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Codeboxx: Nicolas Genest a trouvé son diplôme dans une boîte de Cracker Jack

Codeboxx est une nouvelle école de programmation co-fondée par Jeff Fillion. Et son patron, Nicolas Genest, a un drôle de parcours pédagogique.

Capture écran du profil LinkedIn de Nicolas Genest

Genest a indiqué deux formations sur son compte LinkedIn. Un DEC au Cégep Garneau fait en deux ans et un bac de l’University of Phoenix fait aussi en 2 ans.

Sauf que pendant son bac, Genest avait aussi un emploi chez Microsoft.

C’est déjà un exploit de faire un bac en deux ans, ça l’est encore plus si on occupe un emploi.

Mais il y a plus…

L’University of Phoenix est sous enquête de la US federal trade commission depuis 2015. Ces écoles à but lucratif (for-profit colleges) sont reconnues pour laisser les étudiants pauvres et les vétérans avec de grosses dettes et de faibles chances de trouver un emploi.

« For-profit colleges cost a lot and don’t usually deliver, critics contend. » (1)

Au moins 86% des revenus des universités à but lucratif proviennent du gouvernement. Et même s’ils ne désservent que 10% de la clientèle étudiante, ils reçoivent 25% des fonds fédéraux dédiés à l’éducation.

Le libertarien à Genest a eu son diplome d’une université grassement subventionnée?

C’est le département de la Défense qui a mis l’Université sous probation pour des pratiques marketing abusives. Plusieurs étudiants sont des militaires payés grâce au « Post-9/11 GI Bill », ce qui ne fait que rendre cette dilapidation de fonds publics encore plus immorale.

Remarquez qu’on peut être un excellent développeur sans avoir de diplôme. Mais c’est ironique de constater que l’Université ou Nicolas Genest aurait fait ses études soit non seulement peu scrupuleuse au plan éthique, mais serait aussi une têteuse de subventions.

Et les méthodes de l’University of Phoenix, reconnue pour harceler et menacer ses étudiants pour rembourser leurs dettes (2), aurait-elles inspirées Genest pour Codeboxx?

C’est tellement beau et efficace l’éducation privée!

 

University of Phoenix is the latest college under investigation, MoneyCNN, 2015

University of Phoenix: Why for-profit college is in hot water with feds, al.com, 2015

Memo to Duncan: Investigate the University of Phoenix, Newamerica.com, 2009

It’s never been clearer that America’s biggest for-profit college fleeced the US military and taxpayers, Business Insider, 2015

Codeboxx: école de code ou temple du gourou Jeff Fillion?

Lors du lancement de Codeboxx, Jeff Fillion joue le rôle d’Elvis Gratton dans cette reconstitution contemporaine de la scène du buffet hawaien

Les étudiants de la première cohorte de Codeboxx ont complété cette semaine leur formation en programmation.

Et puisque le controversé Jeff Fillion en est un des cofondateurs, ça mérite qu’on y jette un oeil attentif. Et ce qu’on a trouvé n’est guère rassurant.

Les acteurs

L’école a été créée par Jeff Fillion, Nicolas Genest et Nadya Fortier, mais c’est Genest qui semble le plus impliqué dans l’affaire.

Genest est présenté comme un entrepreneur à succès ayant travaillé en France et aux États-Unis. Il a notamment travaillé chez RealReal, une compagnie de vêtements de luxe, Walmart, Microsoft, Pfizer etc.

C’est aussi un grand fan de Jeff Fillion.

Il écoutait Fillion dans sa jeunesse et il a fait tout ce que son gourou lui a dit de faire: apprendre l’anglais et aller travailler aux États-Unis. C’est l’archétype du petit gars de Québec qui est allé avoir du succès à la Silicon Valley.

C’est aussi un chroniqueur hebdomadaire de Radio-pirate, la web radio de Fillion.

Autre collaborateur quotidien de Fillion, Gerry la pizza a fait un beau discours aux étudiants

Codeboxx a des partenariats avec quatre entreprises: CGI, Covéo, CyberCat et Fungo. Fungo est l’entreprise qui héberge Radio-pirate.

C’est peut-être aussi l’entreprise hébergeant Brut44, que son fondateur Jeff Fillion décrit comme étant la « Breitbart du nord ». Breitbart News, rappelons-le, est un média politique conservateur d’extrême-droite aux États-Unis.

Le slogan de Brut44 est: “Accepte ta réalité ou bats-toi pour la changer”.

Deux des six “coachs” de Codeboxx sont des employés de Fungo. Un troisième travaille pour Golf Town, une compagnie basée à Toronto.

