est passée Chiasson, qui aimerait répéter l’expérience?

Ce n’est pas de la méchanceté, ni un accident. C’est ainsi que le système est fait à la base. En ayant autant de succès, Fillion démontre que c’est lui qui a le mieux compris la game.

Prenez une personne complètement immorale, sans vergogne, sans conscience, ayant un égo surdimensionné et mettez-le devant un micro en disant: «let’s go, fais-nous faire du fric». Cette personne va, fatalement, finir par faire des commentaires odieux sur les seins d’une commentatrice météo.

Ce n’est pas un problème individuel. C’est systémique. C’est un modèle d’affaire.

Le juge du procès Chiasson fera d’ailleurs cette remarque

« La preuve démontre que cette stratégie est excessivement rentable puisque les cotes d’écoute du matin passent de 64 000 auditeurs au quart d’heure en 2002 à 100 000 en 2004. Cela est lucratif. »

Cour supérieure, 2005

Il y a aussi un facteur de jalousie. Chiasson a du succès. Elle fait de la télé. Elle maitrise toutes les connaissances relatives à la météo. Elle a terminé de brillantes études. 

Tout le contraire de Fillion.

Il y a une part de masculinisme. Chiasson est une belle et jeune femme qui a tout son avenir devant elle. Elle fréquente des hommes fortunés détenant du pouvoir, ce qui lui assure de l’autonomie. 

Pour un macho comme Fillion ce sont des choses difficiles à avaler.

Si on fait la liste des gens que Fillion a attaqués au fil des ans…

  • Solange Drouin (ADISQ)
  • Colette Samson (Journaliste)
  • Julie Lemieux (Journaliste)
  • Sophie Chiasson (Présentatrice météo)
  • Pierre Jobin (Journaliste)
  • Geneviève Quinty (Organisatrice communautaire)
  • Safia Nolin (Artiste)
  • Josée Blanchette (Journaliste)
  • Alexandre Taillefer (Entrepreneur)
  • Régis Labeaume (Maire)

Et ceux mentionnés dans le livre de Sophie Chiasson…

  • Nathalie Petrowski (Journaliste)
  • Marie Plourde (Journaliste)
  • Franco Nuovo (Journaliste)
  • Denise Bombardier (Journaliste)
  • Claude Charron (Journaliste)
  • Dan Bigras (Artiste)
  • Éric Lapointe (Artiste)
  • Robert Gillet (Journaliste)
  • Véronique Cloutier (Animatrice de télé)
  • Jocelyne Blouin (Météorologue)
  • Jean-Paul L’Allier (Maire)
  • Andrée Boucher (Mairesse)

On remarque un pattern assez clair: Fillion s’en prend beaucoup aux femmes journalistes. Il s’en prend aussi aux artistes, aux médias et aux personnalités avec du pouvoir (s’ils pensent différemment). On remarque aussi une tendance homophobe.

Conclusion

L’histoire de Sophie Chiasson est une vraie tragédie. 

Femme déterminée, belle, intelligente, talentueuse. Elle apparaît à la télé alors qu’elle n’a que 25 ans. Elle a un bon travail et un bon salaire. Elle a tout son avenir devant elle.

Il fallait qu’elle tombe sur Jeff Fillion. Intimidateur violent récidiviste, narcissique et corrompu jusqu’à la moelle.

Et sa vie a pris une moyenne débarque.

Dans la vie de Sophie Chiasson, il y a une frontière nette entre l’avant et l’après Fillion. 

Après 8 ans de procès, environ le quart de sa vie, Sophie est une personne brisée physiquement, psychologiquement et financièrement. Confuse, elle tente de réorienter sa carrière. Elle fait une tentative de suicide un peu moins de 10 ans après le procès.

En tout, ça donne à peu près 20 ans de pure merde, plus de la moitié de sa vie!

Que serait devenue Chiasson si le mauvais sort n’avait pas mis Jeff Fillion au travers de son chemin?

Le montant en dédommagement avait beau être exceptionnellement élevé par rapport aux autres poursuites en diffamation, il ne compense qu’une infime fraction des douleurs subies. 

C’est un cas modèle en terme d’échec judiciaire. On ne peut pas dire que justice a été rendue. Même si Sophie a gagné, c’est elle qui a récolté toute la merde. De son côté, Fillion n’a connu presque aucune conséquence significative. 

On est bien désolé de le reconnaître: Le nom de Sophie Chiasson est à jamais lié avec celui de Jeff Fillion. Aujourd’hui, dans la tête de la plupart des Québécois ordinaires, Chiasson, c’est la « fille qui a tenu tête au bum Jeff Fillion ».

Capture d’écran 14 avril 2020

C’est un titre qu’elle peut revendiquer avec fierté. Mais c’est aussi la dernière chose qu’elle souhaitait.

Toutefois, le nom de Sophie est aussi devenu synonyme de force, de courage et de détermination. Sophie Chiasson est l’amazone ayant tenu tête à l’hydre. C’est une source d’inspiration et d’espoir, surtout pour les femmes victimes de violence.