Les étudiants

Tout le monde est accepté. Il n’est pas nécessaire d’avoir la moindre connaissance en informatique pour débuter la formation. “Le programme a vraiment été conçu pour apprendre les technologies à n’importe qui. On a une compréhension de l’apprentissage avec la chimie du cerveau”, dit Nicolas Genest.

Voici un petit diaporama de captures d’écran démontrant un peu le profil des étudiants de Codebox. On en a retrouvé une dizaine (sur 27) sur les réseaux sociaux. Ça devrait vous donner une idée assez rapide de leur portrait idéologique.

Il apparaît que ce sont des gens de la secte à Fillion. Ils partagent ses articles, retweetent ses commentaires et applaudissent Donald Trump.

Ça ne veut pas dire que tous les étudiants de Codeboxx sont ainsi, mais tous ceux qu’on a retrouvé sur un réseau social le sont.

Pas tant surprenant puisque c’est Fillion qui fait la majorité des pubs de Codeboxx. Mais pour des gens à l’extérieur de la secte, c’est quand même impressionnant de constater l’ardente ferveur de leur foi.

La méthode Codeboxx

Les enseignants de Codeboxx (appelés « coachs ») ne sont pas payés pour leur travail. Ils le sont seulement « si les étudiants réussissent ». Aussi bien dire que les profs ont une « certaine pression » pour faire passer leurs étudiants. Qui voudrait attribuer un échec à quelqu’un lorsque son salaire en dépend?

Le coût de la formation est aussi étonnant. Il s’agit de 20% du salaire du premier emploi occupé après l’école. Alors si tu gagnes 40,000$, tu dois remettre 8000$ à l’intérieur d’un délai de 6 mois. D’autres formations similaires à Montréal ont des prix comparables.

En passant saviez-vous que vous pouvez faire un AEC dans une institution collégiale d’une durée d’un an pour quelques centaines de dollars? Il s’agit aussi d’une formation reconnue, contrairement à celle de Codeboxx qui se vante de ne pas avoir la reconnaissance du ministère de l’Éducation.

Codeboxx reçoit de plus des revenus de placement et aussi via son « agence de projets », qui est sans doute sa propre boîte de sous-traitance.

Une formation condensée

En trois mois, les étudiants doivent apprendre les rudiments de divers langages de programmation (Go de Google, JavaScript, Python, C#, Ruby on Rails etc) dans le contexte immersif d’une entreprise fictive. Ils apprennent aussi des notions d’algorithmie, les bases de données, le design orienté objet etc.

Ils passent aussi plusieurs jours à apprendre la technologie blockchain, très utilisée dans la création de crypto-monnaies.

Plusieurs bébelles sont disponibles sur place. Des lunettes de réalité virtuelle, une imprimante 3d et des consoles de jeu.

Maintenant est-ce que Codeboxx est une bonne école de codage? Difficile à dire.

Peut-être que c’est vraiment une méthode d’apprentissage innovante, efficace et qu’elle permet de récupérer des décrocheurs. C’est possible.

Mais c’est probable que ce soit aussi juste une usine à trolls pour contribuer à la polarisation des opinions et de la montée du populisme d’extrême-droite.

Rappelons les faits d’armes de Jeff Fillion:

En 2005, Jeff Fillion est condamné pour diffamation dans l’affaire Sophie Chiasson. Le juge avait alors qualifié ses propos de « sexistes, haineux, malicieux, non fondés, blessants et injurieux ».

En 2007, même chose pour Solange Drouin de l’ADISQ, que Fillion avait traité de  « vache » et de « plotte ».

Fillion a aussi harcelé Pierre Jobin de TVA pendant 4 ans, le traitant de « niaiseux », de « vendeur d’assurances », de « mange-merde », de « brain washé » et de « sac de merde ». Un juge l’a condamné à verser 150 000$ en compensation. On a traité de toute l’affaire ici.

Le 12 novembre, Fillion affirmait à son émission « Codeboxx c’est très très tranquille. Est-ce que c’est parce que je suis relié à ça? »

La réponse, c’est oui.

On ne peut pas s’associer à une personnalité toxique comme Jeff Fillion et faire comme si de rien n’était. Fillion est un populiste qui intimide et dénigre toujours ses adversaires à l’antenne la plus populaire en ville. Non seulement il polarise l’opinion et s’en sert pour ses intérêts personnels, mais il encourage ses disciples à devenir des militants engagés. Il radicalise ses auditeurs.

Et ses implications dans de multiples projets peuvent être mieux comprises en gardant en tête cette réalité.

Et un conseil à ceux qui envisagent de rejoindre l’équipe Codeboxx: prudence.