Une femme forte contre les intimidateurs machos. Un symbole, une héroïne, est née.

Nos meilleurs souhaits d’amour et de paix à Sophie Chiasson.

Sources

Judiciaire

Décision de radiodiffusion CRTC 2002-189, consulté le 3 mars 2020, 2002

Décision de radiodiffusion CRTC 2004-271, consulté le 4 mai 2020, 2004

Fillion c. Chiasson, 2005 QCCA 1154 (CanLII) – Cour d’appel, rejet de nouvelles preuves

Fillion c. Chiasson, 2005 QCCA 1075 (CanLII) – Dossier complet

Chiasson c. Fillion, 2005 CanLII 10511 (QC CS) – Cour supérieure

Fillion c. Chiasson, 2006 QCCA 1485 (CanLII) – Cour d’appel

Fillion c. Chiasson, 2007 QCCA 570 (CanLII) – Cour d’appel

Jobin c. Fillion, 2007 QCCS 6575 (CanLII) – Procès contre Pierre Jobin

Biographies

Sophie Chiasson : droit devant / Jean-Guy Noël, Libre expression, 2006

Ailleurs, Sophie Chiasson, HUGO, 2017

Articles

L’équipe de Radio X en 2001, 2001

«Une odeur de purin flotte sur la ville» – Jean-Paul L’Allier, maire de Québec, Journal de Québec, 2002

Radio extrême à Québec, Actuel, 2002

Avis de poursuite, 12 septembre 2003

Bad Mouth or Free Mouth, He Ruffles Genteel Airwaves, 2004, NYT

Procès de Jeff Fillion: Sophie Chiasson ébranlée, 2 mars 2005

Sophie Chiasson demande au juge de donner une leçon à CHOI, 12 mars 2005

Jeff Fillion a décidé de se taire, le Devoir, 2005

Sophie Chiasson, le symbole, La Presse, 12 mars 2005

Victimes de la radio-poubelle, Canal D, 2006

Patrice Demers Saisie Genex Contre Fillion, Radio X, 2006

L’affaire CHOI-FM: conscience politique ou néopopulisme?, Jean-Michel Marcoux, le Devoir, 2006

Gingras, Anne-Marie. “La Question De La Liberté D’expression Dans Les Démêlés Judiciaires Et Les Revers Administratifs De CHOI-FM.” Canadian Journal of Political Science / Revue Canadienne De Science Politique, vol. 40, no. 1, 2007, pp. 79–100. JSTOR

Un autre revers pour Jeff Fillion, Radio-Canada, 2007

Jeff Fillion a trouvé sa place au golf, 2007

Affaire Sophie Chiasson: Fillion ne voulait pas de procès, le Soleil, 2009.

Retour sur Jeff Fillion, Journal de Québec, 2009

Jeff Fillion n’a «pas de temps à perdre avec ça», Journal de Montréal, 2009

Jeff Fillion en faillite? Le Soleil, 2009

Jeff Fillion contre Genex: le procès dès mardi, Journal de Montréal, 2009

Fillion soutient qu’il n’a pas à payer Genex, le Soleil, 2009

La Cour suprême met un point d’orgue à l’affaire ADISQ/Jeff Fillion, Droit-inc, 2009

Propos diffamatoires de Jeff Fillion : pas d’appel, 10 mars 2011

La Tribune, 12 mars 2015

La nouvelle vie de Sophie Chiasson, Journal de Québec, 2016

Marie Saint-Laurent prend la barre de la radio de TM Média, Transport magazine, 31 janvier 2017

Islamophobie: Que l’on continue!, selon Radio X, sortons les radios-poubelles, 2017

«Le silence est épouvantable!», Journal de Montréal, 2 novembre 2017

Codeboxx: école de code ou temple du gourou Jeff Fillion?, 2018

Il y a 15 ans : la liberté d’expression selon CHOI-FM, Radio-Canada, 2019

Québec 1608-2008 : 400 ans de recensements, consulté le 5 avril 2020

Jeff Fillion, Wikipédia, consulté le 2 mai 2020

RadioPirate, Wikipédia, consulté le 2 mai 2020

Robert Gillet, Wikipédia, consulté le 21 avril 2020

Biographie, Sophie Chiasson, consulté le 28 mai 2020

Guy Bertrand, Wikipédia, consulté le 21 avril 2020

Guy Bertrand, Youtube, consulté le 21 avril 2020

Fillion apprécie se faire battre comme un chien par son père et ses profs, Radio-pirate

Les résultats électoraux depuis 1867, Abitibi à Arthabaska, Assemblée Nationale

Gilbert Fillion était d’accord avec la violence, Radio X

Rôle d’évaluation foncière, Ville de Québec, En vigueur pour les exercices financiers 2019, 2020 et 2021

Chris Craft Tax collector, St. Lucie County